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SPÉCIAL 30e ANNIVERSAIRE
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Par Michel Nadeau
- Les deux enfants de René Simard et Marie-Josée
Taillefer sont nés sourds. Sourdine a rencontré leur
père pour en parler.
-
- Le premier enfant des Simard, Olivier, est né il y a
14 ans. Deux années plus tard, Rosalie voyait le jour.
C'est lorsque Olivier avait 3 mois que René s'est rendu
compte qu'il était sourd. En effet, il constata que,
quand il pleurait, malgré les paroles réconfortantes de
ses parents, il continuait à pleurer. Ce n'est que
lorsqu'ils le prenaient dans leur bras en le regardant
qu'il se consolait. « Marie était sceptique et pensait
que je m'en faisais inutilement », nous raconte René.
-
- Toutefois, après plusieurs consultations à l'hôpital
Ste-Justine, on nous confirmait, dès 11 mois, qu’il
était sourd. Ce fut évidemment un dur coup à encaisser
pour les parents. C'est l'inconnu qui fait peur. «
Comment on va lui dire qu'on l'aime? », se disait Marie.
Puis René l'a rassurée en disant : « C'est notre enfant
qui va nous aider, il va nous faire signe, il va nous le
dire qu'il nous aime par son sourire. » C'est d'ailleurs
ce qui s'était produit au retour de l'hôpital avec le
petit Olivier, bien assis sur son siège d'auto. Pour
Rosalie, nous l'avons découvert dès le début.
Maintenant, à la naissance, un test permet de savoir si
l'enfant entend. René s'est d'ailleurs impliqué auprès
de la Fondation canadienne de l'ouïe pour la diffusion
de messages d'information télévisés concernant l'examen
de l'ouïe des nouveau-nés.
-
- Selon René, il faut apprendre à dédramatiser et à
apprivoiser le handicap. « Comme je gagne ma vie avec
mes oreilles je suis très sensible à cela. Nos enfants
nous ont appris beaucoup, entre autres à observer. Nous
communiquons davantage visuellement. C'est un cadeau
reçu d'eux! En retour, nous leur avons montré à lire et
à parler. »
-
- En effet, les parents Simard ont appris la langue
des signes québécoise (LSQ) et l'ont ensuite enseignée
aux deux enfants dès leur très jeune âge. « Ce fut notre
première façon de communiquer avec eux. » René nous
raconte qu'Olivier pleurait parce qu'il n'arrivait pas à
se faire comprendre de ses parents. Ce fut leur
motivation à apprendre la LSQ. « C'est une belle langue
», nous dit-il. Sa seule déception : il pensait que
c'était une langue internationale. Il trouve dommage
qu'il y ait tant de différences entre l'ASL et la LSQ,
la langue signée par les Anglais et celle par les
Français. « Nous leur avons posé des défis constants et
ils ont su les relever », de dire leur père. René nous
raconte avoir été sensibilisé à la LSQ tout à fait par
hasard. Avant leur mariage, un soir, alors qu'ils
étaient dans un resto, ils avaient été impressionnés par
un couple qui communiquait en signes. Ils avaient trouvé
ça beau et ils étaient allés les trouver pour les
féliciter!
-
- Par la suite, étant désireux d'offrir à leurs
enfants tous les outils de communication possibles pour
faciliter leur autonomie, ils ont décidé de les faire
opérer pour qu'ils reçoivent l'implant cochléaire.
Olivier a reçu le sien à 5 ans et Rosalie à 4 ans. Ils
ont été opérés par le Dr Ferron à Québec.
-
- Selon le généticien de l'hôpital Ste-Justine, la
surdité des deux enfants du couple Simard est reliée à
la génétique. Si on reculait très loin en arrière, on
constaterait peut-être, selon lui, que René et Marie
sont cousin-cousine. En tant que parents, ils ont en
fait une chance sur quatre d'être exposés à des
problèmes d'ordre génétique avec un enfant.
- Le couple Simard a constaté un changement radical
dans le développement de leurs enfants depuis qu'ils ont
été implantés. L'apprentissage s'est très bien passé.
Ils adorent entendre avec leur implant! Dès que leur
batterie tombe à plat, c'est la folie furieuse pour la
remplacer vite, vite… Par contre, ce n'est pas terrible
pour écouter de la musique. Ils ont de la difficulté à
discriminer les sons. Quand la technologie sera plus
perfectionnée, ils pourront toujours se faire réopérer,
au dire de René. En dix minutes l'implant actuel peut
être enlevé!
-
- À la suite de chaque opération, le couple Simard a
dû rester trois mois à Québec pour la réadaptation de
chacun d'eux. René aimerait bien que les services pour
l'opération et la réadaptation soient décentralisés.
Même s'il apprécie l'excellent travail fait par la
Fondation des implantés cochléaires, ça demeure
problématique que tout soit centralisé à un seul
endroit.
-
- Nous lui faisons remarquer, à cet effet, que
l'A.D.S.M.Q. a proposé la mise en place d'un programme
d'implant cochléaire pour la région de Montréal dans le
mémoire du ROPMM sur le Plan montréalais d'amélioration
de la santé et du bien-être. Selon les statistiques du
Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) en
2002, 56% des personnes implantées provenaient de
l'Ouest du Québec.
-
- « Même avec l'implant, cela ne veut pas dire que le
problème est réglé pour autant. Il faut continuer à
faire des efforts de communication avec eux. » René
relate également les batailles qu'ils doivent mener au
niveau scolaire pour avoir des services
d'interprétariat. Au primaire ça fonctionnait bien, car
les enfants allaient au public. Au secondaire ils ont
fait le choix d'aller au privé (l'externat Sacré-Cœur
étant à dix minutes de chez eux) pour s'éviter de
longues heures de trajet en autobus vers une
polyvalente. Au public, les enfants sourds ont droit à
tous les services, alors qu'au privé il faut payer pour
tout, soit 30 000 $ par enfant, par année. René est
d'avis que le gouvernement devrait donner le même
support aux enfants sourds indépendamment du système
dans lequel ils étudient. « Comme parents nous voulons
que nos enfants fonctionnent bien dans la société. On
veut qu'ils soient autonomes. » René souligne que le
gouvernement précédent a été très efficace pour
améliorer la situation concernant l'implant cochléaire.
Il mentionne, entre autres, que madame Pauline Marois a
fait du bon travail pour réduire la période d'attente et
augmenter le budget pour effectuer un plus grand nombre
d'opérations. À cet effet, nous soulignons à René que le
nombre d'implantés est passé de 34 en 1999 à 77 en 2002
selon les informations fournies par le Centre
hospitalier universitaire de Québec (CHUQ). De plus, la
période d'attente, qui était de deux ans il y a quelques
années, est maintenant réduite de trois à six mois, au
dire de René.
-
- Chez les Simard, on se parle beaucoup. Selon René,
les jeunes sont beaucoup plus informés qu'avant. « C'est
important pour nous de savoir ce qui s'est passé à
l'école. Il faut leur expliquer les choses de la vie,
comme par exemple, à ce stade-ci, nous leur parlons de
sexualité, nous dit René. Ils sont réceptifs et nous
aussi, mais pas trop…
Quand Olivier vient se plaindre qu'il n'a pas
encore de blonde et que je vérifie avec ses amis, je lui
dis : « Sors-moi pas ton violon, fais-moi pas pleurer,
tu fais pas pitié. » L'autre jour, en revenant de
l'école, Rosalie nous relate ceci :
« Quelqu'un m'a dit : « Bonjour madame la sourde
» aujourd'hui. Ça ne me dérange pas, c'est vrai que je
suis sourde. » Devant la réaction de son père, elle lui
dit : « Aurais-je dû agir autrement? » Et ce dernier de
lui répondre : « Tu aurais pu lui dire : J'aime mieux
être sourde que d'entendre tes niaiseries. » Puis il
ajoute : « Nous avons une belle complicité avec nos
enfants. Olivier me parle beaucoup et Rosalie est très
près de sa mère. Marie est une très bonne mère. On forme
une bonne équipe. »
-
- L'important pour René et Marie, c'est de faire en
sorte que leurs deux enfants fonctionnent. « Pour nous
ce n'est pas nécessaire qu'ils pètent des scores. Les
enfants aiment beaucoup aller au cinéma, tantôt avec
leurs amis, mais souvent avec nous, car cela les dérange
moins de nous demander de leur expliquer l'intrigue. Ils
trouvent cela plus gênant avec leurs amis. Ils sont
aussi attirés par les sports. Olivier fait du patin de
vitesse et Rosalie du trampoline. Olivier n'est pas très
versé pour les arts, mais il est très habile de ses
mains. Il fait des expériences de toutes sortes et aime
bâtir. Il veut devenir ingénieur en aéronautique.
Récemment il a aidé mon beau-père à construire une
écurie! »
-
- Rosalie a, pour sa part, beaucoup de talent pour la
danse. Nous faisons remarquer à René qu'elle va tenir de
son père!
-
- Depuis que les enfants sont implantés, les efforts
des parents Simard sont voués à l'amélioration du
langage d’Olivier et Rosalie. « On les reprend
constamment et ils savent qu'on le fait pour les aider.
On leur apprend à rire de leur différence. C'est
souvent eux qui nous font rire quand on ne leur répond
pas du premier coup et qu'ils nous disent : Couc'donc,
êtes-vous sourds? » René ne voit pas la surdité comme un
handicap mais comme une différence. « Il faut
dédramatiser. Il y a bien pire… Quant on pense au cancer
et aux autres grandes maladies, on se trouve privilégié
d'avoir deux beaux enfants intelligents et en santé. »
Selon René, il ne faut pas lésiner sur les services en
santé. « Oui ça coûte cher, mais c'est important! Il
faut également investir dans la formation. Il nous est
très difficile de trouver des interprètes pour nos
enfants. Je lisais dans le journal qu'il y a un manque
d'audiologistes, d'orthophonistes et d'interprètes. »
-
- René ne comprend pas qu'au SIVET on dise qu'il n'y a
pas beaucoup de demande pour des interprètes oralistes.
« On a de la difficulté à en trouver partout en région.
Il y a sûrement un problème d'arrimage quelque part! »
-
- En terminant, René nous informe que, côté carrière,
ça va très bien. Il arrive tout juste du Japon où il
agissait à titre de conseiller artistique pour la
production du spectacle « Elvis Story », popularisé au
Capitole de Québec. Il travaille également sur le
spectacle « Génération Motown » qui va être produit aux
États-Unis. Pour l'avenir, il envisage être davantage
derrière la scène que devant. Comme il dit: « Artiste
populaire o.k., mais à 42 ans c'est moins cute. »
-
- « De son côté, Marie fait toujours L'Épicerie et
elle adore ça », nous dit René. L'émission fonctionne
tellement bien que Radio-Canada voulait qu'elle
poursuive tout l'été. Elle a toutefois refusé, car les
Simard vont mettre la pédale douce et se reposer avec
leurs enfants cet été. Un couple occupé, les Simard?
Oui, mais René et Marie se gardent toujours du temps
pour leur vie familiale, c'est sacré!
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- Sourdine # 141 juillet / août 2003
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