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SPÉCIAL 30e ANNIVERSAIRE
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imprimable

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AUTEURS DE L’HISTOIRE
DE
L’INSTITUTION
DES SOURDES-MUETTES,
L’INSTITUT DES SOURDS
DE MONTRÉAL
ET
L’INSTITUT RAYMOND-DEWAR.
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Sylvie Pelletier |
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Stéphane Perreault |
 |
Par Michel Nadeau |
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Ce livre d’histoire tant attendu est enfin disponible!
Sourdine en fait le tour avec ses auteurs.
Stéphane Perreault, chef du département
d’histoire au Collège Red Deer en Alberta, a rédigé la partie du
volume portant sur les années 1848 à 1960 alors que Sylvie
Pelletier,
historienne et maintenant chargée de
dossiers à la Confédération des organismes de personnes handicapées
du Québec,
a rédigé la partie du volume portant sur les années 1960 à
aujourd’hui.
La première partie du volume couvre l’essentiel de la
période pendant laquelle les communautés religieuses étaient
pleinement en charge des institutions catholiques pour les jeunes
personnes sourdes de Montréal.
Ces deux congrégations, les Clercs de Saint-Viateur
d’une part, et les Sœurs de la Providence d’autre part, avaient été
choisies par monseigneur Ignace Bourget, évêque de Montréal, pour
prendre en charge l’éducation des jeunes personnes sourdes.
Les Clercs de Saint-Viateur,
fondés à Vourles, près de Lyon, en 1831 et arrivés au Canada en
1846, avaient pour mission l’éducation chrétienne.
Ils prennent charge de l’Institution des
sourds-muets fondée en 1848 par un prêtre diocésain, l’abbé Irénée
Lagorce, qui s’était joint à la communauté lors d’un voyage d’étude
en France.
De plus, peu après l’arrivée des premiers
Viateurs en terre canadienne, un sourd alsacien, Jean-Marie-Joseph
Young, joint les rangs de la communauté en France, puis il est
envoyé au Canada en 1856.
Ce religieux sourd donne l’élan nécessaire à
l’institution, fragile à ses débuts.
Les Sœurs de la Providence avaient d’abord pour mission des
œuvres de charité; cependant elles ont également pris la
responsabilité d’écoles à travers la province, car au milieu du XIXe
siècle, la frontière entre charité et éducation n’était pas
nettement tracée.
L’éducation des personnes sourdes en
particulier semblait appartenir autant au monde de la charité qu’à
celui de l’éducation.
C’est ainsi qu’elles ont été appelées en
1851
à prendre les jeunes sourdes sous leur aile
charitable et éducative.
Certaines religieuses, en particulier les
quatre sœurs Gadbois, ont donné son impulsion originale et sa
couleur à l’œuvre.
Le livre retrace, entre autres, pour chacune des deux
institutions, ce que les communautés leur ont apporté de leur
fondation jusqu’aux années soixante.
De nombreuses transformations se sont
produites dans ces écoles qui ont commencé avec un très petit nombre
d’élèves (moins de dix) pour dépasser les 200 élèves chacune vers
1960.
L’Institution des sourds-muets a d’ailleurs
ouvert une succursale à Québec en 1960 afin de prendre en charge la
clientèle de l’Est de la province.
Les institutions ont crû au rythme de leur
clientèle, déménageant et agrandissant leurs locaux selon les
besoins diversifiés des élèves, les initiatives des éducatrices et
éducateurs et les ressources disponibles.
C’est ainsi que le vaste complexe de l’Institution des
sourdes-muettes de la rue Saint-Denis
a pris forme, accueillant en plus des élèves sourdes et des
religieuses, une résidence pour sourdes âgées, une école pour les
garçons du quartier, des pensionnaires payants des deux sexes et les
bureaux de l’administration d’une des provinces des Sœurs de la
Providence. Sans entrer dans les détails
-
il faut bien garder un peu de mystère sur lequel le livre lèvera le
voile!
-
disons simplement que les religieuses et religieux se tenaient au
fait des derniers développements de la pédagogie spécialisée dans le
domaine de la surdité et qu’ils ont tenté de leur mieux de
l’appliquer à Montréal.
Dans certains cas, ils se sont faits
pionniers : dans les années 30, le
père Lucien Pagé, qui allait par la suite
devenir supérieur de l’Institution des sourds-muets, s’est fait
l’apôtre de la « méthode belge » de démutisation, allant la
promouvoir jusqu’en Australie.
Chez les sourdes-muettes, l’Institut
pédagogique François-Xavier-Trépanier et l’École ménagère
constituent des innovations intéressantes qui démontrent le désir
constant des religieuses de fournir ce qui apparaît alors être le
meilleur de l’éducation.
La formation dispensée aux personnes sourdes reposait au
XIXe siècle sur l’enseignement religieux.
On croyait à cette époque
-
autant pour les personnes entendantes que pour les personnes sourdes
-
que la religion posait la base de la formation à la citoyenneté et
c’est d’ailleurs pour des motifs religieux que les deux institutions
avaient été créées.
Au
XXe siècle, cette éducation à base religieuse s’est progressivement
diversifiée. Pour les élèves qui poursuivaient le cycle complet des
études, on leur offrait une formation à un métier, destinée à leur
permettre de gagner leur vie. Chez les garçons, les principaux
métiers enseignés étaient liés à l’imprimerie,
le rembourrage, la mécanique et la
menuiserie.
Chez les filles, la formation aux travaux d’aiguille, puis à la
tenue de foyer dominait.
Évidemment, les éducateurs et éducatrices suivaient les
attentes que l’on avait des personnes selon leur sexe.
Quant à savoir si les personnes sourdes trouvaient
nécessairement de l’emploi dans leur domaine de formation, il
n’existe pas de statistiques précises; cependant, leur emploi en
nombre de plus en plus considérable dans les ateliers spécialisés
attachés à l’Institution des sourds-muets suggère que leur situation
n’était pas toujours facile.
En ce qui a trait aux méthodes d’enseignement, dans les deux
écoles, les méthodes pédagogiques étaient mixtes. On n’a pas vu,
contrairement aux États-Unis, une « révolution oraliste » suite au
Congrès de Milan de 1880. Oui, les éducateurs et éducatrices ont
alors tenté de faire dominer l’éducation orale, mais vu la mission
charitable de ces deux institutions, une section « manuelle »
(gestuelle) est toujours demeurée présente. La pression vers
l’éducation orale s’est néanmoins accrue dans les années 1950 avec
l’arrivée de technologies d’amplification de plus en plus
perfectionnées que l’on a intégrées aux classes (grâce à des dons de
plus en plus généreux d’organismes privés et à des subventions
gouvernementales accrues).
C’est
d’ailleurs à cette époque qu’une association de parents montréalais
cherchant à accroître l’enseignement oraliste a fondé le
Montreal Oral School (1950). La
plupart des personnes sourdes encore vivantes ont gardé un souvenir
plutôt douloureux de la pression oraliste de l’époque, même si
plusieurs ont également conservé un souvenir attendri de leur
expérience de la vie en institution et de l’esprit communautaire qui
y régnait. Après tout, les deux institutions constituaient, avant
1960, le ressort principal de la communauté sourde naissante et
c’est dans les murs de l’Institution des sourds-muets que sont nés
le Cercle Saint-François-de-Sales et le journal
L’Ami des sourds-muets.
L’Institution des sourdes-muettes, pour sa
part, a donné naissance au Service social des personnes sourdes,
duquel est né le camp Notre-Dame-de-Fatima.
Dans ces deux écoles, des communautés religieuses destinées
aux personnes sourdes ont aussi pris naissance. En 1887, ce sont les
(Petites) Sœurs de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs et, en 1927, après
de longues tergiversations, les Oblats de Saint-Viateur. Si les
Oblats ont fusionné avec les Clercs de Saint-Viateur en 1984, un an
après la fermeture définitive de l’Institution des sourds-muets, les
Sœurs de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs existent toujours.
L’auteur
leur a d’ailleurs consacré un volume (Une
communauté qui fait signe : Les Sœurs de
Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, 1887-2006,
Outremont, Carte blanche, 2006).
L’accès à la vie religieuse constituait dans l’esprit des
religieux de l’époque une consécration pour les personnes qui y
accédaient; on croyait donc au potentiel des personnes sourdes.
On constate également que les communautés
ont aussi contribué à l’éducation de la population en général. En
effet, chaque année, à la fin de l’année scolaire, les institutions
organisaient des démonstrations publiques des talents des
étudiant(e)s. Si on y faisait surtout l’éloge de l’éducation « oraliste »,
les sourds et sourdes gestuels n’étaient pas exclus du programme de
ces représentations, qui avaient pour double but d’éduquer le public
et de recueillir des fonds destinés à soutenir ces œuvres qui ne
recevaient qu’une très modeste subvention gouvernementale.
La recherche nécessaire pour rédiger cette portion du volume
s’est principalement effectuée en archives.
L’auteur a donc consulté les dépôts
considérables qu’ont conservé les Sœurs de la Providence et les
Clercs de Saint-Viateur.
L’auteur
n’a pas effectué d’entrevues; cela aurait
indéniablement enrichi le volume selon lui, mais des contraintes de
temps ont joué en sa défaveur. Un jour, il faudrait publier,
toujours selon l’auteur, un recueil de témoignages des anciennes et
anciens des institutions.
Il encourage donc d’autres chercheurs à s’en
charger étant donné le tournant qu’a pris sa carrière (il enseigne
dorénavant à Red Deer en Alberta, mais s’intéresse de plus en plus à
la communauté sourde de l’Alberta).
Dans la deuxième partie du livre, Sylvie Pelletier relate
l’histoire des deux institutions à partir de 1960, leur évolution
vers un centre de réadaptation et la création de l’Institut
Raymond-Dewar, en 1984.
Au début des années 60, le Québec prend le virage de la
modernité.
À la suite de la publication du rapport
Parent, le gouvernement du Québec met sur pied le ministère de
l’Éducation en 1964.
On s’oriente alors vers l’enseignement
public et l’idée d’intégration de l’enfance « handicapée » au réseau
régulier fait son chemin. C’est dans ce contexte que les deux
institutions religieuses abandonnent progressivement à partir des
années 1970 leur vocation d’établissements d’enseignement aux jeunes
personnes sourdes.
Si la transition est difficile pour les
Clercs de Saint-Viateur dont c’était la mission première, les Sœurs
de la Providence s’en accommodent plus facilement car ce n’était pas
leur mandat premier.
Débute alors l’intégration des jeunes sourds et sourdes aux
écoles publiques. À Montréal, c’est d’abord au niveau secondaire que
s’effectue cette intégration; les élèves migrent petit à petit vers
la polyvalente Lucien-Pagé, qui ouvre officiellement ses portes en
1974.
Au niveau primaire, il faut attendre 1981
pour que les enfants sourds soient intégrés à l’école
Saint-René-Goupil, qui prend alors le nom d’école
Gadbois.
Cette période se terminera
par la fermeture de l’Institution des sourdes-muettes et la
transformation de l’Institution des sourds-muets en centre de
réadaptation
Dans les années 1970, l’effervescence créée par la montée du
nationalisme et l’éveil culturel du Québec atteint également la
communauté sourde, qui prend conscience de la richesse de sa
culture. Parmi les jeunes leaders qui aident à cette prise de
conscience, on retrouve Raymond Dewar, enseignant, éditorialiste,
militant et homme de théâtre, qui affirme son identité sourde.
Au début des années 1980, alors que l’enseignement oraliste
avait jusqu’alors prédominé, des enseignants vont se spécialiser à
l’Université Gallaudet aux États-Unis, afin de faire l’apprentissage
de l’enseignement de la langue des signes.
C’est à cette époque que le premier lexique
et dictionnaire de LSQ (langue des signes québécoise) est édité par
Raymond Dewar, Julie-Élaine Roy et Paul Bourcier.
À partir de 1975, l’Institution des sourds de Montréal avait
acquis, parallèlement à sa mission éducative, le statut de centre de
réadaptation, mais c’est après le départ des derniers élèves qu’elle
se consacre pleinement à la réadaptation, en devenant un
établissement public en 1982. En 1983, le nouveau centre de
réadaptation déménage dans les anciens locaux de l’Institution des
sourdes-muettes et développe ses premiers programmes spécialisés. En
1984, le centre prend le nom d’Institut Raymond-Dewar
(IRD), en mémoire de cet éveilleur de
conscience décédé tragiquement à l’âge de 30 ans. Son nom émerge
tout naturellement, car sa forte personnalité et surtout sa défense
sans relâche de la culture et la langue des signes ont marqué les
esprits.
Le dernier chapitre du livre porte complètement sur
l’histoire de l’Institut Raymond-Dewar, de ses débuts comme
établissement public jusqu’à aujourd’hui. L’auteure y présente
l’évolution des différents programmes, depuis les premiers
programmes destinés aux enfants, et met en lien les transformations
sociales et le développement de l’IRD.
L’IRD a connu jusqu’à maintenant trois grandes phases : de
1984 à 1990, l’Institut a mis sur pied et développé ses programmes,
dont 5 sur 6 étaient pour les enfants, et il a défini sa mission.
Malgré les nombreux changements depuis vingt-cinq ans, le cœur de
cette mission est demeuré le même. Visant « l’intégration sociale »
des personnes sourdes, l’IRD a dès le départ adopté une approche qui
mettait l’accent sur les besoins de la personne et son développement
global. En accord avec cette philosophie, ont été privilégiés un
plan d’intervention personnalisé, la collaboration avec les autres
établissements mais aussi avec les associations de parents et
personnes sourdes, et enfin, un partenariat avec des organismes de
recherche et d’enseignement.
De 1991 à 1999, malgré les importantes coupures budgétaires
imposées par le gouvernement, l’IRD a connu un développement majeur,
il s’est donné de nouveaux mandats et a accueilli de nouvelles
clientèles, entre autres la clientèle aînée. Il est ainsi passé de
2294 clients inscrits en 1990-1991 à 3764 en 1999-2000. Il a
également consolidé sa mission et son offre de services tout en
démarrant des partenariats de recherche. Se sont ajoutés notamment à
ses services et programmes, le comptoir de distribution des aides
auditives, le développement de l’approche bilingue, des activités de
programmation pour les enfants ayant reçu un implant cochléaire, des
services d’intervention psychosociale et un mandat suprarégional de
réadaptation en surdicécité.
De 2000 à 2008, l’IRD a renforcé plusieurs mandats de sa
mission et a redéfini celle-ci afin qu’elle reflète mieux les
changements de la législation dans le domaine de la santé et des
services sociaux. L’énoncé de mission de 2000 parle ainsi de
services de deuxième ligne de réadaptation auprès des personnes
sourdes et malentendantes des régions de Montréal, de Laval et de
Longueuil.
De plus, l’Institut s’est vu reconnaître une
vocation suprarégionale pour ses services dits surspécialisés.
L’IRD a énormément investi pour développer son mandat de recherche
et d’enseignement, en vue d’une reconnaissance universitaire.
Toujours dans la même optique, il a développé également ses mandats
de formation et d’évaluation des modes d’intervention, qui se font
en partenariat, entre autres avec l’Université de Montréal et
l’UQAM.
L’Institut Raymond-Dewar se définit maintenant (2008) comme
un « centre plurirégional de réadaptation spécialisé et
surspécialisé en surdité et en communication »
L’IRD a
comme premier mandat d’offrir des services de réadaptation
dans les régions de Montréal et de Laval pour la clientèle sourde,
malentendante, sourde-aveugle ou présentant un trouble de traitement
auditif. Dans la région de Montréal, des services sont également
offerts aux enfants dysphasiques. De plus, l’IRD assume la
prestation des services psychosociaux courants spécifiques aux
personnes sourdes gestuelles. Une vocation suprarégionale s’ajoute
au rôle de l’IRD pour certains services surspécialisés pour tout
l’Ouest du Québec, et ce, en collaboration avec les centres
régionaux. Ces services ont trait à la clientèle ayant reçu un
implant cochléaire, à la clientèle sourde-aveugle, à la clientèle
utilisant le langage gestuel et les aides de suppléance à
l’audition.
***
Héritier
des deux premières institutions catholiques francophones pour
enfants sourds, l’Institut Raymond-Dewar a repris cet héritage et
est demeuré, par sa présence tant sur le plan des services que sur
celui des collaborations avec différents groupes, un des points de
convergence de la communauté sourde.
C’est donc 160 ans
d’histoire que ces deux auteurs racontent dans ce livre sur trois
institutions marquantes au Québec.
Sourdine vous invite à vous le procurer !
Directeurs de l’IRD :
1982-1990 : Gabriel Collard
1990-2005 : Pierre-Paul Lachapelle
2005-2006 : Lise Bolduc
2006 :
François Lamarre
Le comité permanent du livre
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Dominique Lemay, Lise Bolduc, Jules
Pelletier, François Lamarre, Pierre-Paul Lachapelle,
Sœur Laurette Frigon, Julie-Élaine Roy, Gilles Boucher, Louise
Livernoche, Frère Robert Longtin |
Sourdine mai / juin 2010
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