Gaston Forgues
 

 

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         par Michel Nadeau
     
    Sourdine a rencontré pour vous monsieur Gaston Forgues, père d'un fils sourd et président de la Fondation des sourds du Québec.
     
    Monsieur Forgues est père de deux garçons, Daniel et Jean-François. L'aîné, Daniel, est sourd de naissance. Pour le couple Forgues, ce fut un coup dur à encaisser, particuli��rement pour le p��re. Il ne le prenait tout simplement pas. Au début, nous dit-il, on a cherché à connaître la cause. « En temps que parents nous étions inquiets. Nous avons fait des démarches ici et à l'étranger pour nous faire dire finalement que la situation ne dépendait pas de nous et que nous ne courrions aucun risque à avoir d'autres enfants ��.
     
    Dès la naissance de Daniel, le couple Forgues a tout mis en œuvre pour lui permettre de vivre le plus normalement possible et de recevoir une éducation qui lui permettrait de se débrouiller dans la vie. L'arrivée d'un deuxième fils a été bénéfique et a contribué à consolider les liens familiaux, nous souligne monsieur Forgues. Ses deux fils ont fait des études universitaires. Daniel a étudié à l'Université Gallaudet pour personnes sourdes aux États-Unis et est aujourd'hui directeur général de la Fondation des sourds du Québec. Jean-François est diplômé de l'Université Laval et est coordonnateur, application pédagogique des technologies de l'information à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval. Il est également directeur de la Fondation des sourds du Québec.
     
    Monsieur Forgues nous relate les débuts de cette fondation qu'il a créée en 1984. « Il s'en est passé des choses en 20 ans et ça n'a pas été toujours facile. » Il a investi personnellement le capital de départ. « Après quelques mois d'opération, la caisse était à sec et il n'était pas question que je remette de l'argent dans un gouffre sans fond. Après avoir fait un brassage d'idées, on a décidé d'organiser le tirage d'une Mercedes. Avec les quelque 3000 billets vendus on a réalisé un petit profit. Ce fut pour nous le début d'un second départ ». Aujourd'hui, les trois tirages qu'organise chaque année la Fondation  des sourds du Québec vont très bien.
     
    Les activités commerciales de la Fondation génèrent des revenus de près de 4 millions de dollars annuellement. D'une part, la Fondation organise des activités de financement telles que tirages, dégustation de vin, tournoi de golf, et autres. D'autre part, la Fondation tire plus de la moitié de ses revenus de ses activités d'économie sociale. Elle opère des magasins de surplus à Québec et à Montréal. De plus, elle opère également des ateliers de rembourrage, d'ébénisterie et de couture. Elle possède également des écoles de formation (La Boulangère sourde, le Collège des sourds) et dispense des cours de formation en LSQ. 
     
    Daniel Forgues a étudié à l'Université Gallaudet pour personnes sourdes aux États-Unis et est aujourd'hui directeur général de la Fondation des sourds du Québec. 
     
    Au fil des ans, la Fondation a investi 3,8 millions de dollars en implication sociale et 1,6 millions de dollars en création d'emplois. Elle fait travailler plus d'une centaine de personnes sourdes qui s'ajoutent aux quelque 400 bénévoles qui s'impliquent chaque année.
     
    Les buts premiers de la Fondation sont d'aider, agir et faire connaître le monde des sourds. « L'augmentation de la pollution par le bruit et le vieillissement de la population font de la surdité l'incapacité qui croît le plus rapidement en Amérique du Nord. Les cas de surdité dépassent en nombre ceux du cancer et de la sclérose en plaques réunis ». (Source: La Fondation des sourds du Québec Inc., Rapport d'activités 2001-2002).
     
    Monsieur Forgues se remémore qu'en 1986, lors d'un sommet sur la surdité tenu à Montréal, les sourds ont crié leurs besoins:
     
    — la reconnaissance de la Langue des signes québécoise (LSQ)
    — la création d'écoles dans la LSQ
    — la création de services dans la LSQ
    — la sensibilisation auprès d'employeurs
     
    Depuis ce temps, la Fondation s'est investie dans la réalisation de chacun de ces objectifs. Malgré que l'Ontario et la France, entre autres, aient reconnu la langue des signes comme langue officielle pour l'éducation, le Québec tire encore de la patte à ce chapitre. Monsieur Forgues nous fait part des nombreuses démarches effectuées au fil des ans pour faire avancer ce dossier. Il déplore le manque d'unicité entre les organismes du milieu de la surdité qui nuit énormément à l'avancement de ce dossier. « La LSQ n'appartient pas exclusivement aux sourds. Il y a beaucoup d'entendants qui l'apprennent pour mieux communiquer avec eux.» 
     
    Il ajoute de plus : « Quand vient le temps de faire des représentations politiques, si le secteur est divisé, les politiciens ne bougent pas. On a donc avantage à faire front commun si on veut faire avancer les choses.» Au cours des dernières années, monsieur Forgues a rencontré tous les ministres responsables du dossier. Lorsqu'on lui demande s'il est optimiste de voir le nouveau gouvernement faire aboutir une décision dans ce dossier, il nous répond : « C'est comme dans la chanson de Félix Leclerc! La veille des élections, il t'appelait son fiston, le lendemain comme de raison y avait oublié ton nom. »
     
    Monsieur Forgues est par contre très enthousiaste sur d'autres fronts, entre autres celui des technologies de l'information appliquées à l'éducation. Le développement d'un logiciel d'application pédagogique de la LSQ est en voie de réalisation et constituera un outil fort utile pour la communauté sourde.
     
    À la retraire active depuis 20 ans, monsieur Forgues a bien préparé sa relève comme dirigeant bénévole de la Fondation. En effet, le C.A. de la Fondation a nommé son fils Daniel comme directeur général. Ce dernier est maintenant bien en selle pour relever les défis de la Fondation. Monsieur Forgues, qui a été un homme d'affaires très occupé, avoue qu'il n'a pas souvent été à la maison. Il en rend aujourd'hui hommage à son épouse qui, dit-il, a élevé les enfants toute seule. Cette dernière gardait en plus des enfants sourds en foyer d'accueil. 
     
    Maintenant le couple Forgues est plus souvent ensemble et part souvent en voyage un peu partout à travers le monde. Il passe aussi beaucoup de temps à gâter ses petits-enfants. Un gros merci à cette famille remarquable pour sa grande implication comme précurseur et innovateur dans la surdité!
     
    Sourdine # 147 juillet / août 2004


    Daniel Forgues a étudié à l'Université Gallaudet 
    pour personnes sourdes aux États-Unis 
    et est aujourd'hui directeur général 
    de la Fondation des sourds du Québec.