| Sourdine a rencontré, pour vous, monsieur Louis
Beaulieu, président et directeur général de l'Ordre des orthophonistes
et audiologistes du Québec. |
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| D'entrée de jeu, il nous explique ce que c'est : l'Ordre est un
organisme qui a pour mission d'assurer la protection du public. C'est
son rôle principal et il est défini par une loi, le Code des
professions, qui nous protège quand on a à consulter un professionnel.
Les orthophonistes et audiologistes travaillent donc dans l'intérêt du
public à travers les systèmes d'éducation et de santé pour que les
politiques mises en place aient un impact positif sur les troubles de
communication et d'audition des personnes atteintes et de leur
entourage. |
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| Les audiologistes exercent également en bureau privé. |
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| L'Ordre fêtera, en août, ses 50 ans d'existence. Il regroupe
actuellement 1540 professionnels, soit 1300 orthophonistes et 240
audiologistes qui travaillent auprès des enfants et des adultes et
apportent également du support aux proches pour les aider à composer
avec les difficultés que ces troubles entraînent. |
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| Il y a présentement une pénurie d'orthophonistes et d'audiologistes.
Elle est toutefois plus prononcée chez les orthophonistes. « Chez les
audiologistes, si on regarde la situation en fonction des besoins, il y
a beaucoup de personnes qui n'ont pas accès aux services d'un
audiologiste, surtout chez les adultes », nous dit monsieur Beaulieu. On
a donc décidé en 1999 d'augmenter le nombre d'étudiants en audiologie à
l'Université de Montréal, de 7-8 à 20 par année. On prévoit que la
pénurie sera résorbée d'ici quelques années. Dans 12 ans, le nombre
d'audiologistes aura donc doublé. |
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| Nous soulignons l'absence d'audiologistes en milieu scolaire et
monsieur Beaulieu le déplore également. « Aux États-Unis, on compte 1
audiologiste par 12 000 élèves. Ici, en proportion, ça prendrait 100
audiologistes pour les quelque 1 200 000 élèves du primaire et du
secondaire. Il y aurait des avantages évidents pour l'enfant et le
professeur. Malheureusement, même si 50 % des maladies professionnelles
sont associées aux troubles de voix et d'audition, il n'y a pas 50 % des
fonds qui y sont alloués », nous rapporte celui-ci. Dans la tête des
décideurs, on n'accorde pas la même importance aux problèmes de voix et
d'audition qu'aux problèmes de dos par exemple, selon monsieur Beaulieu.
À preuve, alors qu'on a constaté une croissance de 8 à 10 % des besoins
en audiologie au cours des 15 dernières années, le gouvernement évalue à
seulement 3 % la croissance des besoins (1,8 % est lié au vieillissement
de la population et 1,2 % aux autres besoins) au cours des 20 prochaines
années. « Pour le gouvernement, ce n'est pas recevable d'aller plus haut
que leur taux prévu », nous dit monsieur Beaulieu. |
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| L'Ordre est très préoccupé par la santé auditive et la santé en
général. « On sait que le bruit a des effets sur l'audition mais aussi
sur la santé cardiaque et le taux de stress. Il y a très peu de choses
qui se font sur le bruit si ce n'est qu'en milieu de travail et encore
là on a déjà été pas mal plus actif au Québec qu'on l'est maintenant »,
rappelle monsieur Beaulieu. Il faut faire de la sensibilisation. Les
gens s'habituent au bruit et pensent qu'on ne peut pas faire grand-chose
pour l'éliminer. Par analogie, on peut penser à la pollution de l'air,
notamment par des odeurs nauséabondes. Les gens en ont pris conscience
et ont décidé d'agir. Pour le bruit, on n'a pas encore fait cette
conscientisation. On commence toutefois à se réveiller et le recours
collectif contre les municipalités des Laurentides polluées par le bruit
des motoneiges, par exemple, est un pas dans la bonne direction.
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| Selon monsieur Beaulieu, c'est par la pression plus grande des
citoyens qu'on pourra arriver à faire bouger les choses. La solution
réside dans le contrôle à la source. Même s'il est impossible d'éliminer
complètement toute forme de bruit, il est possible de faire des choix
éclairés et déterminer où l'on va concentrer les efforts pour réduire le
bruit à la source. Il y a évidemment la variable économique à
considérer. L'Organisation mondiale de la santé a fait beaucoup d'études
à cet effet et la Communauté économique européenne a pris des mesures.
Ici, monsieur Raymond Hétu, audiologiste, s'est beaucoup préoccupé des
effets du bruit sur la santé, mais depuis son décès survenu il y a une
dizaine d'années et malgré des actions réalisées par plusieurs
audiologistes, les choses n'ont malheureusement pas beaucoup avancé
depuis. La question demeure toutefois préoccupante quand on considère
que les jeunes de 20 ans entendent comme des adultes de 30 ans. « On
dirait que pour les jeunes, il y a un défi dans le bruit; on veut
provoquer », note monsieur Beaulieu. |
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| On constate qu'il y a une relation probante entre les effets du
bruit et la santé cardiovasculaire. « Ça nous donne des outils pour
convaincre le politique », poursuit le PDG. À titre d'exemple, la ville
de St-Lambert (sur la Rive-Sud de Montréal) a adopté un règlement
municipal qui interdit aux résidants d'utiliser des appareils produisant
des bruits importants le dimanche, tels ceux produits par leur tondeuse
à gazon, permettant ainsi un « congé de bruit », une journée par
semaine. |
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| On parle ensuite des moyens de sensibilisation au bruit et monsieur
Beaulieu mentionne qu'il faut travailler avec les jeunes. Cette année,
l'Ordre va parler des effets du bruit sur la santé. Il faut apprendre
les effets d'un bruit fort. Il faut faire connaître que la progression
de 20 à 50 décibels n'est pas un son deux fois et demi plus fort mais
bien 1000 fois plus fort parce que la progression est logarithmique
plutôt que linéaire. Pour les gens, ça reste quelque chose de
relativement abstrait quand on essaie d'en parler de façon scientifique.
Pour rendre les choses plus concrètes, l'Ordre travaille présentement à
l'organisation d'une journée sans bruit dans deux écoles. Il va y avoir
du matériel pédagogique distribué aux élèves avec des exemples concrets
des effets du bruit. |
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| Chez les adultes il faut faire de la sensibilisation par la voie des
médias écrits et électroniques. L'Ordre essaie d'intéresser le magazine
L'Actualité à faire un reportage sur le bruit de même que les
responsables des émissions Enjeux et Découverte. |
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| Du côté dépistage, l'Ordre déplore qu'il n'y ait pas encore de
programme de dépistage pour les nouveau-nés au Québec. « Alors qu'en
Ontario, au Nouveau-Brunswick et en Alberta c'est en marche, ici on n'a
toujours pas mis en place de tels programmes, entre autres parce qu'on
ne pense pas être capable d'offrir les services sous-jacents. On évalue
à environ 10 millions de dollars par année les sommes nécessaires à
l'instauration et au fonctionnement d'un programme de dépistage
universel », souligne monsieur Beaulieu. Heureusement, certaines régions
ont décidé de mettre en place des protocoles, notamment en Estrie et aux
Îles-de-la-Madeleine. On dénote une déficience auditive à la naissance
chez 8 à 12 enfants sur 1000 au Québec et 1 enfant sur 10 présentera des
problèmes auditifs, de la période allant de sa naissance à la fin de
l'adolescence. Si on faisait passer le test au moment de la naissance,
il y aurait moins de suivi à faire dans les écoles et de bien meilleures
chances de succès pour les enfants. Il faut toutefois continuer à
pousser pour qu'il y ait des programmes de prévention dans les écoles.
La réforme pédagogique risque d'entraîner des difficultés encore plus
grandes pour les enfants sourds et malentendants étant donné qu'on va
accentuer l'interaction entre les élèves comme moyen d'apprentissage de
la communication. Comme l'élève passe au moins 45 % de son temps à
l'école en situation d'écoute, les enfants qui ont de la difficulté avec
cette variable sont donc très défavorisés. |
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| Quand on regarde la situation au niveau de la surdité industrielle,
on constate qu'il y a 400 000 travailleurs et travailleuses qui sont
touchés au Québec. Il n'y a malheureusement pas de statistiques récentes
permettant de vérifier l'évolution de la situation. Est-ce que, par
exemple, le fait qu'il y a de moins en moins de personnes qui
travaillent dans les secteurs manufacturiers et de plus en plus dans le
domaine des services où il y a moins de bruit que dans une usine, va
faire diminuer la surdité industrielle professionnelle? Pas
nécessairement, nous dit monsieur Beaulieu, car la surdité
professionnelle est un concept qui dépasse largement le seul milieu de
travail. À titre d'exemple, il existe des risques réels et potentiels
associés à l'appareillage auditif. Des préjudices permanents peuvent
être portés à l'audition lorsque le niveau d'amplification du signal
sonore reçu au tympan est de 130 dB SPL ou plus. Il existe aussi des
risques d'aggravation de la déficience auditive associés à la
suramplification chez les usagers d'aides auditives. L'audiologiste, de
par ses compétence et ses activités professionnelles, est
particulièrement bien habilité pour assurer la gestion des risques
associés à ce type de problème en particulier, par ses capacités à gérer
le processus de l'évaluation initiale jusqu'au suivi post-appareillage.
Les jeunes qui vont dans les discothèques et écoutent leur musique à des
niveaux d'amplification trop élevés s'exposent à des problèmes
d'audition potentiels.
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| Monsieur Beaulieu nous fait remarquer que, par exemple, dans l'auto
on a tendance à augmenter le volume de la radio à la fin de la journée.
Ainsi, le matin lorsqu'on est reposé, le volume de la radio nous
apparaît trop fort. Si on augmente le volume en fin de journée, c'est
parce qu’on est fatigué et que l'on entend moins bien (car une certaine
fatigue auditive s'est installée au cours de la journée). Donc tout ça
pour dire que dans les prochaines années on risque fort de se retrouver
avec un plus grand nombre de personnes atteintes de surdité
professionnelle ou autre. |
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| Quand on regarde maintenant ce qui se passe ailleurs, on constate
qu'en Europe par exemple, le niveau de préoccupation face au bruit est
beaucoup plus élevé qu'ici. En effet, depuis 1992, le Conseil de
l'Europe décerne un prix pour la réduction du bruit en industrie. «
Est-ce que c'est parce qu'ils sont plus nombreux qu'ici et ont moins
d'espace qu'ils sont plus sensibilisés à cette problématique? »,
s'interroge monsieur Beaulieu. Dans tous les cas, ils posent des gestes. |
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| Par contre, aux États-Unis, la problématique du bruit semble assez
loin de leurs préoccupations. Au Québec, monsieur Beaulieu se dit
heureux de l'initiative de l'Institut national de la santé publique qui
a organisé une journée thématique des effets du bruit sur la santé, en
décembre 2004. Cela démontre qu'il y a maintenant une volonté de se
pencher plus sérieusement sur la question. Il espère qu'on décidera d'en
faire une priorité et que cet événement deviendra un rendez-vous annuel. |
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| En terminant, monsieur Beaulieu tient à souligner que, pour l'Ordre,
le dépistage de la surdité à la naissance et l'assurance des services
aux personnes qui ont une déficience auditive constituent deux dossiers
chauds sur lesquels il consacre beaucoup d'énergie. Il faut que la
population ait accès à la gamme COMPLÈTE des services. Avoir une
prothèse c'est bien, mais il faut aussi apprendre à vivre avec cette
aide à l'audition et la gérer. Il faut pouvoir tenir compte des besoins
du patient et lui donner également d'autres moyens pour l'aider à vivre
avec sa déficience. |
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| Comme vous pouvez le constater, nous pouvons nous compter chanceux
d'avoir des personnes comme monsieur Beaulieu qui, sans que vous le
sachiez, travaille dans l'ombre avec conviction à l'amélioration de
votre qualité de vie. |
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| Au nom de tous ses membres, l'ADSMQ salue l'excellent travail de
l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec et lui souhaite un
excellent 50e anniversaire. |
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| Sourdine 152 mai/juin 2005 |
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