La famille Groulx
 

 


 

  Par Michel Nadeau
 
Sourdine a rencontré pour vous, d’un seul coup, trois générations de la famille Groulx qui a reçu l’implant cochléaire! Il s’agit de la petite fille Jessica, du fils Martin et du grand-père Normand.
 
En effet, en décembre 2005 pour la première fois au Québec, trois générations d’une même famille ont reçu un implant cochléaire qui leur permettra enfin d’entendre et de réaliser un de leurs rêves, parler au téléphone. Jessica a 10 ans et est en 5e année à l’école Lamennais de Mascouche. Depuis la 1e année, elle utilise un système MF qui lui permet de bien entendre en classe. Elle porte deux appareils auditifs et lit naturellement sur les lèvres depuis sa tendre enfance.
 
Le 21 janvier, elle partira pour Québec avec son père et son grand-père pour entreprendre la programmation qui durera 12 semaines. Elle n’aura pas pour autant congé de devoirs. « Ma maîtresse m’a donné des devoirs à faire pour les trois prochains mois. En plus, je vais avoir un professeur qui va venir m’enseigner à moi toute seule, tous les jours ».
 
C’est Jessica qui décida la première de se faire implanter après avoir vu sa tante qui a déjà l’implant. Elle a par la suite convaincu son père et son grand-père de faire de même. Jessica a bien hâte de débuter la programmation parce qu’elle est convaincue qu’elle va entendre mieux avec l’implant.
 
Martin, son papa, a 31 ans et a commencé à mal entendre vers l’âge de 5-6 ans. Son audition s’est dégradée jusqu’à une surdité profonde vers l’âge de 14-15 ans. Il a bien essayé de porter des appareils auditifs, mais ça ne fonctionnait pas pour lui. Il quitte l’école en secondaire IV puis entreprend un DEP qui lui a permis de devenir briqueteur et maçon.
Martin n’a jamais caché sa surdité et ses employeurs ont toujours été étonnés de son niveau de compréhension grâce à sa maîtrise de la lecture labiale. Aujourd’hui il travaille comme rembourreur chez Bombardier. « À l’usine, tout le monde sait que je suis malentendant et quand on a des instructions à me donner, on vient me voir plutôt que de communiquer avec moi par interphone. J’ai toujours été transparent face à ma situation et ça ne m’a jamais empêché de travailler. Pour mon employeur ça va être un plus de me voir avec l’implant, alors il m’a supporté dans ma démarche. » Martin a trois enfants et ses deux plus vieilles portent des appareils. Quant au petit dernier de 4 ans, pour le moment il entend normalement, nous dit-il. Son épouse est entendante et parle avec eux sans avoir recours aux aides techniques. Martin a hâte de pouvoir entendre la voix de ses enfants et des membres de sa famille.
 
Normand, le jeune patriarche de 54 ans est fier de sa famille. De son côté, Il avait commencé ses ���������������tudes classiques au collège Laval avec l’intention de devenir prêtre. Malheureusement, comme ses deux parents étaient malentendants, l’h��rédit�� a fait ses ravages et sept des neuf enfants Groulx ont une déficience auditive. Il a donc dû écourter son cours classique, mais il a quand m��me pu terminer des ��tudes secondaires �� l’école Leblanc. Il a par la suite suivi des cours du soir en comptabilité, mais comme il devait parler aux clients au téléphone il a dû laisser tomber. Il a finalement travaillé pendant 20 ans pour ses oncles dans le domaine de la boulangerie. Quand ses enfants sont devenus adultes, il a entrepris une autre carrière en ébénisterie commerciale. Il a suivi des cours de lecture de plans ce qui lui permet de faire l'assemblage des pièces de bois. Normand a trois enfants, dont deux sont malentendants. « Moi, ça ne me dérange pas d’être malentendant parce que c’est venu naturellement dans ma famille. Mais ça me fait mal de voir mes enfants et mes petits-enfants pris avec ça même s’ils ne sont pas malheureux. » Il ne l’est pas lui non plus. Il travaille fort et sait qu’il aura toujours à travailler plus que les autres. Mais ça ne le dérange pas. « Ça fait mon bonheur, j’aime travailler. » Pour Normand, l’implant va être son chien de garde. « Je vais mieux pouvoir comprendre ce qui se passe et entendre mes petits-enfants, mes enfants, mes frères et sœurs et les bruits dans la nature. J'ai encore au moins 20 ans devant moi et je ne veux rien manquer du moment présent. »
 
Cette belle famille travaillante et sociable ne se plaint pas de son sort. Elle a su d’une génération à l’autre s’investir de positivisme et de confiance en elle. Tout au long de mon entrevue, j’ai senti le bonheur respirer dans cette demeure de Mascouche.
 
Chapeau à la famille Groulx!
 
Sourdine # 157 mars/avril 2006
 
 

 



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