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Ces pages ne contiennent que quelques extraits du journal.
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Sommaire

Léon Bossé

  1. Avant l'an 2000... Après l'an 2000... Maintenant...
  2. Défense collective des droits 

 

Carol Trottier

  1. Hand in cap        
  2. Et patati et patate
  3. Brouhaha
  4. Deux oreilles : l'humaine et l'autre...
  5. Allo ? Bip! Bip... Bof !
  6. Malentendant ? Pas toujours aussi évident.
  7. Avec ou sans sous-titres
  8. Sourde à jamais ?
  9. Jouer au sourd
  10. Des oreilles qui déraillent
  11. Sourd et muette
  12. Attachez vos ceintures
  13. Silences en voie de disparition
  14. Robotauditif
  15. Malentenderire
  16. Si Je Te Me Le
  17. Mendiants de sons
  18. Lard
  19. Secret bien gardé
  20. Langue pendue    
  21. Vie de sons qui descendent
  22. Le sang du signe
  23. Un piano dans l'oreille
  24. Saouls titres
  25. Dis à Lyse
  26. ça sonne à la porte
  27. Mal intendant
  28. De rouet à roi
  29. Le piano Barre
  30. Chiboung gabang
  31. Et Pi Paf
  32. À coup d'fan
  33. L'oreille percée
  34. Du fil à retordre
  35. Tête de pioche
  36. Watt
  37. Le Cyclope bleu
  38. Gens tant
  39. Un Mammouth à Cuba
  40. Du bout des lèvres
     

 

Gilles Lauzon

  1. L'autre versant de la vie
  2. La loi du silence
  3. Le soutien de notre entourage
  4. Ouvrez l'oeil !
  5. A.D.S.M.Q. Vingt ans
  6. Joyeux Noël
  7. Hommage - Bénévolat Québec
  8. Le mois de mai, c'est aussi le mois de l'ouïe
  9. La magie du temps des Fêtes
  10. Heureux temps des Fêtes
  11. Tout recommence... Une nouvelle année !
  12. Le bottin des salles de spectacles
  13. Le temps des vacances
  14. Un message d'espoir
  15. La troupe les malentendus triomphe
  16. 25e anniversaire
  17. 25 ans d'action
  18. Le Gala
  19. Feuilles d'automne
  20. J'ai rencontré le Père Noël
  21. Bonne année 2008
  22. La rentrée 2008
  23. Joyeux Noël 2008

Gilles Brassard

  1. À la recherche d'une inspiration
  2. Notre vie et celle des autres
  3. Marginalité ou intégration !
  4. Le goût de communiquer
  5. L'inspiration : un souffle de vie
  6. Un regard sur Sourdine
  7. Faire du bénévolat
  8. À chacun son cheminement

Edmond Jarjour

  1. Connaître pour reconnaître...
  2. Sous-titrage : Vers le prochain millénaire
  3. Le professeur et ses élèves

Yves Dion

  1. Prêtez l'oreille aux signes de surdité

Gilles Boucher

  1. L'histoire des sourds du Québec
  1. Le temps
  2. Silence
  3. En route !
  4. Noël, c’est la magie des cours !
  5. Un nouveau pas dans la vie
  6. Par hasard, une trouvaille

Léon Bossé

 

Avant l'an 2000...
        Après l'an 2000...
                Maintenant..

Rassurez-vous, il n'est pas question de vous «tarabuster» avec le bogue du passage au nouveau millénaire ! L'Association des Devenus Sourds et des Malentendants du Québec, pensée en 1981 et fondée officiellement en juin 1982, va comme vous et moi je l'espère, franchir le cap de l'an 2000 sans coup férir.

Mais cet événement nous procure l'occasion de faire le point, de nous resituer face à notre vie associative. Les années d'existence de l'A.D.S.M.Q., pas plus que le nombre de membres ont peu de signification si la priorité n'est pas centrée d'abord et avant tout sur la personne atteinte de déficience auditive. Le but essentiel à poursuivre est d'amener chaque personne à s'aider elle-même dans la maîtrise de sa déficience auditive et ensuite d'aider les autres personnes qui vivent des situations semblables - il y en a plus de 250,000 au Québec - à faire face plus sereinement et plus complètement à leur devenu-devenant surdité.

C'était vrai AVANT L'AN 2000 ; ce le sera toujours et encore APRÈS L'AN 2000. Le changement du millénaire, comme tel, n'aura aucun impact direct ou indirect sur notre déficience auditive. Ce sont les circonstances et les événements, et bien sûr, la manière que chacun met à les affronter, qui, au jour le jour, façonnent l'amélioration ou la dégradation de notre vécu.

Chacune, chacun des membres pourrait raconter sa petite histoire AVANT-APRÈS sa participation à l'A.D.S.M.Q. Le plus grand nombre pourrait témoigner, de l'influence bénéfique de l'Association sur leur quotidien. Ils, elles ont appris à vivre et à gérer plus efficacement leur déficience auditive ; à rester ou à redevenir des membres actifs et impliqués dans leur milieu familial, professionnel et social.

En fait le rôle de l'Association - et il est capital - aura été de les amener à prendre la décision (parfois ardue) d'agir. Ils ont décidé de s'aider eux-mêmes, de prendre le contrôle de leur vie.
«Une personne peut contrôler des milliers d'autres personnes, des milliers de fois ; mais aussi longtemps qu'elle ne s'est pas contrôlée elle-même, elle n'est rien». (Proverbe bouddhiste)

L'A.D.S.M.Q. est ce qu'en font ses membres. L'Association n'appartient pas au Conseil d'administration, pas plus qu'elle n'appartient à quelque administrateur que ce soit. Elle appartient à chacune et à chacun de ses membres. M ais voilà une responsabilité qui vient avec cette appartenance : la participation concrète à la bonne marche de l'organisme.

« La nature humaine étant ce qu'elle est, il y a toujours quelqu'un pour exploiter le vide que vous laissez. Qui peut, ensuite se plaindre au sujet de décisions ou d'orientations avec lesquelles il n'est pas d'accord, alors qu'il est resté silencieux et en marge de la participation à la bonne marche de l'Association. » (Rocky Stone, fondateur de l'Association des malentendants américains.)

Durant les dix-sept dernières années, plusieurs personnes se sont généreusement et loyalement impliquées dans l'administration de l'A.D.S.M.Q. Il faut sûrement les en remercier ; cependant il faut ABSOLUMENT que d'autres les rejoignent. Beaucoup, de défis ont été relevés, certains gains sont acquis mais il reste beaucoup à faire pour les sauvegarder d'abord et pour aller vers de nouveaux sommets d'autonomie et d'intégration.

Mon mot de la fin n'est ni pour AVANT L'AN 2000 ni pour APRÈS L'AN 2000, il est pour MAINTENANT. Il est pour tous les « AUJOURD'HUI et MAINTENANT » que la Providence nous réserve et nous donne. Je le traduis par ce souhait sincère « Que chaque membre de l'A.D.S.M.Q. relève ce défi formidable d'assumer pleinement sa déficience auditive et de faire en sorte d'être une personne activement impliquée dans la poursuite des buts et des objectifs de l'Association des Devenus Sourds des Malentendants du Québec ».

Sourdine # 120

Sommaire

Défense collective des droits 
et promotion des intérêts

par Léon Bossé

Première partie

Le gouvernement du Québec a déposé en septembre 2001 une nouvelle politique de reconnaissance et de financement de l'action communautaire autonome. Cette politique est énoncée dans un document : «L'action communautaire, une contribution essentielle à l'exercice de la citoyenneté et au développement social du Québec.»

Par cette politique, le gouvernement du Québec s'engage à reconnaître le rôle et l'autonomie des organismes communautaires, les caractéristiques propres de l'action communautaire autonome ainsi qu'un mode de financement spécifique en appui à la mission globale des organismes. En outre, le gouvernement s'engage à réserver le Fonds d'aide du Secrétariat à l'action communautaire autonome (SACA) pour le financement des organismes dont la mission principale ou unique est la défense collective des droits.

L'Association des devenus sourds et des malentendants du Québec (A.D.S.M.Q.) a toujours été identifiée et reconnue, par sa Charte et par son «vécu», comme organisme communautaire autonome voué uniquement à la défense collective des droits des personnes atteintes de déficience auditive. De ce fait, son financement relèvera, en vertu de la nouvelle politique, uniquement du SACA.

Je me permets de vous rappeler que depuis sa fondation (1982), l'A.D.S.M.Q. a d'abord été financée par le programme de Soutien aux organismes de l'OPHQ. Puis s'est ajoutée annuellement, depuis 1985, une subvention du S.O.C. (Ministère de la Santé et des services sociaux — Soutien aux Organismes Communautaires) et finalement depuis 1999 une subvention annuelle du SACA.

Selon la nouvelle politique, le financement de l'A.D.S.M.Q. relèvera donc uniquement du SACA. Pour les trois prochaines années, le gouvernement s'est engagé à ce que le nouveau mode de financement assure aux organismes communautaires au moins l'équivalent de ce qu'ils recevaient, jusqu'à maintenant, des différents programmes de subventions gouvernementales.

Dans la nouvelle politique sur l'action communautaire, la défense collective des droits est décrite comme incluant les composantes suivantes :

ldes activités d'éducation populaire autonome axées sur 


les droits et la vie démocratique
des activités de représentation
des activités de mobilisation sociale
une action politique non partisane.

Ces quatre catégories d'activités ne sont pas nécessairement pratiquées avec la même intensité par tous les organismes de défense collective des droits; il faut toutefois qu'un organisme n'exclue aucune de ces dimensions pour pouvoir être considéré comme un organisme dont la mission unique est la défense collective des droits.

1. L'éducation populaire autonome


Il s'agit d'une démarche de prise de conscience en regard d'une situation particulière, démarche qui vise la prise en charge et l'autonomie. L'organisme renseigne, informe, éduque, outille, sensibilise, favorise la création de liens entre les personnes qui vivent des situations semblables et parvient à susciter la mobilisation sociale.

À titre d'exemple, je cite les causeries-échange; les pratiques de lecture labiale et de LSQ; le SOURDINE, bulletin d'information; les rencontres d'intégration, etc.

2. La mobilisation sociale


La mobilisation dans le présent contexte évoque l'action collective impliquant les membres de l'organisme et parfois des communautés plus larges. La mobilisation peut prendre différentes formes, allant de la manifestation pacifique à l'envoi massif de courrier en passant par différents types d'intervention auprès de la population en général et des autorités gouvernementales ou autres. Pensons à la manifestation pacifique de juin 2000 devant le Parlement à Québec.

3. Les activités de représentation

La représentation constitue une façon de faire connaître aux autorités gouvernementales compétentes les points de vue des organismes sur les politiques et orientations gouvernementales ou sur les changements qui devraient être apportés à certaines lois, règlements, pratiques ou politiques pour assurer un meilleur exercice des droits des personnes qu'ils représentent. Cette forme de défense des droits vise les droits de toutes les personnes touchées par un problème quelconque, et non pas seulement les droits des personnes membres de l'organisme. Le mot collectif a ici une double portée. La démarche de représentation est faite par un groupe pour une collectivité plus large que le groupe lui-même

Dans le dossier «réparation des aides auditives» les membres de l'A.D.S.M.Q. représentaient TOUTES les personnes atteintes de déficience auditive et défendaient le droit d'avoir accès à la couverture des coûts de réparation au même titre que les personnes atteintes de cécité ou de déficience motrice.

4. L'action politique non partisane

Il s'agit de l'action politique qui s'exerce en dehors des partis politiques reconnus comme tels et qui couvre, entre autres, les activités qui consistent à «faire l'analyse des politiques gouvernementales et des projets de loi» pour en saisir la portée et les conséquences et pour mettre en place les stratégies pour assurer les suivis qui apparaissent pertinents.

Dans les prochaines parutions du SOURDINE, j'aurai l'occasion de vous entretenir de la défense des droits des personnes déficientes auditives qui se traduit par la défense des différents dossiers actuellement sur la «table gouvernementale».

Il m'a semblé important de vous informer — dans l'immédiat et sommairement bien sûr — en quoi consiste la nouvelle politique gouvernementale concernant la reconnaissance et le financement d'un organisme communautaire autonome de défense collective des droits. Il faut nous assurer que l'A.D.S.M.Q. continue à investir ses énergies prioritairement et majoritairement dans les quatre composantes de la défense collective des droits déterminés par la politique. C'est la seule avenue qui saura nous assurer le financement nécessaire à la poursuite efficace du bon travail accompli durant les vingt dernières années visant la défense collective des droits des personnes déficientes auditives.

Sourdine 137 (novembre/décembre 2002)

Deuxième partie

Dans la parution de Sourdine de novembre-décembre 2002, j'ai esquissé à grands traits ce qui constitue la base de la nouvelle politique gouvernementale concernant les organismes d'action communautaire autonome voués à la défense collective des droits.

Il y a lieu de bien cerner ce que sous-tend l'expression : DÉFENSE COLLECTIVE. De par son essence même, l'action communautaire autonome renvoie à la prise en charge du milieu par le milieu lui-même. Pour nous, " le milieu dont il faut prendre charge " c'est celui de la déficience auditive vécue par TOUTES les personnes atteintes de déficience auditive à quelque degré que ce soit et par les personnes de leur entourage. " Par le milieu" ce sont les personnes qui se regroupent - chacune et chacun des membres de l'A.D.S.M.Q. ou d'autres associations de personnes atteintes de déficience auditive - qui unissent leurs forces, leurs compétences, leurs expériences pour travailler à la résolution des problèmes engendrés par la déficience auditive.

Voyons par un exemple concret. Lorsque fut supprimée la couverture des coûts de réparation des aides auditives, l'A.D.S.M.Q. a mobilisé ses membres, a déployé la force, l'énergie, la compétence de ceux-ci pour amener le gouvernement du Québec à revoir et corriger une situation discriminatoire envers les personnes atteintes de déficience auditive. Discriminatoire parce qu'il continuait d'assumer les coûts de réparation pour les aides visuelles et motrices, tout en refusant le même traitement aux aides auditives. Après quatre ans de démarches, d'interventions, de pressions et à la suite d'une manifestation pacifique devant le Parlement - tout ça, en collaboration et avec l'appui d'autres associations de personnes concernées par la déficience auditive - nous avons obtenu gain de cause. La " bagarre " menée par les membres des associations (quelques milliers) a été profitable à TOUTES les personnes utilisant des aides auditives (plus de 185,000 personnes) DÉFENSE COLLECTIVE : par le milieu (souvent restreint), pour le milieu (qui lui, regroupe l'ensemble des personnes concernées). En toute simplicité, mais aussi en toute honnêteté, l'impact de la réussite dans ce dossier a largement dépassé les seuls droits des personnes déficientes auditives. Il est évident que le principe de l'équité garanti par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne doit s'appliquer à TOUTES les personnes utilisant des aides de suppléance, quelle que soit le genre de déficience : auditive, motrice, visuelle. En remettant en vigueur la couverture des coûts de réparation des aides auditives, le gouvernement reconnaît implicitement que toutes les personnes atteintes de l'une ou l'autre des déficiences doivent se voir garantir l'accès à des aides de suppléance en " état de fonctionnement adéquat ".

D'accord donc, avec la DÉFENSE COLLECTIVE telle qu'entendue dans la nouvelle politique, et telle que nous l'avons d'ailleurs toujours défendue à l'A.D.S.M.Q. Le mot " DROITS " mérite lui aussi d'être bien compris. Il peut s'agir aussi bien des droits individuels que des droits collectifs, comme il peut s'agir tant des droits fondamentaux inscrits dans les chartes des droits et libertés que des droits résultant de l'application de toute autre loi ou règlement en vigueur au Québec. Il faut rappeler que les organismes de défense collective des droits sont souvent les premiers à sensibiliser la population à des situations discriminatoires qui exigent une intervention du législateur. La défense collective des droits ne porte pas que sur les droits reconnus, mais porte aussi sur les droits à faire reconnaître.

Je termine avec un cas très précis. La loi (Code national du bâtiment) oblige les édifices publics - un édifice de plus de huit logements est considéré édifice public - à être muni d'un système d'alarme central. Il en va de la sécurité des résidants. Et ma sécurité ? Notre sécurité ? Pour tous les intervenants contactés, du ministre jusqu'au concierge, un système d'alarme c'est sonore, " une grosse cloche rouge" ! ! Mais même grosse et rouge la dite cloche ne m'est d'aucune utilité pour assurer ma sécurité dans la même mesure que le Code voit à assurer la sécurité des personnes entendantes. Oui, comme tous les résidants j'ai un détecteur de fumée dans mon appartement. Le mien est adapté "visuel" mais le système d'alarme central exigé par le législateur n'est pas adapté à ma déficience auditive. Je n'ai pas accès à la même sécurité que les autres résidants. Oh ! Bien sûr, quelque petit génie a trouvé une solution lumineuse en installant un gros phare rouge rotatif (style voiture de pompiers) tout à côté de la grosse cloche dans le corridor de l'édifice. Mais à trois heures du matin ou à quelque heure que ce soit, je ne suis habituellement pas dans le corridor... mais dans ma chambre ou dans un autre coin de mon appartement. 

Il faut de toute nécessité qu'un signal lumineux ou vibrant, couplé au système d'alarme central, soit installé DANS mon appartement - minimalement - et dans chacune des chambres à coucher. En fait la solution la plus adéquate serait l'installation de prises de courant spécialement reliées au système d'alarme central. C'est au résidant déficient auditif qu'il reviendrait d'y brancher soit une lumière ou un clignotant, soit un vibrateur qui serait déclenché en même temps que le système d'alarme central. 

Il va falloir mettre de l'énergie, de la pression, de la patience pour bénéficier enfin de la même sécurité que monsieur et madame tout le monde ! Dans la prochaine chronique, il sera question de la défense collective de notre droit à communication adaptée répondant aux besoins des personnes déficientes auditives.

Léon Bossé

Sourdine # 138 (janvier/février 2003)

Troisième partie:

" Nous vivons dans un monde de communications ". Être citoyen à part entière, c'est pourvoir réellement et effectivement vivre DANS ce monde de communication en toute égalité. En nous concentrant sur le domaine des communications orales-verbales-sonores, il est indéniable que la personne sourde ou malentendante se voit, à priori, contrainte de demeurer en MARGE de ce monde des communications. Inutile ici de vouloir jeter le discrédit sur qui que ce soit. La réalité toute simple autant que brutale tient au fait que la déficience auditive dresse un mur, plus ou moins étanche, entre " nous et eux"; entre les " mal " et les " bien " entendants !

Depuis les tout débuts de son existence, l'ADSMQ défend, pour chaque personne atteinte de déficience auditive, le droit à une communication pleine et entière. Je me rappelle très bien mes premières " escarmouches " (1983) avec des représentants du ministère de la Santé et des services sociaux d'alors. "Soyez réalistes ! Vous rêvez en couleurs ! Vous devez apprendre à composer avec les limites de votre déficience ! " Les dossiers traitaient d'accès à la téléphonie, du sous-titrage, de l'interprétation orale, d'amplification adaptée : infra-rouge, F.M., boucle magnétique. . .

Les anciens disaient : " Il doit bien y avoir moyen de moyenner "; les plus jeunes proclament : " Les droits, ça ne se donne pas, ça se prend "! Cultivant à plein notre droit de rêver, utilisant des moyens réalistes, nous avons pu composer un arsenal de moyens de communication adaptés qui nous ont permis de repousser les limites de notre déficience. Le mur, plus ou moins étanche, n'est pas disparu, ne disparaîtra probablement jamais, mais certains l'ont escaladé, d'autres l'ont contourné, un bon nombre en sont encore à se demander comment percer ce foutu mur ? Reconnaissons que depuis 20 ans il y a eu progrès.

L'accès au programme des prothèses auditives, limité aux 35 ans et moins, a été étendu jusqu'aux 99 ans . . . et plus.
On a vu arriver le téléscripteur (ATS) et la mise en place du service relais téléphonique. Les systèmes d'amplification adaptée sont timidement entrés dans notre quotidien. Les décodeurs de sous-titrage, puis plus tard, la " puce " intégrée au téléviseur, nous ont permis l'accès à ce médium de communication. Le sous-titrage codé, malgré des lacunes évidentes, nous amuse parfois avec ses " rebus " : Il y a du " rat trappe âge " à faire de ce côté!

Le monde des nouvelles technologies a produit l'implant cochléaire qui ouvre de nouveaux horizons sonores.

Bien sûr, ce sont là des moyens. Savoir en faire un choix et un usage judicieux, c'est vraiment exercer son droit à une communication plus efficace, plus satisfaisante. Bien sûr aussi, l'accès à certains de ces moyens est souvent tributaire de l'AUTRE des autres. Un exemple pour illustrer.

Il y a quelques mois, une personne membre de l'A.D.S.M.Q. déplorait le fait que la Salle André Mathieu à Laval, ne disposait pas de système d'amplification adaptée pour les personnes déficientes auditives. Pourtant, le Code national du bâtiment stipule spécifiquement à l'article 3.8.3.7 :

1) Sous réserve du paragraphe 2, à l'intérieur d'un établissement de réunion, les salles de classes, les auditoriums, les salles de réunion et les salles de spectacle qui ont plus de 100 mètres carrés de surface, doivent être équipés d'appareils d'aide à l'audition desservant toute la salle.

2) Lorsque les appareils d'aide à l'audition exigés au paragraphe 1 ont un système à boucle à induction, celui-ci peut ne desservir que la moitié de la salle.

La salle en question a beaucoup que plus 100 mètres carrés de surface et devrait donc être " adaptée ". " L'AUTRE " soit l'architecte, le promoteur ou le propriétaire, n'a pas respecté les exigences du Code national du bâtiment. La personne concernée a bien raison d'être frustrée et ce serait la pire solution pour elle que de s'abstenir à l'avenir. Cette personne s'est vue nier son droit à une accessibilité adaptée à sa déficience auditive. Ce sont toutes les personnes déficientes auditives qui voudraient assister à un spectacle à cet endroit qui se voient refuser ce même droit. 


Il s'agit bien ici de «défense collective» d'un droit tel que décrit dans le SOURDINE de janvier-février 2003. Une seule personne peut intervenir auprès des responsables de la salle de spectacle; plusieurs personnes peuvent le faire ensemble. Je suis convaincu qu' elles finiront bien, avec patience et ténacité, par obtenir des résultats positifs. 

La défense collective des droits c'est toi, c'est moi, c'est nous pour le bénéfice de toutes les personnes déficientes auditives.. Au prochain numéro : le droit aux services d'interprétation pour une communication adaptée et adéquate.

Sourdine # 139 mars / avril 2003

Quatrième partie


Le Gouvernement du Québec adoptait, en 1978, la Loi 9 "Loi assurant l'exercice des droits des personnes handicapées" et instituant l'Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ). Lors de l'entrée en vigueur de la Loi 9, les buts visés et les mandats conférés à l'OPHQ étaient justifiés, compte tenu du peu de programmes, d'incitatifs et de mesures permettant l'inclusion des personnes ayant des limitations fonctionnelles à la société québécoise. 

Durant la période 1978-1990, le gouvernement du Québec et l'OPHQ ont dressé les balises d'une société plus juste. À cet effet le gouvernement se dotait, en 1985, d'une Politique d'ensemble À part... égale visant la mise en œuvre et le fonctionnement d'une organisation sociale sans discrimination pour les personnes ayant des limitations fonctionnelles.

Ce travail a vu ses efforts bénéfiques freinés depuis 1990 par l'objectif "déficit zéro" du gouvernement, par le transfert des programmes d'aide matérielle de l'OPHQ vers différentes instances gouvernementales sans que soit assuré un suivi sérieux et efficace. Mais par-dessus tout, nous constatons la dégradation des conditions de vie des personnes atteintes de déficience, due au fait que la Loi assurant l'exercice des droits des personnes handicapées, incitative dans son essence même, ne saurait donner à l'OPHQ des pouvoirs pour imposer aux nouveaux mandataires des programmes d'aide matérielle l'obligation de résultat que nous sommes en droit d'exiger. 

Le 13 décembre 2002, Monsieur Roger Bertrand, Ministre délégué à la Santé et aux services sociaux, déposait le Projet de Loi 155, révisant la Loi 9. Attendu depuis presque 5 ans, le projet de Loi 155, non seulement nous déçoit profondément mais nous questionne énormément sur la réelle volonté politique à faire, de l'inclusion pleine et entière des personnes ayant des limitations fonctionnelles et de leur participation sociale, un enjeu de société.

Le Centre québécois de la déficience auditive (CQDA), dont l'Association des devenus sourds et des malentendants du Québec (ADSMQ) est membre, a jugé urgent d'intervenir auprès de la Commission des affaires sociales, en présentant un mémoire qui démontre l'inefficacité de la Loi 9 et l'impuissance de l'OPHQ à assurer l'exercice des droits des personnes handicapées et comment sa révision actuelle, telle que proposée par le Projet de Loi 155, demeure insuffisante pour permettre l'inclusion des personnes vivant avec une déficience auditive dans tous les aspects de la société québécoise.
Rappelez-vous les quatre longues années qu'il vous aura fallu attendre pour que soit remise en vigueur la couverture des frais de réparation des aides auditives. L'impuissance de l'OPHQ et l'inefficacité de la Loi 9, nous auront obligés à intervenir auprès de la Commission des droits de la personne, auprès du Protecteur du citoyen, auprès de la Commission d'accès à l'information. Il nous aura fallu engager des avocats pour mettre en branle un recours devant les tribunaux du Québec. À la veille de ce recours légal, le ministre de la Santé et des services sociaux a remis en vigueur la couverture des frais de réparation des aides auditives.

Depuis plusieurs années, nous intervenons pour que soient assurés la totalité des besoins d'interprétation pour les personnes sourdes ou devenues sourdes. En septembre 2000, le ministère de la Santé et des services sociaux a mis en place un Comité de travail à ce sujet. Comme représentant du CQDA et des personnes utilisatrices des services d'interprétation j'ai participé " activement et intensément " à toutes les réunions de ce groupe de réflexion et de travail. Prêt depuis mars 2002, le mémoire de ce Comité n'est devenu " officiel " qu'en février 2003, suite à la signature de la sous-ministre adjointe, Madame Renée Lamontagne. Là encore, il aura fallu de multiples interventions du CQDA pour " faire sortir officiellement " le document. L'appui de l'OPHQ aura été un appui moral ! Il reste encore énormément de travail à faire pour que les recommandations de ce mémoire, visant l'accès à des services d'interprétation de qualité et en quantité suffisante pour répondre aux besoins des personnes déficientes auditives, deviennent réalité. Dans le contexte actuel de la Loi 9, et suite au dépôt du projet de Loi 155, qui sont essentiellement dotées d'un pouvoir de consultation, de collaboration, et d'incitation, je ne vois vraiment pas comment l'OPHQ, s'appuyant sur ces lois sans vrai pouvoir contraignant (qui oblige) pourra intervenir auprès des différents ministères pour exiger leur implication réelle dans la fourniture des services d'interprétation relevant de leur mandat respectif : santé, justice, travail, éducation, formation professionnelle, etc. tel que le prévoit toujours le décret no 88-151 émis par le Conseil des ministres le 29 juin 1988 : "d'accepter le principe de la compensation des conséquences financières des limitations fonctionnelles dans la détermination de l'aide matérielle, en autant que l'Office des personnes handicapées et les ministères et organismes concernés ne défraient que les dépenses essentielles à l'intégration d'une personne handicapée selon la solution la plus économique et selon les modalités précises. "

Au moment de compléter cet article, on annonce la tenue d'élections pour le 14 avril 2003. Quand vous le lirez ce sera chose faite ! C'est dire que le Projet de Loi 155, n'ayant pas franchi l'étape de l'approbation par le Conseil des ministres, devra être remis au feuilleton de l'Assemblée nationale après la mise en place du nouveau Conseil des ministres et repasser au travers des différentes étapes menant à sa sanction. Après les tentatives de 1997 - 2000 - 2001 - 2003, peut-être que cette fois-ci, ce sera la bonne !

Espérons que chose remise ne deviendra pas chose omise.

Sourdine # 140 [mai/juin 2003]

Sommaire

 

 

 

Prêtez l'oreille aux signes de la surdité
 

par Yves Dion


 

Depuis quelque temps, Pierre n'est pas jasant jasant, lui qui pourtant était réputé avoir, comme on dit, une "grande gueule". Conseiller à la mairie de son village pendant plusieurs années, il ne laissait pas un dossier passer sans questionner haut et fort, exigeant des réponses à grand renfort de coups de poing sur la table.

À la fin de son troisième mandat, en 1989, il ne s'est pas représenté, décidant après plus d'une douzaine d'années de service de se retirer de la politique municipale. "Son âge", ont présumé certains. "L'affaire de la taxe d'eau qu'il n'a pas digérée", ont dit certains autres. Bref, on a pensé à toutes sortes de raisons qui auraient pu expliquer son départ. Pierre a un problème d'audition. Ses oreilles lui jouent des tours et ne sont plus aussi fidèles qu'avant. Plusieurs sons lui échappent, surtout s'il y a du bruit autour ou s'ils sont de faible intensité. Il a désormais de la difficulté à saisir une partie de ce qu'on lui dit et souvent, il confond des mots qui se ressemblent : il entend "six" au lieu de "dix", "lapin" au lieu de "sapin" et ainsi de suite.

Pierre sent qu'il n'est plus comme avant, qu'il ne s'amuse plus en groupe, qu'il a de la difficulté à suivre les conversations avec ses petits-enfants, qu'il n'arrive plus à saisir les farces, qu'il comprend de travers. Il sent qu'il change mais il ne sait pas trop ce qui lui arrive. Il ne peut pas mettre le doigt dessus. Son entourage observe en effet que Pierre répond souvent de travers, qu'il répond moins au téléphone et qu'il écoute la télévision à tue-tête. On attribue cependant ses changements de comportement à de la mauvaise volonté ou à un refus de répondre. On commence même à l'accuser d'entendre "quand il veut". En particulier, sa femme souffre de son attitude de repli au point de penser que son mari n'est plus intéressé par ce qu'elle lui dit.

Un problème invisible

Si les problèmes d'audition sont plus courants qu'on ne le pense - ceux-ci touchent plus de 50 % des personnes après l'âge de 65 ans - ils passent souvent inaperçus. En effet, parce qu'il s'agit d'une déficience invisible qui progresse lentement, il est souvent difficile de reconnaître la surdité. Et faire le lien entre les difficultés rencontrées et le fait d'avoir une perte d'audition sera d'autant plus difficile si on ne connaît pas les signes ou les manifestations de la surdité.   C'est le cas de Pierre et de ses proches qui voient des changements mais ne comprennent pas ce qui se passe.

Outre le fait qu'elle soit difficile à identifier, la surdité est un mal que l'on n'ose pas afficher : "Je vais avoir l'air d'un vieux, on va peut-être penser que je deviens sénile..." C'est donc aussi la crainte de faire moins bonne figure ou d'être exclu qui nous empêche de reconnaître ouvertement une perte d'audition. On accumule les frustrations et les malentendus. La personne malentendante peut même en arriver à se retirer de la vie sociale. Anxiété, stress, isolement, perte d'autonomie, image de soi altérée, moins bonne qualité de vie, dépression, sont autant de conséquences qui peuvent découler d'un problème d'audition.

Un problème complexe

Un problème d'audition amène une brisure dans le processus de communication et si la personne atteinte vit bel et bien des choses difficiles, ses proches en subissent eux aussi les contrecoups. Avec l'apparition de la déficience auditive dans la vie de l'un, c'est la vie de tous qui est chambardée. Des études récentes, effectuées par l'équipe Espace [Équipe sociale pour les personnes âgées en communication avec leur environnement] de l'Université de Montréal, subventionnée par le Conseil québécois de la recherche sociale [CQRS] ont en effet démontré que la déficience auditive amenait des problèmes non seulement à la personne malentendante mais aussi à son entourage. Pourquoi ? Parce qu'il est clair qu'un problème d'audition est d'abord et avant tout un problème de

COMMUNICATION.

Lorsqu'une personne est aux prises avec un problème d'audition, ses proches observent que la communication ne fonctionne plus aussi bien, qu'on n'est plus sur la même longueur d'ondes et qu'on se parle de moins en moins. Ils doivent en effet constamment répéter, parler plus fort, tolérer le bruit de la télé ou de la radio qui joue trop fort, répondre au téléphone de même que de limiter leurs activités sociales parce que la personne refuse de sortir en groupe. La perte d'audition vient modifier les façons habituelles d'être et de vivre ensemble. Et si les ajustements qu'elle implique ne sont pas négociés de façon satisfaisante pour tous, la qualité des relations est compromise.

Un problème d'audition est d'abord et

avant tout un problème de COMMUNICATION

Si les moyens traditionnels d'agir sur la surdité consistent à prescrire une prothèse à la personne malentendante, l'équipe Espace ayant intégré dans l'analyse les conséquences psychologiques et sociales du handicap tente de définir des stratégies complémentaires qui permettent de s'attaquer aux différents aspects du problème. Une telle approche inclut notamment la participation active de l'entourage. En effet, parce qu'un problème d'audition est d'abord un problème de communication, le processus de résolution du problème doit, pour être efficace, impliquer non seulement les personnes aux prises avec le problème d'audition mais aussi leurs proches. Chaque cas est particulier. Cependant, voici quelques conseils pouvant faciliter la communication.

1. Réduire les bruits ambiants

Les personnes ayant une perte d'audition entendent moins bien quand il y a du bruit autour. Si vous avez un problème d'audition, il est alors souhaitable avant de commencer à parler, d'éliminer les bruits ambiants : télévision, radio, système de ventilation ou de climatisation.

2. Favoriser un contact visuel

En tout temps, il est bon de s'assurer que l'éclairage soit adéquat, lorsque la communication implique une personne malentendante. Bien voir la figure de son interlocuteur donne beaucoup d'indices sur ce qui est dit. Approchez-vous donc et essayez de garder un bon contact visuel. De même, évitez de mâcher de la gomme et gardez vos mains loin de votre bouche. Évitez de lui parler en provenance d'une autre pièce.

3. Communiquer dans un groupe

Pour la personne malentendante, il est particulièrement difficile de suivre les conversations en groupe, lors d'un souper entre amis par exemple ou dans des activités sociales. On peut alors tenir compte de la situation en évitant de parler tous à la fois, en s'assurant qu'il y ait assez de lumière et que les visages soient visibles. Tous devraient regarder en face la personne lorsqu'ils s'adressent à elle.

Et en tout temps elle devrait être en mesure de savoir qui parle. Il ne sert à rien de crier ou de parler trop fort. Il s'agit plutôt de bien articuler, sans exagérer cependant.

4. Communiquer dans les lieux publics

Les lieux publics posent fréquemment problème : restaurant, centre commercial, autobus ou métro, bureau du médecin, banque ou salle d'attente d'hôpital sont autant d'endroits où les bruits ambiants et la réverbération (l'écho) peuvent nuire à la communication.

Sachez alors qu'il est efficace soit de s'arrêter pour se parler, soit de se retirer dans un endroit plus isolé pour le faire. Au restaurant, on peut par exemple réserver une table plus discrète sur le côté plutôt qu'en plein centre de la salle, ou encore se présenter en dehors des heures de pointe. De même, au théâtre, au cinéma ou à l'église, on peut se placer à l'avant afin d'améliorer l'écoute. Il est par ailleurs à noter que plusieurs salles de théâtre et de cinéma de la région de Montréal sont dotées de systèmes d'amplification pour les personnes malentendantes et qu'il s'agit tout simplement de le demander pour y avoir accès. Comme on peut le voir, les avenues de solution sont multiples. Et cette liste de conseils n'est pas exhaustive, puisque chaque cas demeure particulier. L'essentiel est de voir qu'il est possible de s'ajuster aux difficultés de communication qui découlent d'un problème d'audition par des moyens simples et satisfaisants pour tous.

En conclusion

Pour l'être humain, il est vital de pouvoir échanger, communiquer avec les autres. En ce sens, l'enjeu de la surdité est de taille puisqu'il s'agit de maintenir cette communication. Lorsque les personnes touchées par la surdité et la société en général sauront en reconnaître les signes et mettre en oeuvre des stratégies (attitudes et comportements) adaptés à la vraie nature du problème, de grandes avancées pourront alors être réalisées pour le mieux-être de tous.

Source: Mirage, été 1999, vol. 8, no 5. Par Louise Getty, directrice et Chantal Lefebvre, agente de recherche, équipe Espace..Source: Mirage, été 1999, vol. 8, no 5. Par Louise Getty, directrice et Chantal Lefebvre, agente de recherche, équipe Espace..

Yves Dion

 

Sourdine # 118 [juillet / août 1999]
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Le professeur et ses élèves

par Edmond Jarjour

 


 

Le jour même de la Saint-Valentin, en février 1946, un général américain face à un parterre de dignitaires et d'ingénieurs réunis à l'Université de Pennsylvanie, appuyait sur un bouton et inaugurait ainsi l'ère des ordinateurs. Le général Gladeon Barnes faisait, il y a 53 ans, la première démonstration publique d'un ordinateur. Un appareil gigantesque de 30 tonnes d'acier, de tubes et de fils électriques, reconnu comme étant le premier ordinateur "électronique" au monde. Cet événement a lancé l'ère de l'informatique. Et depuis, l'ordinateur n’a cessé de devenir de plus en plus petit et omniprésent.

De nos jours on ne peut pas imaginer continuer à s'informer et être au courant des dernières inventions sans l'emploi de l'ordinateur. Spécialement nous, «personnes vivant avec une surdité». Devant notre écran cathodique, les problèmes de notre surdité s'éclipsent. Si vous avez déjà pris le train de l'informatique, c'est excellent, continuez à vous perfectionner. Sinon ne tardez pas à le prendre. Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Le poème encadré et que j'aimerais partager avec vous confirme mes dires.

 

Le professeur et ses élèves

Travaillez, prenez de la peine,
c'est le fond qui manque le moins.

Un illustre professeur d'informatique,
sentant la fin de ses cours arriver,
fit venir ses élèves, leur parla sans témoin.
Gardez-vous, leur dit-il, de cesser
d'approfondir vos acquis en électronique,
et vos lectures sur votre écran cathodique.

Une formule magique y est cachée.
Le premier qui trouvera cette formule
sera très vite plus riche que Bill Gates et
de loin plus célèbre que Gutenberg.

Je ne connais pas la formule, mais un peu d'astuces
vous la fera trouver. Vous en viendrez à bout.
Appliquez tous vos logiciels. Attention aux virus !
Révisez tous vos cours. Allez jusqu'au bout.
Des raccourcis claviers ne laissant aucune touche
sans que les doigts n. fois ne passent et repassent.

Les cours terminés, les élèves se mirent au travail.
Deçà, delà, partout, si bien qu'au bout de l'an,
tous se sentirent très à l'aise devant leur écran.
Plus d'énigmes de logiciels, plus de failles.

De formule magique, point de cachée.
Mais le maître fut sage de leur montrer
avant de les quitter. Et il n'eut pas tort.
Que la bonne maîtrise de l'informatique
et le bon usage de l'électronique,
sont de nos jours un grand trésor.

Moralité : Il existe à L'IRD,
un centre de communication adaptée
pour les personnes vivant avec une surdité.
Vite, joignez-vous au centre pour en profiter !



Edmond Jarjour
Texte inspiré de la Fable
Le laboureur et ses enfants de Jean De Lafontaine


Parmi ceux qui donnent les cours à l'I.R.D, il y a notre ami Gilles Lauzon, le rédacteur en chef de Sourdine. En composant ce poème, croyez-moi, j'ai pensé entre autres à lui. Malgré sa surdité, profonde Gilles s'est mis à l'informatique seul après avoir en quelques heures d'explications élémentaires appris les rudiments de l'ordinateur. C'est un exemple à suivre. Gilles est perfectionniste et motivé à toujours améliorer " Sourdine". Preuve en est, vous avez certainement remarqué un changement notable dans le dernier Sourdine. Je me rappelle quand il a créé un site internet pour l'A.D.S.M.Q. Il était novice dans ce domaine. Il m'a envoyé un message ainsi qu'à tous ceux qui avaient accès à Internet en nous disant : «Nous avons un site internet pour l'A.D.S.M.Q. Visionnez les premiers textes et faites-moi part de vos commentaires.» Il a ajouté : «Moi, j'apprends en le faisant.» Belle phrase ! Merci Gilles et bravo!

Pour le dernier Sourdine de l'Année, du Siècle et du Millénaire, un grand merci à tous les bénévoles de notre Association. Ils sont nombreux et je ne me hasarderais pas à les nommer de peur d'en oublier. Ils se connaissent et je leur dis : «recevez notre admiration et notre gratitude car sans votre implication, l'A.D.S.M.Q. ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.» Et ce n'est pas rien que d'être membre. Nous devons en être tous fiers.

Edmond Jarjour

 

Sourdine # 120 [novembre / décembre 1999]

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Connaître pour Reconnaître

Pour remédier ou Pallier par Edmond Jarjour

Sous-titrage

Message à Messieurs les diffuseurs

Quand on a deux oreilles qui fonctionnent normalement sans problème. Et que chacune d'elle recueille, par son pavillon, les vibrations sonores qu'elle achemine dans le conduit auditif, qui, avec le pavillon constitue l'oreille externe, et frappent le tympan qu'elles font vibrer. Ces vibrations sont transmises successivement aux trois osselets (marteau, enclume, étrier); ces osselets sont dans une cavité remplie d'air, et c'est l'oreille moyenne. Ces vibrations seront filtrées et amplifiées avant de parvenir à l'oreille interne par la fenêtre ovale, porte d'entrée de l'oreille interne.

Quant à l'oreille interne, elle est constituée de la cochlée (ou limaçon) et de trois canaux enroulés en spirale et remplis de liquides. Les canaux semi-circulaires, reliés entre eux et situés dans trois plans perpendiculaires, ont la responsabilité de l'équilibre. Quand des milliers de cellules sensorielles qui tapissent la cochlée reçoivent toujours sans problème ces vibrations mécaniques pour les transformer en énergie électrique qui stimule le nerf auditif et que ce dernier achemine ce signal au cerveau, celui-ci interprète ce signal et l'individu a entendu une parole, de la musique ou des bruits.

Quand on peut percevoir sans problème tous les sons normalement, différencier une même note jouée par une harpe ou un violoncelle. Quand on ne souffre d'aucun problème d'équilibre, qu'on n'a pas besoin de lire sur les lèvres, d'utiliser les signes ou l'écriture pour pouvoir communiquer. On ignore de quel privilège on est nanti, de quelle grâce des ciels on jouit sans le savoir.

Mais on perd également le bénéfice d'avoir à se battre nuit et jour pour remédier ou pallier un don naturel chez les autres, et c'est notre cas à nous les " personnes vivant avec une surdité ". Et cela nous a été possible grâce à l'aide des Associations, des Regroupements et des Instituts. Mais hélas ! Quand le fait de remédier ou de pallier ne dépend pas de nous, nous nous trouvons dans une situation d'impuissance.

Messieurs les diffuseurs, vous que la nature a doté de ce privilège d'entendre normalement sans efforts, mon souhait est que toute votre vie vous jouissiez de ce privilège. Mais vous, de qui dépend la qualité et la quantité du sous-titrage que nous recevons sur notre T.V. et les vidéocassettes, ne croyez-vous pas après tout ce qui a été dit plus haut, qu'il vous incombe d'être attentionnés et généreux, pour nous permettre de combler un grand vide. Ce que nous vous demandons, c'est un droit à la communication et à celui d'être renseigné et non un privilège.

"Donnez-moi un point d'appui et je soulève le monde", avait dit le célèbre géomètre de l'Antiquité, Archimède(v.287-212- a.v. J.C.). Et nous, nous vous disons, donnez-nous un point d'appui, et nous vous étonnerons, parce qu'on pourra soulever et les défis qu'on sera capable de relever malgré notre handicap et dans tous les domaines, même dans celui de la communication.

Nous, qui pour pallier notre surdité, devons appliquer nos stratégies de communication à savoir : Parler lentement, articuler, être patient, laisser le locuteur finir sa phrase avant de répondre, etc., la bonne écoute n'est-elle pas avant tout "présence" ? Car les obstacles et freins, à l'écoute, viennent souvent et surtout des "surdités psychiques " dont tout un chacun peut être affecté : Impatience, préoccupations étrangères à l'écoute, distraction, déconcentration, ennui, et surtout perte de confiance en soi, absence de confiance en l'autre.

Nous, dont les oreilles physiques se sont fermées aux bruits de l'extérieur, nous qui avons lutté contre les méfaits de la surdité physique, nous sommes capables de vous apprendre à vaincre ceux de la surdité psychique, beaucoup plus préjudiciable à l'indispensable communication sans laquelle aucun être humain ne peut accomplir son destin. Je clôturerai ce message par ce beau paragraphe tiré de la revue Écouter, porte-parole de la Fraternité catholique des sourds de France.   " Car c'est la surdité psychique, et non la physique, qui ferme le regard et le coeur à la reconnaissance et à l'accomplissement de l'autre dans les difficiles péripéties de sa croissance dont la dernière étape - selon la belle expression d'Élisabeth Kubler-Ross qui vient de nous quitter - est la mort : deuil ultime ouvrant vers l'infini. "

Sourdine # 116 [mars/avril 1999]  Edmond Jarjour

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Sous-titrage

Vers le prochain millénaire par Edmond Jarjour

Ce n'est pas un hasard si le Centre Québécois de la Déficience Auditive (CQDA), dans ses actes du Colloque de l’Après-Sommet, qui s'est tenu les 22 et 23 mars 1997, insistait dans le chapitre : Recommandations« générales», sur certaines propositions qui se recoupaient et se rejoignaient, dans tous les thèmes et dressait la liste de cinq grandes recommandations qui commençait par une sur le sous-titrage. Par ce geste, le CQDA voulait attirer l'attention sur l'importance du sous-titrage pour les "personnes vivant avec une surdité".

Dans les recommandations générales, nous lisions :

  • Que tous les films soient sous-titrés dès leur sortie sur vidéocassette.

 

  • Que toutes les émissions télévisées soient sous-titrées et que des normes de qualité soient imposées.

Et dans les recommandations par thèmes, où dans la communication le sous-titrage occupe une place privilégiée, nous continuions à lire : Sous-titrage francophone.

  • Que l'on offre support et encouragement aux entreprises de production de sous-titrage, que ce soit la télévision ou les vidéos.

 

  • Que des pressions soient faites auprès du CRTC afin d'établir des normes de qualité du sous-titrage et que l'objectif de 100% du sous-titrage des émissions françaises soit atteint en l'an 2000.

 

  • Que l'information sur les émissions et vidéos sous-titrés soit diffusée par le Regroupement Québécois pour le Sous-Titrage sur le site web « La surdité au Québec».

 

  • Que les salles de cinéma offrent des périodes de visionnement des films en version sous-titrée comme c'est le cas aux États-Unis.

Personnellement, j'ai eu le plaisir et l'honneur de représenter l’A.D.S.M.Q. à ce Colloque. Lors de mon inscription, j'ai fait part à Monsieur Gilles Boucher (Président du CQDA) de mon besoin d'avoir un(e) preneur(euse) de notes. J'ai été bien servi et j'ai pu prendre une part active à ce Colloque. J'en ai profité et fait profiter de mon expérience et mes acquis. Je tiens à féliciter M. Gilles Boucher et tous les organisateurs de cette belle et bénéfique rencontre.

Le but de mon intervention était de présenter et d'expliquer d'une façon simple et constructive, combien le sous-titrage à la télévision, sur vidéocassette et au cinéma m'apporte satisfaction ou peine, selon qu'il est de bonne ou de mauvaise qualité et selon sa quantité. Je suis un devenu sourd qui, pour combler sa solitude et continuer à être au courant des nouvelles nationales et internationales ne peut suivre que les émissions sous-titrées à la télévision. Je passe en moyenne trois heures par jour à regarder les émissions de télévision, surtout les émissions françaises avec lesquelles je me sens le plus à l'aise. Sans être un mordu de cinéma, j'attends avec impatience lorsqu'on parle d'un beau film, qu'il soit sous-titré sur vidéocassette, ou lorsqu'on a la chance d'avoir une émission spéciale pour "personne vivant avec la surdité" comme ce fut le cas pour le grand film "L'Opus de M. Holland". Je félicite l'entreprise, qui a fourni cet excellent sous-titrage

Le sous-titrage est pour l'isolement des "personnes vivant avec une surdité", ce que l'oxygène est pour notre organisme. Plus il est en abondance et de bonne qualité plus notre isolement disparaît, et plus on oublie notre surdité. Par contre, hélas! Plus il est rare et de mauvaise qualité plus l'isolement nous habite, et plus on se rend compte combien vivre avec une surdité est difficile.

Je ne suis nullement pessimiste, mais, au contraire, je pêche par mon optimisme et mes grands rêves. Mais parfois, je suis vraiment frustré de me sentir au banc de la société à cause de mon problème d'ouïe quand il me manque certaines aides nécessaires à mon épanouissement. Je vais donc par cette causerie exposer mes problèmes relatifs au sous-titrage et expliquer combien il est important et même lucratif aux télédiffuseurs de perfectionner et multiplier le sous-titrage.

Dans ma lettre ouverte à l'Honorable Lise Thibault, Lieutenant-gouverneur du Québec, parue dans Sourdine mars/avril, j'ai mentionné, : "En tant que devenu sourd, si j'ai pu suivre ces programmes, c'est grâce au sous-titrage, qui je l'espère continuera toujours à s'améliorer en quantité et en qualité". Je reconnais donc et apprécie les bienfaits du sous-titrage et remercie les personnes qui s'en occupent, au "Service gouvernemental de sous-titrage pour les personnes sourdes et malentendantes" et le RQST qui se veut porte-parole des téléspectateurs sourds et malentendants auprès des télédiffuseurs et des responsables gouvernementaux (C.T.Q).

Depuis que la télévision est entrée dans presque toutes les maisons, c'est-à-dire depuis environ 1960, le but était «d'informer, de divertir et d'éduquer». Objectifs nobles, très nobles. Et tout de suite cette remarque : il ne faut surtout pas que ce qui était supposé être source de plaisir devienne source d'énervement, d'exclusion et d'insatisfaction. Et c'est ce que nous vivons et sentons, nous, les «personnes vivant avec une surdité», quand le sous-titrage est absent ou de mauvaise qualité.

Un peu de statistiques :

Les statistiques nous donnent le chiffre de 750 000 personnes «vivant avec une surdité» au Québec. Personnellement, je crois que c'est encore plus, car la surdité étant invisible, beaucoup ont tendance à la dissimuler. En admettant ce chiffre, vous êtes d'accord avec moi qu'il est assez important.

Et heureusement, ou hélas, ce chiffre est appelé à augmenter avec le temps. Pourquoi heureusement? Car, plus les progrès de la médecine permettront à l'homme de vivre très vieux, plus il est certain qu'un jour ou l'autre il sera atteint d'une déficience auditive. Pourquoi hélas? Parce que la pollution par le bruit ne fait qu'augmenter de nos jours. Ce pollueur sournois génère un handicap invisible: la «surdité», et attaque d'autres parties de l'organisme et continuera à nous faire beaucoup de mal. Il est temps de s'en occuper très sérieusement par le biais de normes encore plus sécuritaires. Par la vieillesse, ou par le bruit, le nombre des personnes vivant avec une surdité va augmenter.

Il est bon de signaler que l'art du verbe, contrairement aux autres arts (peinture, sculpture, littérature, etc.) est un mode de communication qui use de la durée. Et l'attention de l'homme à écouter un message faiblit pour ne pas dire s’estompe, après vingt minutes. Cette attention doit être réveillée, les enseignants le savent, les orateurs, les prédicateurs et les politiciens commencent à le comprendre, et ne prononcent plus ces discours ou homélies «fleuves».

Alors, comment voulez-vous que des «personnes vivant avec une surdité», qui déjà doivent fournir un effort supplémentaire pour suivre une émission en lisant et non en écoutant normalement, soient de plus dérangées par du sous-titrage incomplet ou de mauvaise qualité.

Je suis un habitué des émissions, «Découvertes, Enjeux» et surtout «Grands reportages». Ce dernier, je le suis presque à chaque jour. A ce niveau, je ne me plains pas, sauf quand il y a un décalage inadmissible entre le début de l’émission et le début du sous-titrage.

Par exemple, pas plus tard que le samedi 30 mai dernier, à l’émission Grands reportages, le sujet était la contrebande de cigarettes. Si je me souviens bien, cette même émission avait déjà été diffusée, donc c'était une émission bel et bien préenregistrée. L’émission a commencé comme d'habitude par : Mesdames et messieurs, ici Michaëlle Jean, bienvenue aux Grands reportages. Jusqu'à maintenant, pas de sous-titrage. L’introduction, je la connais par coeur depuis le temps, mais ce n'est qu'après exactement sept minutes, montre en main, que le sous-titrage apparaît. Et pour rattraper le message parlé, il fallait faire très, très vite, ce qui ne permettait pas de suivre l’émission calmement. Nous sommes tous d'accord que, pour une entreprise qui calcule la minute et parfois les secondes, (que de fois à l’émission Le Point, j’entends, ou plutôt, je lis : « il nous reste 20 secondes, essayez de résumer rapidement, » etc.) un tel décalage et une telle imperfection sont inadmissibles. Il a fallu arriver à la première pause pour que tout rentre dans l'ordre.

Quant aux nouvelles, mis à part les décalages, ce qui me peine à chaque fois, c'est quand devant une nouvelle intéressante, le présentateur nous dit: «Écoutons notre envoyé spécial sur les lieux». Cela est adressé aux entendants, aux privilégiés. A moi, il me dit soit «nous nous excusons…», soit «sous-titrage non disponible.» C'est à ce moment que je suis le plus peiné.

C'est frustrant. Ne sommes-nous assez nombreux? Pourquoi alors cette discrimination? Je n'ai pas de réponse, et aucune excuse n'est acceptable. Tout ce que je souhaite, c'est qu'on trouve au plus tôt une solution. Si moi et plusieurs dans mon état fermons notre télé, l’entreprise qui paye les publicités sera la première perdante. Elle doit être mise au courant du nombre d’auditeurs vivant avec une surdité et accepter une majoration, si c'est une question de finances.

Le C.Q.D.A. a parlé de l'an 2000 pour arriver à un but : 100% de sous-titrage et de bonne qualité. Je suis sûr et confiant qu'on atteindra ce but grâce à la bonne volonté et à la motivation de tous ceux qui sont concernés. Sur cette note optimiste, j’aimerais clore ma causerie, mais avant de nous quitter, je voudrais lancer une nouvelle idée, un nouveau rêve.

Dans le troisième millénaire, qui n'est pas loin, qui sait si ce que nous pensons être de bonne qualité ne sera pas déjà dépassé et insuffisant dès la première décennie du nouveau siècle. En parlant de perfectionnement de la qualité du sous-titrage, je pense à ce que j’appelle une mise en page judicieuse pour nous permettre de voir, à la fois et sans efforts, l'image et le sous-titrage, car ce qui compte dans un message, ce n'est pas seulement le texte, mais l’intonation, le mime, les gestes de la main, le regard, etc. A défaut d'entendre l’intonation, ne nous privez pas du reste. «La parole n'est pas tout, le silence est de poids : plus grande est l'autorité, plus lent est le verbe et plus longs sont les silences.» Nous devons sentir le silence ou qu'on nous le mentionne. Et pour la musique, à défaut de sons, peut-être une suite d’émotion, par des couleurs et des lumières. Il faut rêver d’un avenir technologique et trouver des chercheurs qui nous aiment assez pour nous faire atteindre notre objectif…

L'histoire de l’humanité ne manque pas d’exemples d’inventions destinées au bien-être des sourds et qui ont profité le plus aux entendants. Je me contenterai de ne citer que l’exemple de l'invention du téléphone par Alexandre Graham Bell.

Sourdine # 112 [ juillet/août 1998]  Edmond Jarjour

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Des avantages de la surdité par Martine Charland
Pour finir l'été sur une note de gaieté et entamer la rentrée d'un pied alerte, quoi de mieux que de s'arrêter une petite minute, et plutôt que de gloser ad nauseam des inconvénients de la surdité que nous connaissons tous par cœur, en déceler les avantages insoupçonnés et quelquefois cocasses que la vie en société nous réserve.

Ainsi, de plus en plus de personnes de mon entourage me disent souvent, d'un air songeur et quelque peu envieux : "C'est vrai, toi tu n'entends pas ça, ça doit être le fun parfois, ne pas entendre !" Car on a l'avantage de pouvoir faire "clic" quand un bruit inopportun et insistant nous dérange. On vit dans un monde de plus en plus bruyant, ce qui nous stresse et nous énerve. Sur la rue, souvent je me débranche. Pourquoi entendre le bruit pétaradant de ces 26 vitesses des mastodontes? Y a assez qu'on en sent les relents nauséabonds. Le matin, lorsque je pars travailler, je ne me branche pas avant d'aller chercher mon café, rendue au boulot, calme. A la piscine, quel bonheur de se faire dorer par le soleil, sans aucun cri d'enfant qui nous écorche les oreilles. Je peux lire tranquillement et même sommeiller. Il arrive que je ne me rende même pas compte des orages la nuit, alors que tout le monde au bureau arrive les yeux bouffis par ce réveil intempestif à 3 hres du matin.

Depuis le début de l'ère bénie du sous-titrage, je peux regarder la télé, la tête sur l'oreiller, sans la prothèse qui me gêne. Je n'ai pas besoin de son, c'est calme dans la maison, les filles ne sont pas dérangées si j'ai une fringale de films qui finissent aux petites heures de la nuit. Ma mémoire auditive est meilleure que mes oreilles actuelles, mes yeux au laser gobent vite le sous-titrage pour me permettre d'admirer ces beaux acteurs ou paysages... L'autre jour, ma grande me disait combien j'étais chanceuse de ne pas entendre toutes ces conneries à la radio. Un autre soir, elle visionnait Teletoon, où, ma foi, les "comics" ne sont plus ce qu'ils étaient. Comme je remarque que ce n'est pas sous-titré, elle me rétorque : "Une chance, c'est tellement nul". De tout cela, je retiens qu'une personne sourde peut choisir ce qu'elle veut entendre. Ça lui permet de se concentrer sur l'essentiel, de développer son moi intérieur sans être aussi dérangée que les autres par tous ces bruits, sonneries, vacarmes, pollutions sonores.

Je l'avoue, je chéris le silence. Il est devenu mon ami. Il m'est nécessaire. Bien sûr que s'il était permanent, je ne chanterais pas la même chanson. Mais je l'ai apprivoisé. Quand je le souhaite, je l'obtiens facilement. C'est devenu un point essentiel de mon équilibre et une partie intégrante de ma personnalité. De toute manière, avec tous les moyens technologiques à notre portée, il est très facile maintenant de se débrouiller de façon convenable pour nos besoins de communication. Qu'on pense au courrier électronique qui nous permet de garder le contact avec nos proches et amis, de développer de nouvelles amitiés et les entretenir plus facilement par l'écrit qu'on ne le ferait par téléphone.

La surdité nous permet aussi de développer des liens privilégiés et complices avec certaines personnes. Lorsque j'ai suivi des cours pour mon certificat à l'UQAM, je devais négocier avec les profs en début de session pour les moyens à employer à mon égard. J'ai eu quelques profs formidables, très attentifs à mes besoins, certains en faisaient même plus ce qu'à quoi je m'attendais. Une en particulier refusait que j'écrive le moindre mot à ses cours et me photocopiait toutes ses notes de cours. J'en ai fait des jaloux! Je crois aussi que l'attitude qu'on adopte va dicter pour une bonne part le comportement des gens vis-à-vis notre handicap. Si dans la vie, on se comporte avec une attitude de victime ou de revendicateur, on fait fuir les autres. Quand on demande ce qu'on estime avoir droit, poliment, gentiment, respectueusement, les gens s'empressent de nous contenter.

Bonne rentrée!

Sourdine # 124 juillet / août 2000

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Les contrats chômagés par Martine Charland

 

Nous vivons à une époque où le monde du travail est en constante mutation. Lire " mondialisation, restructuration, nouvelles technologies " et cie. Ces notions dont nous sommes abreuvés quotidiennement dans les quotidiens nous touchent de très près, dans ce qui est le plus essentiel à toute personne : le travail. Ce qui était - il n'y a pas si longtemps - un droit acquis à qui le voulait bien, permettant la réalisation personnelle de l'individu par le travail, est devenu pour beaucoup une simple notion de survie.

Alternance travail-chômage, vous connaissez ? Ces fameux contrats (il faut d'abord courir après !) dont on espère qu'ils se prolongent, qui nous font trimer à 200 % à l'heure pour espérer être en tête du peloton pour le prochain, sans aucune couverture sociale et congé férié payé la plupart du temps, nous faisant passer la belle saison frigorifiés et sans aucun répit familial, quand les enfants sont libres d'école, vous vous reconnaissez ?

Je connais depuis six ans. J'avais un job de rêve, depuis quinze ans, dans mon domaine, que j'adorais. La vie s'écoulait, douce et tranquille, quand " vlan !", tout a volé en éclats. Étant la dernière sur la liste d'ancienneté, j'ai écopé la première. Depuis ce temps, je vivote, angoissée et insécure. Le pire, vous le savez ? C'est que c'est la même compagnie qui me fait vivre à contrat, des petits et des plus gros, depuis tout ce temps, sauf une fois où j'ai tenté de voler de mes propres ailes ailleurs.

À ma connaissance, je suis une bonne employée, compétente, dévouée et fidèle. J'ai toujours en tête le souci de ma compagnie quand je travaille. Je suis toujours prête à faire du temps supplémentaire pour respecter les délais. Je travaille le plus vite que je peux (et je sais que je suis rapide, on me l'a dit). Je travaille soigneusement et avec tout mon cœur. La compagnie le sait aussi. Elle aime que je sois disponible quand elle a besoin d'une surnuméraire (c'est toujours moi). Mais elle ne peut ou ne veut pas me redonner ma permanence. Car " restructuration, budget " etc. Je dois attendre qu'une de mes paires prenne sa retraite ou sa préretraite. Encore quelques années donc.

Vous me direz : " Mais va voir ailleurs ! " C'est que je suis dans un domaine très spécialisé et restreint, les bibliothèques. Qui survit assez difficilement en ce moment de vaches maigres quand on compte sur les subventions gouvernementales. Et comme la malentendance implique quelques limites tout de même... Et que les entrevues sont un cauchemar. Que je dois me confiner au privé, parce que le public implique le téléphone et le service de référence aux usagers. Et que le privé dans ce domaine est un très petit marché.

Je vivote donc. Certaines années sont meilleures que d'autres. Je commence à avoir la rage au cœur. Car je sais que mon cas n'est pas unique. C'est reconnu que de plus en plus, les compagnies sont axées sur le profit d'abord et ne considèrent même plus les employés, cette ressource inépuisable et interchangeable. Et qu'elles en profitent, sciemment.

Je commence donc mon nouveau contrat le 12 juin prochain. Jusqu'au 1er septembre. Sans aucune joie au cœur. Sauf celle de revoir mes chums et complices de travail. Pour la survie. Un autre été sans pouvoir amener mes filles à quelque part, sauf les fins de semaine. Un autre été à regarder le soleil briller à travers l'air climatisé, veste de laine sur le dos. Pour me retrouver à l'automne, un peu plus riche jusqu'à temps qu'il soit temps de refaire une autre demande de chômage.


Sourdine # 123 mai / juin 2000

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DONNER LA PAROLE AUX PROCHES
Groupe Espace - Université de Montréal
 

Une rencontre d'échanges et de discussions a eu lieu à l'A.D.S.M.Q. en collaboration avec l'équipe ESPACE de l'Université de Montréal le 9 mai dernier. Cette activité organisée dans le cadre du mois de la communication a été animée par Louise Getty, directrice de l'équipe ESPACE et professeure titulaire à l'Université de Montréal ainsi que Dominique Laporte, orthophoniste et agente de recherche au sein de la même équipe. L'objectif premier de cette activité était de donner la parole aux proches de personnes malentendantes, de les écouter s'exprimer sur les conséquences de la surdité de l'autre dans leur propre vie, de mieux comprendre ce que devient pour eux la communication au jour le jour.

Au total, vingt-huit personnes ont participé: 20 personnes malentendantes (3 hommes et 17 femmes) et 8 proches (5 hommes et 3 femmes). Nous avons beaucoup apprécié la présence de tous les participants. Toutefois, nous nous interrogeons sur la difficulté à obtenir la collaboration d'un plus grand nombre de proches. Les proches absents se sentent-ils concernés par le problème d'audition de leur conjoint, de leur parent, de leur ami? Quels sont les obstacles à leur participation à une rencontre comme celle du 9 mai dernier?

Les personnes malentendantes ont d'abord soulevé l'épineux problème de leur difficulté à accepter la surdité; d'ailleurs, plusieurs préfèrent parler de l'apprentissage de vivre avec la surdité plutôt que de l'acceptation de cette situation. Plusieurs personnes malentendantes présentes disent ne pas hésiter à faire des demandes d'ajustement auprès de leurs interlocuteurs, par exemple, "pouvez-vous vous placer de mon bon côté" ou "pouvez-vous baisser le volume de la télévision" ou "pouvez-vous répéter". Il semblerait toutefois qu'il soit généralement plus difficile de faire ce type de demande auprès d'un proche plutôt qu'auprès d'un étranger ou d'une personne moins familière. Pourquoi? L'hypothèse a été avancée qu'il est particulièrement délicat et compliqué de tenter de changer des habitudes déjà installées avec un proche, de vouloir modifier certaines routines du quotidien. Est-ce bien une majorité de personnes malentendantes qui n'hésite pas à faire des demandes d'ajustement auprès de ses interlocuteurs? Le fait de participer à un regroupement comme l'A.D.S.M.Q. ne contribue-t-il pas à renforcer la volonté de s'affirmer un peu plus, d'oser faire des demandes d'ajustements, d'améliorer son estime de soi et la confiance en ses capacités?


Les personnes malentendantes souhaiteraient pouvoir parler avec leurs proches de leur problème d'audition, des conséquences et des adaptations. Elles aimeraient voir leurs proches faire preuve de davantage de patience avec elles et adopter des stratégies facilitantes pour la communication, par exemple s'assurer du contact visuel. Les personnes malentendantes apprécieraient voir leurs proches participer en plus grand nombre aux activités de sensibilisation qui leur sont proposées dans le milieu communautaire ou le milieu de la réadaptation. Elles voudraient faire comprendre à leurs proches que la prothèse auditive est loin de régler par miracle tous leurs problèmes. Il arrive que les personnes malentendantes se sentent accusées de ne pas répondre ou de répondre de façon inadéquate à leurs interlocuteurs. Comme la communication implique au moins deux personnes, quand il y a un problème d'audition les deux partenaires de cette communication sont concernés. Le processus de résolution du problème doit, pour être efficace, impliquer non seulement les personnes aux prises avec le problème d'audition mais aussi leurs proches. Dans un couple, où l'un des deux est malentendant, la surdité peut aussi venir amplifier d'autres problèmes déjà présents. Avec le temps, la personne malentendante ne correspond peut-être plus à ce qu'elle représentait pour son conjoint au départ. Vont-ils chercher ensemble des solutions ou s'isoler chacun dans leur solitude?

Les balades ou voyages en voiture entraînent très souvent des difficultés de communication, le contact visuel étant réduit au minimum et le bruit environnant souvent très présent. L'utilisation d'un "pocket talker"* peut alors grandement améliorer la situation de communication et ainsi réduire les sources de tension et de frustration. Il faut être deux pour utiliser cette aide technologique, il faut alors sans doute se parler, s'en parler!

Du côté des proches, les époux de femmes malentendantes, présents le 9 mai dernier, semblent considérer leurs conjointes comme des personnes autonomes qui se débrouillent très bien malgré leur problème d'audition. Ils ne paraissent ni inquiets, ni surprotecteurs. Depuis qu'ils sont membres de l'A.D.S.M.Q., ils disent parler davantage des problèmes de surdité et appliquent plus souvent des stratégies de communication facilitantes. Sont-ils représentatifs d'une majorité de conjoints de femmes malentendantes? Ont-ils déjà assisté à des réunions de sensibilisation et d'information sur les problèmes d'audition et les stratégies de communication, par exemple à l'A.D.S.M.Q. ou à l'Institut Raymond-Dewar? Fort probablement. Il n'est cependant pas certain que ces hommes soient alors représentatifs de la majorité des conjoints qui eux ne participent pas à des rencontres de discussions sur la surdité et ses conséquences.

Les femmes présentes, proches de personnes malentendantes, démontrent un certain degré d'inquiétude, disent faire leur possible pour aider la personne malentendante. Par exemple, elles vérifient si la personne malentendante a bien compris, cherchent une table ronde au restaurant, signalent subtilement à la personne malentendante qu'elle parle trop fort, répondent même à la place de la personne malentendante. Elles cherchent à aller au-devant de la personne malentendante, à anticiper les situations qui pourraient lui être problématiques. Il semble important de préciser que les trois femmes présentes étaient soit la fille, la soeur et l'amie de femmes malentendantes. Les comportements seraient-ils comparables chez des conjointes d'époux malentendants? C'est fort possible mais rien ne nous permet de l'affirmer suite à cette rencontre. Les hommes réagissent-ils différemment des femmes face au problème d'audition d'un proche?

Plusieurs questions restent donc en suspens. Cependant, tous les participants semblent d'accord sur un point: la résolution de problèmes de communication requiert la participation des interlocuteurs concernés, la volonté de chercher ensemble des solutions aux difficultés vécues et évoquées de part et d'autre, la volonté de dialoguer. Mais... pas facile à faire! De plus, plusieurs participants, malentendants et proches, ont soulevé l'importance d'intégrer dans le milieu scolaire des périodes de sensibilisation et d'information sur les problèmes d'audition, sur les problèmes de communication. Ainsi, les enfants apprendraient dès le jeune âge à développer une attitude de respect de la différence et à développer quelques habiletés pour mieux communiquer avec, par exemple, un grands-parents malentendant.

Merci à tous les participants!

Louise Getty, directrice de l'équipe ESPACE
Dominique Laporte, orthophoniste en recherche, équipe ESPACE
équipe de recherche subventionnée par le Conseil québécois
de la recherche sociale (CQRS)


* Un "pocket talker" est une aide technologique d'amplification qui peut-être fort utile en voiture, avec un micro-cravate pour la personne entendante et un écouteur pour la personne malentendante. La loi permet le port d'un écouteur en voiture. Cette aide peut aussi être utile pour écouter la télévision. Il faut compter débourser environ $200 pour une aide de qualité. C'est disponible, entre autres, chez Radio Shack.

Sourdine # 124 juillet / août 2000
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Je n'en suis pas encore revenue ! avec Carole Théberge
 

C'est vrai que parfois les gens qui ne connaissent pas la déficience auditive nous font des commentaires inappropriés ou franchement "plates ". Vous en avez sans doute déjà fait l'expérience. Mais au mois de décembre dernier, un de mes confrères de travail s'est mérité la palme d'or en matière de commentaires honteux. En effet, en l'espace de deux jours, il a "réussi" non pas un, ni même deux, mais trois commentaires franchement stupides. Jugez par vous-même...

La première fois, nous sommes au party de Noël du bureau. L'atmosphère est tapageuse et rieuse ; les bruits, les paroles et les rires rebondissent des murs. Mon confrère me parle, je n'arrive ni à l'entendre, ni à lire sur ses lèvres... Son commentaire génial est : " As-tu mis tes appareils aujourd'hui ? " J'ai eu envie de dire : "Espèce de nigaud, sais-tu que sans mes appareils, je suis sourde comme un pot et la situation serait bien pire encore puisque j'avais réussi jusqu'à cette maudite phrase, que tu te bornes à répéter au point de nous frustrer tous les deux?! " J'ai plutôt expliqué que les appareils amplifient tous les sons dans la pièce et c'est pourquoi ils ne m'aident pas à discerner sa voix au sein de tout ce tapage infernal.

La deuxième fois, c'est sa prochaine phrase, que j'ai TRÈS BIEN COMPRISE... n'est-ce pas bizarre comment on peut rien comprendre et soudainement on capte quelque chose? (Je me suis assurée d'avoir bien compris en posant cette question à une autre personne à notre table... plus tard.) " Lequel de tes parents était déficient des oreilles ? " J'ai eu envie de répliquer : "Lequel de tes parents était déficient en matière de tact ? " J'ai plutôt expliqué que ma déficience était le résultat d'un accident en bas âge et que mes deux parents entendaient parfaitement bien.

Revenus au bureau, on avait à présenter un cadeau à une amie commune. Le petit groupe se forme pour la présentation, mon confrère marmonne quelque chose en regardant à terre, je n'ai aucune idée de ce qu'il a dit. Je me mets à expliquer à notre amie pourquoi une personne qui devait se joindre à nous n'avait pu se rendre à temps. Mon confrère s'approche de moi, me tient les deux bras, me regarde droit dans les yeux et dit : "Carole, tu répètes ce que j'ai déjà dit. " J'ai envie de dire : "Lâche-moi ! Pourquoi tu veux m'humilier ainsi devant les autres ?!! " J'ai plutôt choisi de ne pas dire un mot.

Par la suite, j'ai visité mon confrère à son bureau et je lui ai discrètement expliqué combien ses commentaires m'avaient blessée. J'ai exigé que cela cesse immédiatement. Il disait être totalement surpris !!!! Ciel !!! Avez-vous déjà vécu des situations semblables ? Quand on entend ces commentaires ignorants, parfois on pense


que l'on doit avoir mal entendu. Il est important de s'attaquer au problème (et non à la personne!) d'une manière ferme et claire, mais non hostile ou sous le coup de l'émotion, de façon à aider et à sensibiliser. Mais si jamais mon confrère répète ce type de scénario, je l'attends, et cette fois, à bas les gants blancs... car je l'aurai bien averti. Il ne faut pas se laisser faire. Si vous êtes mal à l'aise, demandez des conseils ou de l'aide d'autres personnes. C'est ce que j'ai fait avant d'aller visiter mon confrère à son bureau.

La seule vraie surdité est celle du cœur.

Carole Théberge
Source Pile ou face janvier 2001

Sourdine no: 127 janvier / février 2001
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Ouverture du coeur...

                                 Ouverture sur la vie...

avec Annette Paquin

 

Parler d'ouverture, c'est me remettre en question concernant certaines fermetures en moi.

Bien sûr qu'au point de départ j'aimerais ne vous présenter que mes ouvertures, que les beaux côtés de ma surdité, de ma personnalité et de mes relations interpersonnelles. Mais je passerais à côté de la vérité, de ma vérité.

Commençons donc par les ouvertures. Je me suis beaucoup interrogée depuis le début de ma surdité sur ce que j'étais en tant que personne, sur ma relation avec les autres depuis "la fermeture de l'audition " et avant "cette fermeture des oreilles ". Sur mon "ouverture du cœur " maintenant et avant ce handicap.

Est-ce qu'il y a vraiment un changement ? Est-ce vrai que la maladie ou une perte nous change à ce point? Ou si nous devenons ce que nous avons toujours été mais cette fois sans artifice, sans faux-semblant, dans une simplicité encore plus grande. Sommes-nous ce que nous avons toujours été mais avec un éclairage différent, comme en pleine lumière face à soi-même ?

Comme ce handicap a débuté avec des pertes importantes dans ma vie, je ne pouvais rester insensible à ces événements et à ce qu'ils avaient à m'apprendre. Je me suis sentie invitée à un retour vers d'autres valeurs. Je ne parle pas du silence puisqu'il est omniprésent. Je veux parler ici de valeur intérieure, de retour à mes racines, celles qui font ce que je suis présentement.

Papa est décédé au tout début de ma surdité. J'ai été invitée de l'intérieur à regarder quelle avait été ma relation avec lui, ce qu'il m'avait laissé comme héritage personnel. J'ai dû admettre qu'il me manquait, lui le sage, lui l'amant de la nature, des oiseaux dont il connaissait chacun de leur chant, des fleurs qu'il admirait et humait avec délectation, et de l'eau du ruisseau, de la rivière, du lac calme du matin au coucher de soleil.

C'est la raison pour laquelle je vous parle de mon ouverture en ce qui regarde ma personnalité, ce que je vois surtout depuis ma surdité a pris une autre forme, celle de tout regarder avec émerveillement : les oiseaux qui voltigent sans que je ne les entende mais qui, je le sais, émettent des sons; Les fleurs et leur odeur, l'eau qui m'apaise, un coucher de soleil… tout cela, c'est l'ouverture que mon père m'a laissée.

Avant la surdité, je ne voyais pas certaines beautés, j'étais trop occupée par l'éphémère, voilà un côté de fermeture. Puis-je dire aujourd'hui heureuse surdité qui me fait voir autrement ?…

Une autre ouverture concerne la vie. Voilà que six mois après le départ de mon père, c'est maman qui nous quitte. Son départ m'a forcée à m'interroger sur le sens de la vie, sur le sens de ma vie puisque celle qui m'avait donné "la vie " s 'envolait vers une autre " Vie ". Je me retrouve donc en plein questionnement et également en plein cheminement de guérison. Qu'est-ce que je veux retenir d'elle ? Quel héritage ai-je reçu et lequel veux-je m'approprier ?

Comme elle aimait tout entendre, voilà que je me dis que ce n'était plus pour moi; qu'elle ne m'avait rien laissé d'elle mais j'avais oublié "l'oreille du cœur ", celle qui peut entendre au-delà de la parole, à travers un mur de silence. Tranquillement je suis revenue à ce silence car j'avais fermé cette oreille. Cette fermeture a laissé la place à l "oreille du cœur.

Merveilleux n'est-ce-pas que l'oreille qui se ferme me fasse entendre autrement !

Une autre ouverture a pris place à travers certaines fermetures de mon entourage. Ici, je veux vous glisser un mot sur ce handicap qui m'a fait perdre mon emploi dans lequel les relations interpersonnelles prenaient beaucoup de place. Je croyais être indispensable, je croyais que ce travail m'était indispensable et je croyais que le seul épanouissement possible demeurait le travail auprès des malades. Je parle avec des années de recul car cela a été un arrachement, une très grande souffrance et un sentiment d'inutilité qui remontait en moi.

J'ai dû m'ouvrir à d'autres dimensions, m'orienter vers d'autres intérêts. Certains jours, j'ai dû accepter une souffrance de l'intérieur vers la beauté cachée de ma surdité et accueillir ma beauté, le beau et le bon en moi. Je l'ai découvert à travers mes faiblesses en côtoyant certaines révoltes, en voulant cacher ma tristesse.

Maintenant, les actions que je pose me semblent parfois un peu banales : rendre des petits services à fauche et à droite selon mes forces, un peu de cuisine, un peu de ménage et quand je n'en peux plus d'être entre quatre murs, je sors pour regarder vers les autres. J'essaie d'être attentive à leurs besoins en me protégeant davantage. Ce ne sont pas des gestes d'éclat très visibles. Cela fait partie de notre quotidien, n'est-ce-pas ? Je ne vais plus au-delà de mes forces. Je les considère et respecte mes limites.

Ma pensé rejoint à l'ocasion des personnes qui vivent des moments difficiles. Je les soutiens à travers mon silence et la prière. Puis-je faire autrement ? Je me dis à tort ou à raison qu'une fois que les moyens humains semblent épuisés, qu'est-ce qu'il reste? Pour ma part, je me retourne vers le divin.
  

Je fais des cartes bénévolement. Je n'en compte plus le nombre qui doit dépasser les quatre à six milles, je fabrique de légers articles de cuir dans le silence de mon appartement selon mon état de santé. J'ai rédigé un manuscrit actuellement en correction mais qui pourrait, j'imagine, rejoindre d'autres personnes. Tout cela occupe mon temps et contribue à un certain épanouissement.

Voilà un beau cadeau que la vie attendait de m'offrir depuis très longtemps. C'est à travers mes limites et en accueillant celles-ci que le beau a émergé, comme la source qui coule, la fleur qui s'ouvre. En vous offrant ces quelques lignes, j'espère que vous entrerez dans un processus d'ouverture à travers des coins de fermeture.

Et c'est le chemin…
Et c'est mon chemin…

Annette Paquin
Source Se comprendre - octobre 2000


Sourdine no: 127 janvier / février 2001
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PÉNURIE D'ORTHOPHONISTES  AU QUÉBEC


PRÈS D'UNE TRENTAINE D'ORTHOPHONISTES BELGES RÉPONDENT À L'APPEL

Près d'une trentaine d'orthophonistes belges ont répondu à l'appel du gouvernement québécois à venir exercer sur une base temporaire au Québec, dès septembre prochain. Née de l'initiative de l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ), cette campagne exceptionnelle de recrutement à l'étranger permettra de pourvoir, de façon temporaire, une partie de la centaine de postes vacants d'orthophonistes au sein du réseau public québécois de la santé et de l'éducation.

" Comme ordre professionnel dont la mission est d'assurer la protection du public, il est de notre devoir de déployer toute l'énergie possible pour solutionner le problème d'accès aux services d'orthophonie, et d'amener les instances gouvernementales à s'engager dans ce sens ", précise M. Louis Beaulieu, président de l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec. " Je suis très heureux de constater aujourd'hui que nos efforts ont porté fruit et que des milliers de concitoyens pourront en profiter."

Cette campagne a été menée en partenariat par l'OOAQ, le ministère de la Santé et des Services sociaux et le ministère de l'Éducation du Québec. Elle a également mobilisé les principaux employeurs du réseau public québécois de la santé et de l'éducation ainsi que le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration du Québec et les autorités fédérales compétentes. Les démarches ont été mises en branle très rapidement. Le programme a été proposé aux instances gouvernementales à l'automne 2000, puis en novembre, le président de l'Ordre réalisait une mission de reconnaissance en Belgique. En mars dernier, l'ensemble des orthophonistes belges étaient directement sollicités à venir exercer au Québec, pour une période minimale d'un an, et avaient jusqu'au 30 avril pour manifester leur intérêt. Parmi les 350 professionnels susceptibles de se qualifier, 28 ont répondu à l'appel, ratio impressionnant compte tenu du délai de réponse et de l'engagement que représente la décision d'exercer sa profession à l'étranger.


Une nouvelle mission se rendra en Belgique dans la semaine du 28 mai prochain. Formée d'une représentante de l'Ordre, d'un représentant du ministère de la Santé et des Services sociaux ainsi que d'un représentant du ministère de l'Éducation, cette mission permettra de soumettre chaque candidat à une entrevue. On organisera également une session d'information à l'intention des orthophonistes belges qui pourraient se montrer intéressés par la campagne de recrutement, mais qui n'ont pas eu le temps de soumettre leur dossier avant le 30 avril. On espère ainsi recevoir encore quelques nouvelles candidatures.

Un accueil favorable au sein des réseaux de l'éducation et de la santé

Chez les employeurs du réseau public de l'éducation et de la santé, cette nouvelle a été accueillie avec un très grand soulagement. Le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, M. André Caron, a souligné " le caractère original de l'initiative " qu'il appuie, car elle " aidera les commissions scolaires à accroître les services professionnels complémentaires, notamment ceux qui doivent être assurés par les orthophonistes, services dont les enfants ont grandement besoin dans les écoles québécoises ".

L'Association des établissements de réadaptation en déficience physique du Québec (l'AÉRDPQ) soutient qu'il y a présentement plus de 3 500 enfants en attente de traitement en orthophonie. Deux causes expliquent cet état de fait. Dans certains cas, le délai d'attente est causé par le manque d'orthophonistes disponibles, mais dans d'autres cas, il relève plutôt d'un manque de financement. " Il est absolument nécessaire de traiter un enfant dès son jeune âge, soit vers un an et demi, ou dès que la déficience est détectée si on ne veut pas compromettre son développement et son entrée à l'école ", souligne le vice-président de l'Association, M. Jean-Pierre Blais.

Au cours de la dernière année, nous avons en effet redéfini les services de base essentiels destinés aux enfants et à leur famille, services qui devront être déployés dans toutes les régions du Québec au cours des trois prochaines années si le ministère de la Santé et des Services sociaux soutient cette offre de service. Les services d'orthophonie occupent évidemment une place importante dans ce redéploiement, mais il nous faut avoir accès à un bassin d'orthophonistes suffisant pour y parvenir ".



Moyen et long termes : d'autres solutions


Il est clair cependant que cet ajout d'orthophonistes belges est insuffisant pour répondre entièrement à la demande immédiate et qu'il s'agit d'une solution à court terme. C'est pourquoi l'Ordre a également examiné les possibilités du côté de la France. Le diplôme terminal en France n'étant pas équivalent à celui exigé pour les Québécois, un programme de mise à niveau d'une période d'un an offert par l'Université de Montréal pourrait être mis sur pied pour les candidats français. Du côté de la Suisse, une pareille démarche pourrait s'effectuer sur une période plus courte. Une rencontre entre le président de l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec et le cabinet du ministre de l'Éducation avait lieu hier à cet effet et le ministère s'est montré très intéressé à examiner les pistes de solutions proposées par l'Ordre.

À plus long terme, deux solutions se sont ajoutées au cours de la dernière année pour accroître le nombre d'orthophonistes au Québec. Depuis 1999, le décontingentement du programme de maîtrise en orthophonie et en audiologie de l'Université de Montréal a permis de faire passer de 50 à 70 le nombre d'admissions par année, ce qui permettra de diplômer 20 candidats à l'exercice de plus chaque année, à compter de l'automne 2003. Par ailleurs, la création d'un nouveau programme de maîtrise en orthophonie à l'Université Laval, qui démarrera en septembre 2001 et qui accueillera 25 étudiants par année, viendra également enrichir le bassin de professionnels sur le marché à la fin de l'année 2003.

Pour l'Ordre et les associations d'employeurs, il est primordial d'augmenter le nombre d'étudiants formés dans les universités québécoises en vue de trouver une solution durable au problème chronique de pénurie. L'Ordre croit qu'il faudrait créer au moins une vingtaine de places supplémentaires dès maintenant, compte tenu du profil sociodémographique de la profession et des besoins croissants de la population.

Il presse d'agir afin que cet apport de nouveaux orthophonistes permette de contrebalancer les effets de l'attrition qui commencent à se faire sentir dans la profession. Par ailleurs, étant donné que la profession d'orthophoniste est exercée par une très forte majorité de femmes, dont plusieurs travaillent à temps partiel et qu'une proportion importante a recours à des congés familiaux, il faut s'attendre à un taux de roulement significatif. Cela implique que ces ajouts seront insuffisants et que l'offre demeurera encore bien en deçà de la demande après 2004, sauf si on agit immédiatement.

À propos de la pénurie d'orthophonistes au Québec


Depuis plusieurs années, le Québec doit composer avec une pénurie d'orthophonistes. Résultats : pour la clientèle de la petite enfance, les listes d'attente pour avoir accès à une évaluation atteignent plus d'un an dans le réseau public, et de deux à quatre ans pour obtenir une thérapie, selon la région. Pour ce qui est des adultes et des personnes âgées, bon nombre d'entre eux n'ont tout simplement pas accès aux services. Le recours aux services privés devient souvent la seule solution. On note d'ailleurs une augmentation de 140 % des services privés entre 1994 et 1997 et, même dans ce cas, il n'est pas rare que l'attente soit d'un an.

En octobre dernier, on comptait environ 4 500 personnes en attente de services spécialisés de réadaptation pouvant exiger le recours à un orthophoniste dans les établissements de réadaptation en déficience physique. Les délais d'attente variaient de quatre mois à trois ans et ne se sont guère améliorés depuis.


Information :    Source :


Patricia Bouchard patricia.bouchard@shc.ca    
Louis Beaulieu, président lbeaulieu@ooaq.qc.ca
Éliane Hamel eliane.hamel@shc.ca  
Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec
Simard Hamel Communications    (514) 282-9123
(514) 287-9811   

Pour en savoir plus, consulter le site
www.ooaq.qc.ca




Sourdine no: 129 mai / juin / juillet / août 2001
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L'histoire des sourds du Québec

Gilles Boucher
Président du Centre Québécois de la Déficience Auditive

Qui a enseigné aux garçons et aux filles sourdes ?
Où s'est ouverte la première école pour sourds ?
Quelles sont les personnes importantes qui ont contribué à l'éducation des jeunes sourds ?

Patientez quelques minutes encore et vous saurez tout

sur le monde fascinant de l'enseignement aux sourds.


 

 

Les gens

 

Ignace Bourget

Un personnage fort important de l'histoire est sans nul doute Mgr Ignace Bourget qui, en 1831 alors qu'il n'était qu'abbé, a réussi à obtenir de l'argent du gouvernement afin que s'ouvre à Québec la première école pour sourds-muets, dirigée par l'avocat Ronald MacDonald. Elle était située au 31 rue d'Auteuil et a dû fermer ses portes en 1834 faute d'argent.

En 1836, l'abbé Prince, directeur du collège de Saint-Hyacinthe ouvre grandes les portes de l'annexe de son collège aux enfants sourds. M. Caron, un ancien élève sourd de l'école de Québec, en devient le directeur. L'école manque aussi d'argent et doit malheureusement fermer ses portes.

Entre-temps, Mgr Bourget ne perd pas courage et poursuit son travail afin de dénicher de l'argent pour ouvrir une institution à Montréal.

 

Le père Charles Irénée Lagorce

Pas très loin de Saint-Hyacinthe, à Saint-Charles-sur-Richelieu, vivait en 1847 un prêtre du nom de l'abbé Charles-Irénée Lagorce, clerc de Saint-Viateur, qui avait deux sourds dans sa paroisse qu'il voulait faire communier. Connaissant l'expérience de l'école de Saint-Hyacinthe, il invita M. Caron à venir instruire les jeunes sourds directement dans son presbytère afin de les préparer pour leur communion.

Pendant ce temps, Mgr Bourget poursuivait toujours sa sensibilisation du gouvernement afin que ce dernier accepte d'offrir une bonne éducation aux jeunes sourds, mais le gouvernement refusait de s'en occuper. Fatigué d'attendre, Mgr Bourge