Entrevue

 

ENTREVUE AVEC
MESSIEURS JEAN TALBOT ET FRANÇOIS LAMARRE
 

 

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RESPECTIVEMENT PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
ET DIRECTEUR GÉNÉRAL
DE L’INSTITUT RAYMOND-DEWAR
Françcois Lamare et Jean Talbot 

 


       par Michel Nadeau

 

 

 
 
Sourdine
L’IRD fête cette année son 25e anniversaire de fondation.  Quelle est la mission de cet organisme?
 
M. Talbot
L’Institut Raymond-Dewar est un centre de réadaptation plurirégional public spécialisé et surspécialisé en surdité et en communication.  Sa mission est de faciliter la communication entre les personnes malentendantes, sourdes, sourdes aveugles, ayant une déficience du langage ou des troubles de traitements auditifs, et leur entourage.
 
Sourdine
Quels sont les programmes offerts par l’IRD?
 
M. Lamarre
Les programmes suivants s’adressent à la population de Montréal et de Laval de même qu’à la population de l’Ouest du Québec où il n’y a pas de services spécialisés en déficience auditive.
 
Programme 0-12 ans
Programme 12-25 ans
Programme 25-65 ans
Programme 65 ans et plus
Programme Surdicécité
Programme Langage/Troubles de traitements auditifs
Programmation de l'implant cochléaire
Programme d’évaluation en santé mentale
 
Sourdine
En quoi consiste votre rôle en tant que président du conseil d’administration de l’IRD?
 
M. Talbot
Le conseil d'administration d’un centre de réadaptation a comme rôle de développer les grandes orientations de l’établissement et d’approuver son budget.  Mon rôle est très général et consiste à aider l’IRD à prendre les bonnes décisions.  J’anime, entre autres, une dizaine de réunions du CA par année.
 
Sourdine
Quelles sont les activités qui marqueront le 25e anniversaire de l’IRD?
 
M. Lamarre
Le 2 avril dernier, en présence du comédien Daniel Gadouas, parrain des Fêtes du 25e de l’IRD, nous avons présenté le programme suivant des activités : (voir page 19)
 
Sourdine
Qui assurait les services spécialisés pour les personnes sourdes et malentendantes avant la création de l’IRD?
 
M. Talbot
C’était deux congrégations religieuses : les frères de St-Viateur pour l’Institut des sourds et muets dont la bâtisse est située au 7400 du boul. St-Laurent à Montréal et les sœurs de la Providence pour la Maison des sourdes et muettes où sont maintenant les locaux de l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal et ceux de l’IRD.
 
Sourdine
Dans la liste des événements du 25e  de l’IRD, nous observons deux lancements de livres.  Pouvez-vous nous en parler?
 
M. Lamarre
Il y a d’abord eu, le 2 avril dernier, le lancement du Guide pour l’entourage d’Aînés malentendants, une réalisation de deux intervenants de l’IRD, Jonathan Côté et Micheline Petit.  On y trouve, de façon illustrée, l’entourage de la famille de la personne malentendante.  Ce guide s’adresse directement aux proches d’une personne aînée malentendante.  Il les aidera à répondre à leurs questions et à comprendre les changements, les adaptations et les défis quotidiens à relever pour mieux vivre leur relation avec l’aîné malentendant.  Il est disponible à l’IRD et se vend 10 $.
 
En octobre, il y aura le lancement du livre « L’Institut Raymond-Dewar et ses institutions d’origine, 160 ans d’histoire avec les sourds ».  Ce projet de livre aura pris cinq ans à se réaliser par deux auteurs.  Le  premier auteur retrace l’histoire des deux congrégations qui ont dirigé les institutions des personnes sourdes et le deuxième auteur parle de la réforme de la santé et des services sociaux et de la naissance de l’IRD en 1984 jusqu’à aujourd’hui.
 
Sourdine
Étant une personne sourde-aveugle, comment réussissez-vous à accomplir vos fonctions?
 
M. Talbot
J’aime déranger pour pouvoir réaliser des choses.  Je suis aveugle depuis ma naissance et malentendant depuis l’âge de 30 ans.  Je siège au CA de l’IRD depuis 1989 et cela n’aurait jamais été possible si je n’avais pas reçu les services de réadaptation de l’IRD.  En 2006, j’ai subi l’opération pour recevoir deux implants cochléaires.  C’est un programme spécial pour les personnes sourdes-aveugles.  Cela a fait en sorte que je suis passé d’une surdité sévère à profonde à une surdité légère.  Je souhaite ardemment que ce programme puisse un jour être étendu à toutes les personnes atteintes de déficience auditive.
 
Vous savez, dans la vie il faut toujours chercher à repousser les frontières.  On a un problème?  On ne sait pas quoi faire?  Il faut demander de l’aide.  Il y a toujours une solution qui existe en quelque part.
 
Grâce  au  braille, grâce à l’IRD, grâce  à mon accompagnatrice Lise, je réussis à fonctionner depuis bientôt deux ans comme président du CA et, à ce jour,  personne ne m’a dit qu’il était insatisfait de moi.
 
Sourdine
Vous avez développé une vidéo pour promouvoir l’IRD.  Qu’en est-il au juste?
 
M. Lamarre
L’idée vient du CA de l’IRD qui est préoccupé  du rayonnement de l’établissement.  Non pas que l’on veuille se vanter de nos performances, mais bien faire connaître les services qu’offre l’IRD aux personnes malentendantes et sourdes.  La Fondation surdité et communication est aussi impliquée pour nous faire connaître.  La perte auditive étant invisible, les personnes sont peu reconnues.  Le but visé par cette  vidéo est justement de conscientiser les gens face à ce phénomène et à les informer de nos programmes.  La vidéo est sans son, avec sous-titres.  La vedette est monsieur Talbot qui fait la visite des différents Programmes de l’IRD.
 
Pendant qu’on le voit circuler, on nous montre les différents systèmes qui sont à sa disposition pour l’aider à bien fonctionner.  À la fin, on le voit déclarer que, sans la réadaptation, il ne serait pas possible pour lui d’être à ce poste. La vidéo sera distribuée dans les divers établissements de la santé publique.   Il sera également possible de la visionner à la bibliothèque de l’IRD et même d’en recevoir une copie pour des frais minimes.
 
Sourdine
Comment voyez-vous les 25 prochaines années de l’IRD?
 
M. Talbot
Je ne suis pas Alvin Toffler et je n’ai malheureusement pas de boule de cristal.  Je dois toutefois vous dire que les bénéficiaires de l’IRD apprécient beaucoup d’avoir, à l’intérieur des structures, une personne en autorité qui est atteinte de perte auditive.  Ça nous donne de la crédibilité quand  nous nous adressons à eux.
 
Je crois que les services que nous offrons sont  d’une très grande qualité et ma préoccupation première est de m’assurer qu’en dépit des restrictions budgétaires causées par la crise économique, on n’en viendra pas à en réduire la qualité.  Mon objectif à long terme est d’aider l’IRD à prendre de l’expansion et agrandir ses locaux pour qu’on puisse un jour accueillir sous un même toit tous les services reliés à la déficience sensorielle.  Il y a malheureusement encore beaucoup de travail à faire pour intensifier le rapprochement des diverses agences concernées.  Car il ne faut pas se le cacher, on doit composer avec deux cultures différentes (française et anglaise) et une résistance très forte de la part de la communauté malvoyante à toute forme de fusion par crainte de perdre leur autonomie actuelle.
 
Sourdine
Dans l’immédiat, quels sont les défis que doit relever l’IRD?
 
M. Lamarre
Notre premier défi, j’en ai déjà parlé et c’est d’assurer le rayonnement de l’IRD. 
 
Notre deuxième défi, c’est de tirer notre épingle du jeu malgré les ressources restreintes pour faire face à une demande accrue de services.
 
Notre troisième défi, c’est de développer le domaine de l’enseignement et de la recherche grâce à notre affiliation avec l’Université de Montréal.
 
Nous avons,  bien sûr, beaucoup d’autres préoccupations au quotidien, mais nous gardons le cap sur nos principaux défis.
 
Sourdine
Merci à messieurs Talbot et Lamarre pour leur implication et leur excellent travail qui nous permet de bénéficier des services de qualité offerts par l’IRD.

Joyeux 25e et longue vie à l’IRD! 
 
 

 

Sourdine mai / juin 2009