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SPÉCIAL 30e ANNIVERSAIRE
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PIERRE-LOUIS SMITH, VICE-PRÉSIDENT,
POLITIQUES ET AGENT EN CHEF DE LA RÉGLEMENTATION,
L’ASSOCIATION CANADIENNE DES RADIODIFFUSEURS
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- par Michel Nadeau
Le 8 décembre dernier, l’Association
canadienne des radiodiffuseurs (ACR) tenait à Montréal une séance
d’évaluation des nouvelles règles proposées en matière de sous-titrage des
émissions de télévision.
Sourdine a interviewé le grand patron de cette initiative afin de pouvoir
vous informer des résultats obtenus.
Pouvez-vous nous dire ce qu’est l’ACR?
C’est un lobby qui représente les intérêts des radiodiffuseurs privés.
Son rôle est de faire connaître la position de ses membres auprès du Conseil
de la radio et de la télévision du Canada (CRTC). Notre organisme
regroupe la très vaste majorité des stations de radio et de télévision
privées.
Qu’avez-vous présenté aux 23 participants de langue française le 8 décembre
dernier à Montréal?
Nous leur avons fait visionner 50 minutes de contenu télévisuel sous-titré
en utilisant les nouvelles normes proposées en matière de sous-titrage.
Nous avons fait le même exercice le lendemain à Toronto auprès de 24
participants de langue anglaise.
L’objectif des séances était de cerner la réaction des consommateurs sourds
et malentendants aux deux types de sous-titres : les sous-titres déroulants
(en continu au bas de l’écran) et les sous-titres pop-on ou phylactères (qui
surgissent à mesure que la personne parle). Afin de mesurer les
réactions à ces deux types de sous-titres, on a présenté aux participants de
langue française des extraits d’émissions sous-titrées conformément aux
normes de sous-titrage de langue française élaborées par le groupe de
travail de langue française sur le sous-titrage codé.
Même si la taille des deux groupes de consommateurs était relativement
modeste, notre observation nous indique qu’ils étaient très représentatifs
quant à leur sexe, à leur âge et à leur niveau de déficience auditive.
Quels ont été les résultats de ces séances?
Résumé des principaux résultats
Plus de la moitié des participants anglophones et les deux tiers des
participants francophones ont remarqué l’augmentation du nombre d’émissions
sous-titrées au cours des deux dernières années.
Les participants des deux groupes tendent à préférer les sous-titres
déroulants pour les émissions en direct; la moitié des participants
francophones préfèrent ce type de sous-titre pour les émissions de nouvelles
et de sports. Le tiers des participants anglophones préféreraient que les
sous-titres déroulants ne soient pas utilisés du tout, ce qui indique que
les deux tiers d’entre eux tolèrent ce type de sous-titrage.
Plus de la moitié des participants anglophones favorisent les sous-titres
pop-on pour toutes les émissions, en comparaison de moins de 17 pour cent
des participants francophones, dont la moitié préfère ce type de sous-titre
pour les films.
Près de 96 pour cent des participants anglophones et 88 pour cent des
participants francophones estiment que la lisibilité des sous-titres est
très importante, alors que 87 pour cent du groupe anglophone et 79 pour cent
du groupe francophone estiment que le synchronisme du sous-titre et de
l’image est aussi très important.
Pratiquement tous les participants indiquent que le taux d’erreur dans le
sous-titrage devrait être inférieur à 20 pour cent; la majorité estime que
ce taux devrait être inférieur à 10 pour cent. Les participants francophones
semblent plus tolérants à l’égard des taux d’erreur acceptables, ce groupe
exprimant le désir qu’un plus grand nombre d’émissions soient sous-titrées.
Les commentaires des participants révèlent aussi que, dans l’ensemble, les
deux groupes de consommateurs préfèrent les sous-titres pop-on aux
sous-titres déroulants pour deux raisons principales : (i) ils sont plus
faciles à lire, ce que soulignent surtout les participants anglophones et
(ii) on identifie plus facilement qui parle, ce que souligne un certain
nombre de participants francophones.
De façon générale, on estime que les sous-titres déroulants sont plus
difficiles à lire et qu’ils constituent une source de distraction, ce qui
peut être à l’origine de stress et de fatigue pour les téléspectateurs
sourds ou malentendants. Les deux groupes notent qu’un arrière-plan très
pâle ainsi que le manque de contraste rendent la lecture des sous-titres
extrêmement difficile.
Le tiers des participants francophones note que les sous-titres accompagnant
les diffusions des matchs de hockey ont tendance à être sombres ou à cacher
les statistiques ou les résultats affichés à l’écran.
De façon générale, les participants ont apprécié les efforts de l’ACR pour
tenir ces séances qui étaient selon eux très bien organisées.
Quelles sont les prochaines étapes?
Un rapport sur ces séances fut déposé auprès de l’ACR le 12 décembre
dernier pour commentaires et recommandations qui seront par la suite
présentés au CRTC le 10 février. On s’attend à ce que l’entrée
en vigueur des nouvelles normes se fasse d’ici le mois de septembre 2009.
Quelle proportion des émissions sera sous-titrée?
Alors qu’elle était de 90% dans l’ancienne politique, elle sera de 100% dans
la nouvelle, ce qui en fera la norme la plus élevée au monde. En
France, la norme est de 1000 heures de sous-titrage par an soit 25%.
Aux États-Unis, c’est 75% et ils viseront le 100% dans leur nouvelle
politique.
Y a-t-il des échéanciers différents selon les diffuseurs?
Oui, à titre d’exemple, TQS, à cause de ses innombrables difficultés
financières depuis ses débuts, ne sera pas à 100% cet automne, mais le CRTC
lui a demandé de soumettre un calendrier de réalisation de la nouvelle
norme. Chaque diffuseur doit remettre un rapport annuel au CRTC et en
bout de ligne, le renouvellement de leur licence est conditionnel à la
réalisation des actions promises lors des audiences précédentes.
Est-ce qu’il y a une date butoir pour tous?
Non, mais tous les diffuseurs tentent d’atteindre la norme de 100% le plus
rapidement possible. Nous sommes confiants que d’ici les deux
prochaines années la plupart des diffuseurs seront à 100%. Soulignons,
toutefois, que cela exclut les commerciaux parce qu’ils ne sont
pas considérés comme étant de la programmation.
Quel type d’émission est le plus difficile à sous-titrer?
Les émissions diffusées en direct, parce qu’on n’a pas de marge de manœuvre.
Quand une émission est préenregistrée, on peut faire les corrections au
montage et par conséquent, réduire considérablement la marge d’erreur.
Il faut être conscient qu’il y aura toujours des erreurs dans le
sous-titrage, mais l’objectif est de progresser dans le temps. Le fait
d’avoir des normes élevées pousse les diffuseurs à accélérer leurs efforts
de recherche et développement dans les technologies de sténotypie et de
reconnaissance vocale. Ce qui fait que le niveau d’erreurs deviendra
de plus en plus bas au fil des ans.
Est-ce qu’il y a davantage d’émissions anglaises que françaises qui sont
sous-titrées?
Oui, car le marché étant très vaste, les émissions étrangères achetées par
les diffuseurs arrivent ici déjà sous-titrées en anglais. Dans le cas
du sous-titrage en français, il doit être fait au Québec, ce qui augmente
les coûts de production des diffuseurs.
Sourdine mars / avril 2009
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