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SPÉCIAL 30e ANNIVERSAIRE
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ENTREVUE AVEC MADAME LOUISE GETTY
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MADAME LOUISE GETTY
DIRECTRICE DE
L’ÉCOLE D’AUDIOLOGIE ET D’ORTHOPHONIE DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL
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Par Michel Nadeau
Sourdine a rencontré pour vous madame Louise Getty, dans les
nouveaux locaux de l’École d’orthophonie et d’audiologie de
l’Université de Montréal où sont formés les futurs
audiologistes.
S. :
Pouvez-vous nous tracer un bref historique de l’École
d’audiologie et d’orthophonie?
L.G. :
L’École
fut fondée en 1956.
Après avoir été localisée d’abord sur le campus
principal de l’Université de Montréal, quelques années dans
un petit édifice, rue Jean-Talon, l’école était depuis plus
de 35 ans au pavillon Marguerite-d’Youville de l’Université
de Montréal, sur la rue Côte Ste-Catherine.
Elle est
maintenant située,
depuis l’an passé, dans un édifice lumineux de
l’avenue du Parc à Montréal. Cet édifice accueille aussi
l’École de réadaptation ainsi que des services
administratifs.
Plus de 1000 étudiants, chercheurs et professeurs occupent
ces locaux. On y trouve de nombreux locaux, laboratoires et
salles de cours,
équipés à la fine pointe de la technologie.
S. :
En quoi consiste la formation et quelle est la durée du
cours menant à la maîtrise en audiologie?
L .G.
L’École
offre le seul programme de formation en audiologie au
Québec. Il
consiste en un baccalauréat d’une durée de trois ans, suivi
d’une année additionnelle de formation pour l’obtention de
la maîtrise, diplôme obligatoire pour pratiquer la
profession d’audiologiste. Il y a aussi un programme
de doctorat pour les personnes désireuses de poursuivre
leurs études vers la recherche universitaire.
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S. :
Combien d’étudiants sont présentement inscrits?
L.G. :
De 20 ou 25, depuis quelques années, nous prenons
présentement
35 étudiants par année ce qui fait que, sur
quatre ans, c’est 140 personnes additionnelles qui
joignent les rangs de la profession.
Il y a une douzaine d’années, l’Ordre des
orthophonistes et audiologistes du Québec, afin de
répondre aux besoins de la population, a demandé
d’augmenter le nombre de diplômés de 7-8 à 20 par
année.
Nous avons donc largement dépassé cet objectif. |
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S. :
Est-ce
que la pénurie est maintenant résorbée?
L.G. :
Non, mais
il faut cependant faire la distinction entre les postes
disponibles et les besoins réels. Par exemple, il manque
encore d’audiologistes en région.
Comme dans bien d’autres professions, les diplômés
préfèrent travailler dans les grands centres.
De la même façon, certains secteurs comme les
institutions pour personnes âgées, les CLSC,
responsables de la santé au travail,
n’engagent pas ou très peu d’audiologistes.
Il y a
très peu de postes d’attribués dans ces milieux même si les
besoins sont très grands.
Malheureusement la perte auditive ne semble pas une
priorité pour les décideurs de ces secteurs.
S. :
Quels
sont les champs de pratique de l’audiologiste?
L.G. :
Parmi les 316 audiologistes au Québec, 79 travaillent dans
des centres de réadaptation, 91 travaillent dans des CSSS
(Centres de santé et de services sociaux) et 146 travaillent
dans le secteur privé.
Les
audiologistes des centres de réadaptation aident les
bénéficiaires à se réadapter face à leur perte auditive.
Parmi eux, on trouve l’IRD où les interventions sont très
pointues compte tenu de sa spécialisation en surdité et
troubles de la communication.
Dans les
CSSS et le secteur privé, les audiologistes font plus du
diagnostic et sont en somme des généralistes, ils font de
tout.
S. :
Y a-t-il
encore un manque d’audiologistes en milieu scolaire?
L.G. :
Oui.
Il n’y en a que deux dans la région de Montréal et
aucun en région.
Cette situation s’explique par le fait que maintenant
les élèves malentendants sont plus intégrés aux classes
régulières,
alors qu’avant il y avait des écoles spécialisées pour cette
clientèle. Il
faut souligner ici que plusieurs problèmes de
traitement auditif ne sont pas signalés chez les élèves, ce
qui entraîne des problèmes d’apprentissage.
S. :
Si oui, à
quoi attribuez-vous cette carence?
L.G. :
Au peu de
visibilité de la profession. Il ne faut pas oublier que,
depuis la création de l’École, la formation d’audiologiste
était combinée à celle d’orthophoniste; ce n’est que depuis
l’an 2000 que la formation des audiologistes est séparée,
donc à partir de là la croissance s’est faite de façon
significative.
S. :
L’implantation du programme de dépistage pour les
nouveau-nés va-t-elle entraîner une demande accrue
d’audiologistes?
L.G. :
Oui
certainement.
On constate déjà parmi les étudiants un intérêt à se
spécialiser dans le diagnostic des problèmes d’audition
auprès des enfants.
S. :
Comment
voyez-vous l’évolution de la perte auditive dans les
différents groupes d’âges au cours des prochaines années?
L.G. :
La mise
en application du programme de dépistage à la naissance va à
coup sûr augmenter le nombre de cas à traiter.
Pour les adolescents, on constate que leur exposition
aux bruits excessifs (MP3, concerts rock, etc.) entraîne une
perte d’audition plus tôt qu’avant.
En milieu de travail la surdité professionnelle ne
diminue pas.
Quant aux bébé-boomers, qui constituent le plus important
groupe dans l’échelle démographique, la première cohorte
atteindra 65 ans cette année et ils commencent déjà à
présenter des signes de perte d’audition. Les audiologistes
ont donc beaucoup de pain sur la planche pour les prochaines
années.
S. :
Quel rôle
l’École d’audiologie joue-t-elle pour promouvoir la santé
auditive?
L.G. :
Nous
avons, à l’Université, un rôle de formation à jouer, une
responsabilité de former des professionnels compétents pour
répondre aux besoins de la société. Notre formation devra
non seulement offrir des stages pratiques dans plusieurs
milieux, mais aussi nous devons former nos étudiants à
sensibiliser davantage la population à la santé auditive,
aux méfaits du bruit par exemple.
Nous
sommes également à l’écoute des besoins particuliers
associés aux gens qui nécessitent nos services.
À titre d’exemple, dans l’arrondissement
Parc-Extension où nous sommes situés, il y a des besoins
spécifiques associés aux besoins d’une clientèle ethnique.
Nous
devons nous pencher encore sur le stigmate associé à la
perte auditive.
Il y a très peu de recherches sur le fait de cacher, de
refuser de révéler ou de chercher activement des solutions
au fait de mal entendre. Cela prive des milliers de
personnes à améliorer leur qualité de vie ou pire encore
brise leur communication avec leurs proches.
S. :
Il y a
encore trop peu d’audiologistes en région, que faudrait-il
faire pour corriger cette lacune?
L.G. :
Il faudrait envoyer le plus possible d’étudiants en stage
dans les régions. Quand les étudiants vont en région, cela
leur permet de connaître la région et d’en apprécier
les petits côtés
avantageux tels que être près de la nature, vivre
moins dans la pollution, découvrir un coût de la vie moindre
que dans les grands centres urbains. J’ajouterai à la blague
que, s’ils y rencontrent un conjoint, une conjointe, ils y
resteraient peut-être plus. L’École essaie présentement de
faire financer par le ministère les frais de déplacement et
de logement des séjours de stages en région.
S. :
Quels
sont les projets futurs de l’École d’audiologie?
L.G. :
Nous
travaillons au développement éventuel d’un doctorat
professionnel en audiologie comme il en existe un aux
États-Unis.
C’est un niveau de formation
avec une plus value qui vise à mieux préparer les
nouveaux praticiens à être à la fine pointe des
connaissances sur les troubles de l’audition et à mieux
répondre aux nouveaux besoins de la société. Ce doctorat est
différent du Ph. D. actuel, qui est strictement axé sur la
recherche.
Sourdine
souhaite beaucoup de succès à l’École d’audiologie dans la
poursuite de sa mission de formation.
Sourdine mai-juin 2011
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