
Audiologiste à l’Hôpital de Montréal pour enfants – Centre de santé de
l’université McGill
-

- par Michel Nadeau
Depuis le mois de novembre 2008,
trois centres hospitaliers de la région de Montréal (Sainte-Justine,
l’hôpital de Montréal pour enfants et le Royal Victoria du CUSM) font le
dépistage de la surdité chez les nouveau-nés; en quoi consiste ce test?
C��est un test facile, simple et très rapide.
Deux types de technologies sont utilisés. La première consiste en la
mesure des oto-émissions acoustiques. Ce test consiste à introduire dans
l’oreille de l’enfant une petite sonde qui émet un son et mesure une réponse
lorsque la structure de l’oreille est normale.
La deuxième, un peu plus complexe, consiste à installer sur la tête
de l’enfant des petites électrodes et des écouteurs miniatures qui émettent
des sons. L’appareil détermine
si le cerveau répond à la stimulation sonore et on lui met des écouteurs
pour vérifier si son cerveau
capte les sons.
Le test de dépistage peut être administré par une infirmière, une
préposée aux bénéficiaires ou toute autre personne désireuse de
l’administrer moyennant un minimum de formation.
Le test dure de 15 à 20 minutes par enfant et se fait au chevet de la
mère avant son congé de l’hôpital.
Le plus tôt est le mieux, car après son départ il est souvent
difficile d’y revenir avec son enfant pour toutes sortes de raisons.
D’autant plus que les recommandations internationales stipulent que pour
améliorer de façon significative le développement de l’enfant qui présente
une déficience auditive, il est nécessaire d’intervenir avant que ce dernier
ait six mois.
Si les résultats démontrent que
l’enfant entend normalement, un papier est remis à la mère.
Cela ne signifie pas pour
autant que l’enfant n’aura jamais de problèmes d’audition plus tard à la
suite d’otites à répétition ou autres anomalies d’ordre médical ou
génétique. Si l’enfant échoue le
test de dépistage, on lui en fera repasser un autre à l’âge d’un mois.
S’il échoue à nouveau, l’enfant sera immédiatement dirigé vers un
centre de diagnostic en audiologie pédiatrique pour subir des épreuves plus
approfondies. Les audiologistes
du Québec ont l’expertise pour déterminer de façon objective et précise le
degré et
la nature du problème d’audition de l’enfant et ce dès son plus
jeune âge.
Quelles sont les étapes qui suivent si la surdité est diagnostiquée?
Au Québec, nous avons un réseau de
santé et de réadaptation intégré qui facilite le suivi et permet d’offrir
l’accompagnement de l’enfant et de sa famille durant cette étape souvent
difficile. Les premières étapes
de la démarche auprès de l’enfant se font en centre hospitalier
diagnostique. L’audiologiste
mesure le degré et la nature de la perte auditive et recommande le
type d’aide requis.
Dès l’âge de trois mois, une équipe médicale vérifie si l’anomalie
peut être traitée immédiatement
et l’ORL informe la famille des possibilités médicales. Entre ensuite en
scène l’équipe de génétique pour comprendre la cause
et évaluer les risques que la même
chose se produise si la mère a un autre enfant.
Un autre spécialiste, l’ophtalmologiste, vérifie si la vision est
normale, car cela peut aussi être relié à l’anomalie auditive. Enfin,
un examen d’ordre radiologique permet de vérifier si la
structure de l’oreille est normale.
Une fois que toute la question médicale est vérifiée et en
fonction du type de problème auditif, l’audiologiste procédera à la
recommandation d’aides auditives ou dirigera la famille au programme du
Québec pour l’implant cochléaire pour vérification de l’admissibilité de
l’enfant à cette technologie. L’enfant et la famille seront également
immédiatement inscrits dans le centre de réadaptation en déficience auditive
de leur région pour y recevoir des services.
Dans ce parcours, tout doit se faire avant l’âge de six mois pour le
développement maximal du potentiel d’évolution de l’enfant.
Quelle est l’ampleur du phénomène de la surdité à la naissance au Québec?
On parle de 1 à 3 enfants sur 1000 atteints de surdité sévère à
profonde et de 1 à 6 enfants sur 1000 atteints de surdité légère à moyenne.
Pourquoi le gouvernement a-t-il tant tardé à bouger dans ce dossier?
« C’est une très bonne question.
Si on connaissait la réponse, on pourrait tout de suite régler le
problème », souligne madame Hurteau.
En 2004, le gouvernement a demandé à l’Institut national de la
santé publique d’étudier la question.
Un comité d’experts fut mis sur pied afin d’évaluer les avantages et
les inconvénients d’un tel programme.
À l’automne 2007, le rapport des experts proposait la mise en place
d’un tel programme au coût de 5 millions de dollars par année.
Les retombées ont alors été évaluées, en bénéfices nets, à 1,6
millions de dollars par année. «
Il n’y a pas une banque qui laisserait sur la table un projet
d’investissement qui rapporterait un
rendement annuel de 32%, surtout par les temps qui courent », de dire
madame Hurteau.
Bien sûr, ces retombées n’iraient pas toutes en santé;
l’éducation et plus tard la sécurité sociale et l’emploi en prendraient une
bonne partie. L’instauration
d’un programme québécois de dépistage universel de la surdité chez l’enfant
bénéficie de l’appui des parents, des professionnels de la santé, des
audioprothésistes, etc. En avril
2008, un regroupement d’une vingtaine d’organismes a formé la Coalition
québécoise pour le dépistage universel de la surdité chez l’enfant.
La preuve scientifique des bienfaits d’un tel programme a tardé à
venir. Ce n’est que cette année
qu’une étude am�����������������ricaine a confirmé que la preuve était maintenant
suffisante. « Est-ce que le
gouvernement attendait cette réponse avant d’agir? », s’interroge madame
Hurteau.
Pourquoi le programme n��est-il pas offert dans tous les hôpitaux de la
province?
« On ne comprend pas pourquoi le
Québec ne va pas de
l’avant, alors qu’il se targue d’avoir un système universel en
santé », nous dit madame Hurteau.
D’autres hôpitaux comme le Centre de santé de Laval et celui des
Iles-de-la-Madeleine ont décidé
eux-mêmes d’offrir le test de dépistage.
« Mais ce n’est pas suffisant, nous avons besoin d’un système
uniforme avec un registre centralisé pour assurer que toutes les étapes d’un
programme de dépistage soient respectées et offrir à tous les enfants du
Québec
la même qualité de soins de santé. Des activités de
dépistage réalisées de façon isolée ne peuvent
donner
le résultat escompté », renchérit l’audiologiste.
Quelles sont les démarches prévues pour faire en sorte que les
nouveau-nés puissent
avoir accès à ce test dans toutes les régions du Québec?
« Nous ne les connaissons toujours pas et, à notre connaissance,
il n’y a pas d’échéancier de mise en place », admet madame Hurteau.
Des rencontres ont été demandées sans succès auprès du ministre de la
Santé et du Premier Ministre.
« Ça fait pourtant plus de six mois que le rapport de l’INSPQ a été déposé
et que les preuves scientifiques ne sont plus à faire, mais le gouvernement
tarde toujours à aller plus loin », souligne madame Hurteau.
Une pétition de 3000 signatures a été présentée par la Coalition
aux députés rencontrés. Les
trois chefs de partis ont été interpellés au cours de la campagne
électorale. Tous sont d’accord
qu’il faut aller plus loin, mais, au moment d’écrire ces lignes, le
gouvernement tarde toujours à présenter une réponse officielle.
Quels seront les bienfaits du dépistage de la surdité chez les nouveau-nés?
La première chose qu’il faut réaliser, au dire de madame Hurteau,
c’est que la surdité est un déficit invisible.
C’est, en effet, seulement quand l’enfant présente des retards dans
son développement que l’on consulte un pédiatre et il est souvent trop tard
pour la récupération complète.
Encore aujourd’hui, sans la présence de programmes de dépistage, deux ans et
demi est l’âge moyen auquel on découvre une déficience auditive chez
l’enfant. Madame Hurteau
explique ce phénomène de différentes façons, l’invisibilité du problème, la
difficulté de la part des parents à identifier que l’enfant pourrait ne pas
bien entendre. De plus, certains
médecins tardent à référer les enfants au département d’audiologie de peur
d’alarmer les parents. «
Heureusement qu’il y en a d’autres qui prennent le taureau par les cornes et
font des pieds et des mains pour réduire les dommages », rajoute-telle.
L’âge crucial du développement de l’audition et du langage d’un
enfant se situe entre zéro et six mois.
Il est déterminant de stimuler les aires auditives du cerveau durant
cette période sinon ce dernier se réorganise et utilise ces aires
spécifiques pour d’autres sens.
Au-delà de cette période, il est beaucoup plus difficile de faire
l’apprentissage de l’audition et de la parole.
Vous êtes audiologiste en milieu hospitalier, parlez-nous de votre travail.
« Il y a maintenant 25 ans que je suis audiologiste à l’hôpital
pour enfants malades de Montréal et c’est un travail qui continue de me
passionner tous les matins », nous dit madame Hurteau.
Son rôle ne se limite pas à l’évaluation audiologique de la
clientèle 0-18 ans, il consiste également à intervenir auprès de leur
famille. « L’aspect diagnostic, c’est comme le stéthoscope du médecin, c’est
un outil qui me permet de vérifier si l’audition de l’enfant est
intacte; mais il y aussi tout l’aspect réadaptation de première ligne qui
est très important dans l’exercice de ma profession », souligne madame
Hurteau.
Il est rassurant de constater que notre système de santé est
pourvu de personnes comme madame Hurteau qui se préoccupent de l’aspect
humain en apportant un support
moral aux familles et les accompagnent vers des organismes tels que
l’Association du Québec pour
enfants avec problèmes auditifs
(AQEPA).
Sourdine souhaite longue vie
dans le système de santé à cette battante qui a à cœur la santé auditive de
notre jeunesse. Les
enfants du Québec ne peuvent se passer de vous, madame Hurteau!
Sourdine janvier/février 2009