Tony Leroux
 
 

 


 

 

 

 

    par Michel Nadeau
 
Sourdine a rencontré pour vous monsieur Tony Leroux, directeur de la recherche à l’Institut Raymond-Dewar (IRD). Audiologiste de profession, il est professeur agrégé à l’École d’orthophonie et d’audiologie de l’Université de Montréal.
 
Sourdine : En quoi consiste le rôle du responsable de la recherche à l’IRD?
 
Tony : Son rôle consiste à mettre ensemble des cliniciens et des chercheurs qui ont des idées de recherche et de les faire travailler ensemble pour le bienfait de la clientèle de l’IRD. Les projets de recherche sont donc réalisés conjointement par un praticien qui cherche des réponses à certaines questions que leur posent leurs patients, et un chercheur qui est intéressé à approfondir ces questions.
 
Sourdine : Quelle proportion de votre temps accordez-vous à la recherche?
 
Tony : Mon emploi du temps est réparti de la façon suivante :  40 % en enseignement ( 2 jours semaine),  40 % en recherche ( 2 jours semaine),  20 % en services à la collectivité (1 jour semaine). J’ai un bureau à l’IRD où je peux rencontrer les chercheurs et cliniciens afin de les appuyer dans le développement de leurs projets. Je les aide dans leurs recherches de subventions et je coordonne l’ensemble des projets de recherche. L’administration de tout cela occupe environ le quart de mon temps.
 
Sourdine : Quels sont les projets de recherche sur lesquels travaille l’IRD?
 
Tony : Il y en a une vingtaine en tout. À titre d’exemple, mentionnons, entre autres, les projets suivants : - la mesure du handicap associé aux acouphènes - la LSQ et la culture sourde - les types d’appareils auditifs pour les sourds aveugles - l'impact de l’implant cochléaire sur le développement cognitif de l’enfant - les troubles de traitements auditifs et la perturbation du développement affectif chez l’enfant - les moyens pour identifier les troubles d’attention et diagnostiquer la dysphasie.
 
Sourdine : Combien de chercheurs sont assignésés aux projets de recherche de l’IRD?
 
Tony : Le nombre de chercheurs varie d'un projet à l’autre. Par exemple, il y en a 6-7 qui travaillent sur le projet de dysphasie, 2-3 sur un autre. Au total, c’est une équipe d’une dizaine de personnes qui peuvent travailler sur différents projets. Ces chercheurs proviennent d’institutions d'enseignement telles que l’université de Montréal, l’université McGill, l’UQAM et du Centre de recherche de l’hôpital Sainte-Justine.
 
Sourdine : Quel est votre budget d’opération?
 
Tony : C’est essentiellement 20 000$ dont l’IRD se sert pour libérer et remplacer les intervenants qui consacrent quelques heures par semaine à la recherche. Si on calcule l’ensemble des sommes reçues par les différentes sources de financement, on peut dire que le budget, pour les quelque 20 projets de recherche actuellement en marche, est de quelques millions de dollars.
 
Sourdine : Quelles sont vos sources de financement?
 
Tony: Il y en a plusieurs. Mentionnons entre autres : - les Instituts de recherche en santé du Canada - la Fondation surdité et communication - l’OPHQ - le Réseau provincial de recherche en adaptation et réadaptation - le Fonds de la recherche en santé du Québec - le ministère de la Santé et des services sociaux du Québec.
 
Sourdine: Quelle place occupe l’IRD en recherche sur l’audition par rapport au reste du Canada, des États-Unis et de l’Europe?
 
Tony: Je dirais une place unique, car nous sommes les seuls à faire de la recherche en réadaptation. Pour le bénéfice de vos lecteurs, sachez que le Québec est un des rares endroits où il y a des centres de réadaptation. Nulle part ailleurs, peut-on recevoir gratuitement des services d’apprentissage en lecture labiale et en stratégies de communication. En Ontario, la Canadian Hearing Society offre des cours de lecture labiale, mais il faut payer pour avoir accès à ces services. Il n’y a rien de semblable à notre Réseau des centres de réadaptation, en Europe et aux États-Unis non plus. Il faut aller aussi loin qu’en Australie pour retrouver quelque chose qui se rapproche de ce que l’on fait au Québec. Ceci dit, quand on parle de recherche en audition, les pôles de matière grise sont essentiellement confinés aux universités de la Colombie-Britannique et de Toronto. On y fait de la recherche au niveau du diagnostic et de l’appareillage.
 
Sourdine: Parlez-nous des nouvelles installations de télé-réadaptation et de visioconférence inaugurées le 9 mai 2006 à l’IRD.
 
Tony: Comme l’IRD offre des services très spécialisés, ces installations permettront aux centres de réadaptation dans les régions d’avoir accès à une brochette de spécialistes. Ces centres ayant généralement moins de ressources spécialisées en audition qu’à l’IRD, leur clientèle peut donc, sans se déplacer, avoir accès à des consultations par voie de la visioconférence. C’est donc d’abord et avant tout utilisé pour les services de réadaptation.
 
Sourdine: En quoi ces installations aideront-elles la recherche?
 
Tony : C’est un outil de communication fantastique qui va nous permettre de communiquer et d’échanger avec les centres de réadaptation. Pour les chercheurs en région, les discussions sur les protocoles de recherche pourront se faire sans qu’ils aient à se déplacer. Dans un autre ordre d’idées, les conférences midi de l’IRD pourront aussi être retransmises en région. Inversement, nous pourrons aussi recevoir les conférences produites dans les autres centres de réadaptation.
 
En terminant, nous demandons à Tony quelles sont les perspectives les plus prometteuses en recherche sur l’audition actuellement. « Je dirais que c’est probablement les travaux sur la régénération des cellules ciliées. » Les devenus sourds et les malentendants du Québec seront heureux d’apprendre cela.
 
Merci à Tony et à son équipe de chercheurs qui travaillent dans l’ombre à l’amélioration de notre audition!
 
Projet d’acquisition d’un appareil de mesures électrophysiologiques
 
Développée il y a près d’un siècle, l’électroencéphalographie (EEG) est une méthode qui permet, entre autres, de mesurer l’activité électrique du cerveau lorsqu’une personne perçoit des sons (potentiels évoqués auditifs). Le principe en est simple.
 
Cette technique de mesure peut être utilisée avec des enfants puisque l’activité électrique du cerveau reliée à une stimulation sonore peut être mesurée indépendamment de la volonté, même quand l’enfant est occupé à une autre tâche.
 
Les enfants qui fréquentent le Programme Langage et trouble de traitement auditif à l’Institut Raymond-Dewar reçoivent des services de réadaptation faisant intervenir plusieurs approches. L’une de ces approches, l’entraînement auditif, permet d’amener les enfants à mieux distinguer les sons de la parole ce qui, à terme, permet de favoriser le développement du langage. L’électrophysiologie permet de vérifier, d’une manière objective, comment l’enfant perçoit les distinctions entre les différents sons de la parole, et ainsi de mesurer les progrès accomplis à travers son programme d’entraînement.
 
L’acquisition de cet appareil à l’IRD devrait permettre, d’une part, une identification plus précise des incapacités de compréhension de la parole des enfants ce qui mène à l’établissement d’un programme de réadaptation plus adapté et, d’autre part, une évaluation plus efficace des progrès de l’enfant.
 
 
 
 
 
Sourdine # 159 juillet/août 2006

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