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Sommaire

Léon Bossé |
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Avant l'an 2000...
Après l'an 2000...
Maintenant.. |
Rassurez-vous, il n'est pas question de vous
«tarabuster» avec le bogue du passage au nouveau millénaire ! L'Association des Devenus
Sourds et des Malentendants du Québec, pensée en 1981 et fondée officiellement en juin
1982, va comme vous et moi je l'espère, franchir le cap de l'an 2000 sans coup férir.
Mais cet événement nous procure l'occasion de faire le point, de nous resituer face à
notre vie associative. Les années d'existence de l'A.D.S.M.Q., pas plus que le nombre de
membres ont peu de signification si la priorité n'est pas centrée d'abord et avant tout
sur la personne atteinte de déficience auditive. Le but essentiel à poursuivre est
d'amener chaque personne à s'aider elle-même dans la maîtrise de sa déficience
auditive et ensuite d'aider les autres personnes qui vivent des situations semblables - il
y en a plus de 250,000 au Québec - à faire face plus sereinement et plus complètement
à leur devenu-devenant surdité.
C'était vrai AVANT L'AN 2000 ; ce le sera toujours et encore APRÈS L'AN 2000. Le
changement du millénaire, comme tel, n'aura aucun impact direct ou indirect sur notre
déficience auditive. Ce sont les circonstances et les événements, et bien sûr, la
manière que chacun met à les affronter, qui, au jour le jour, façonnent l'amélioration
ou la dégradation de notre vécu.
Chacune, chacun des membres pourrait raconter sa petite histoire AVANT-APRÈS sa
participation à l'A.D.S.M.Q. Le plus grand nombre pourrait témoigner, de l'influence
bénéfique de l'Association sur leur quotidien. Ils, elles ont appris à vivre et à
gérer plus efficacement leur déficience auditive ; à rester ou à redevenir des membres
actifs et impliqués dans leur milieu familial, professionnel et social.
En fait le rôle de l'Association - et il est capital - aura été de les amener à
prendre la décision (parfois ardue) d'agir. Ils ont décidé de s'aider eux-mêmes, de
prendre le contrôle de leur vie.
«Une personne peut contrôler des milliers d'autres personnes, des milliers de fois ;
mais aussi longtemps qu'elle ne s'est pas contrôlée elle-même, elle n'est rien».
(Proverbe bouddhiste)
L'A.D.S.M.Q. est ce qu'en font ses membres. L'Association n'appartient pas au Conseil
d'administration, pas plus qu'elle n'appartient à quelque administrateur que ce soit.
Elle appartient à chacune et à chacun de ses membres. M ais voilà une responsabilité
qui vient avec cette appartenance : la participation concrète à la bonne marche de
l'organisme.
« La nature humaine étant ce qu'elle est, il y a toujours quelqu'un pour exploiter le
vide que vous laissez. Qui peut, ensuite se plaindre au sujet de décisions ou
d'orientations avec lesquelles il n'est pas d'accord, alors qu'il est resté silencieux et
en marge de la participation à la bonne marche de l'Association. » (Rocky Stone, fondateur de l'Association des malentendants américains.)
Durant les dix-sept dernières années, plusieurs personnes se sont généreusement et
loyalement impliquées dans l'administration de l'A.D.S.M.Q. Il faut sûrement les en
remercier ; cependant il faut ABSOLUMENT que d'autres les rejoignent. Beaucoup, de défis
ont été relevés, certains gains sont acquis mais il reste beaucoup à faire pour les
sauvegarder d'abord et pour aller vers de nouveaux sommets d'autonomie et d'intégration.
Mon mot de la fin n'est ni pour AVANT L'AN 2000 ni pour APRÈS L'AN 2000, il est pour
MAINTENANT. Il est pour tous les « AUJOURD'HUI et MAINTENANT » que la Providence nous
réserve et nous donne. Je le traduis par ce souhait sincère « Que chaque membre de
l'A.D.S.M.Q. relève ce défi formidable d'assumer pleinement sa déficience auditive et
de faire en sorte d'être une personne activement impliquée dans la poursuite des buts et
des objectifs de l'Association des Devenus Sourds des Malentendants du Québec ».
Sourdine # 120 |
| Sommaire |
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Défense collective
des droits
et promotion des intérêts
par Léon Bossé |
| Première partie Le gouvernement du Québec a déposé en septembre 2001 une nouvelle politique de reconnaissance et de financement de l'action communautaire autonome. Cette politique est énoncée dans un document : «L'action communautaire, une contribution essentielle à l'exercice de la citoyenneté et au développement social du Québec.»
Par cette politique, le gouvernement du Québec s'engage à reconnaître le rôle et l'autonomie des organismes communautaires, les caractéristiques propres de l'action communautaire autonome ainsi qu'un mode de financement spécifique en appui à la mission globale des organismes. En outre, le gouvernement s'engage à réserver le Fonds d'aide du Secrétariat à l'action communautaire autonome (SACA) pour le financement des organismes dont la mission principale ou unique est la défense collective des droits.
L'Association des devenus sourds et des malentendants du Québec (A.D.S.M.Q.) a toujours été identifiée et reconnue, par sa Charte et par son «vécu», comme organisme communautaire autonome voué uniquement à la défense collective des droits des personnes atteintes de déficience auditive. De ce fait, son financement relèvera, en vertu de la nouvelle politique, uniquement du SACA.
Je me permets de vous rappeler que depuis sa fondation (1982), l'A.D.S.M.Q. a d'abord été financée par le programme de Soutien aux organismes de l'OPHQ. Puis s'est ajoutée annuellement, depuis 1985, une subvention du S.O.C. (Ministère de la Santé et des services sociaux — Soutien aux Organismes Communautaires) et finalement depuis 1999 une subvention annuelle du SACA.
Selon la nouvelle politique, le financement de l'A.D.S.M.Q. relèvera donc uniquement du SACA. Pour les trois prochaines années, le gouvernement s'est engagé à ce que le nouveau mode de financement assure aux organismes communautaires au moins l'équivalent de ce qu'ils recevaient, jusqu'à maintenant, des différents programmes de subventions gouvernementales.
Dans la nouvelle politique sur l'action communautaire, la défense collective des droits est décrite comme incluant les composantes suivantes :
ldes activités d'éducation populaire autonome axées sur
les droits et la vie démocratique
des activités de représentation
des activités de mobilisation sociale
une action politique non partisane.
Ces quatre catégories d'activités ne sont pas nécessairement pratiquées avec la même intensité par tous les organismes de défense collective des droits; il faut toutefois qu'un organisme n'exclue aucune de ces dimensions pour pouvoir être considéré comme un organisme dont la mission unique est la défense collective des droits.
1. L'éducation populaire autonome
Il s'agit d'une démarche de prise de conscience en regard d'une situation particulière, démarche qui vise la prise en charge et l'autonomie. L'organisme renseigne, informe, éduque, outille, sensibilise, favorise la création de liens entre les personnes qui vivent des situations semblables et parvient à susciter la mobilisation sociale.
À titre d'exemple, je cite les causeries-échange; les pratiques de lecture labiale et de LSQ; le SOURDINE, bulletin d'information; les rencontres d'intégration, etc.
2. La mobilisation sociale
La mobilisation dans le présent contexte évoque l'action collective impliquant les membres de l'organisme et parfois des communautés plus larges. La mobilisation peut prendre différentes formes, allant de la manifestation pacifique à l'envoi massif de courrier en passant par différents types d'intervention auprès de la population en général et des autorités gouvernementales ou autres. Pensons à la manifestation pacifique de juin 2000 devant le Parlement à Québec.
3. Les activités de représentation
La représentation constitue une façon de faire connaître aux autorités gouvernementales compétentes les points de vue des organismes sur les politiques et orientations gouvernementales ou sur les changements qui devraient être apportés à certaines lois, règlements, pratiques ou politiques pour assurer un meilleur exercice des droits des personnes qu'ils représentent. Cette forme de défense des droits vise les droits de toutes les personnes
touchées par un problème quelconque, et non pas seulement les droits des personnes membres de l'organisme. Le mot collectif a ici une double portée. La démarche de représentation est faite par un groupe pour une collectivité plus large que le groupe lui-même
Dans le dossier «réparation des aides auditives» les membres de l'A.D.S.M.Q. représentaient TOUTES les personnes atteintes de déficience auditive et défendaient le droit d'avoir accès à la couverture des coûts de réparation au même titre que les personnes atteintes de cécité ou de déficience motrice.
4. L'action politique non partisane
Il s'agit de l'action politique qui s'exerce en dehors des partis politiques reconnus comme tels et qui couvre, entre autres, les activités qui consistent à «faire l'analyse des politiques gouvernementales et des projets de loi» pour en saisir la portée et les conséquences et pour mettre en place les stratégies pour assurer les suivis qui apparaissent pertinents.
Dans les prochaines parutions du SOURDINE, j'aurai l'occasion de vous entretenir de la défense des droits des personnes déficientes auditives qui se traduit par la défense des différents dossiers actuellement sur la «table gouvernementale».
Il m'a semblé important de vous informer — dans l'immédiat et sommairement bien sûr — en quoi consiste la nouvelle politique gouvernementale concernant la reconnaissance et le financement d'un organisme communautaire autonome de défense collective des droits. Il faut nous assurer que l'A.D.S.M.Q. continue à investir ses énergies prioritairement et majoritairement dans les quatre composantes de la défense collective des droits déterminés par la politique. C'est la seule avenue qui saura nous assurer le financement nécessaire à la poursuite efficace du bon travail accompli durant les vingt dernières années visant la défense collective des droits des personnes déficientes auditives.
Sourdine 137 (novembre/décembre 2002) Deuxième
partie
Dans la parution de Sourdine de novembre-décembre 2002, j'ai esquissé à grands traits ce qui constitue la base de la nouvelle politique gouvernementale concernant les organismes d'action communautaire autonome voués à la défense collective des droits.
Il y a lieu de bien cerner ce que sous-tend l'expression : DÉFENSE COLLECTIVE. De par son essence même, l'action communautaire autonome renvoie à la prise en charge du milieu par le milieu lui-même. Pour nous, " le milieu dont il faut prendre charge " c'est celui de la déficience auditive vécue par TOUTES les personnes atteintes de déficience auditive à quelque degré que ce soit et par les personnes de leur entourage. " Par le milieu" ce sont les personnes qui se regroupent - chacune et chacun des membres de l'A.D.S.M.Q. ou d'autres associations de personnes atteintes de déficience auditive - qui unissent leurs forces, leurs compétences, leurs expériences pour travailler à la résolution des problèmes engendrés par la déficience auditive.
Voyons par un exemple concret. Lorsque fut supprimée la couverture des coûts de réparation des aides auditives, l'A.D.S.M.Q. a mobilisé ses membres, a déployé la force, l'énergie, la compétence de ceux-ci pour amener le gouvernement du Québec à revoir et corriger une situation discriminatoire envers les personnes atteintes de déficience auditive. Discriminatoire parce qu'il continuait d'assumer les coûts de réparation pour les aides visuelles et motrices, tout en refusant le même traitement aux aides auditives. Après quatre ans de démarches, d'interventions, de pressions et à la suite d'une manifestation pacifique devant le Parlement - tout ça, en collaboration et avec l'appui d'autres associations de personnes concernées par la déficience auditive - nous avons obtenu gain de cause. La " bagarre " menée par les membres des associations (quelques milliers) a été profitable à TOUTES les personnes utilisant des aides auditives (plus de 185,000 personnes) DÉFENSE COLLECTIVE : par le milieu (souvent restreint), pour le milieu (qui lui, regroupe l'ensemble des personnes concernées). En toute simplicité, mais aussi en toute honnêteté, l'impact de la réussite dans ce dossier a largement dépassé les seuls droits des personnes déficientes auditives. Il est évident que le principe de l'équité garanti par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne doit s'appliquer à TOUTES les personnes utilisant des aides de suppléance, quelle que soit le genre de déficience : auditive, motrice, visuelle. En
remettant en vigueur la couverture des coûts de réparation des aides auditives, le gouvernement reconnaît implicitement que toutes les personnes atteintes de l'une ou l'autre des déficiences doivent se voir garantir l'accès à des aides de suppléance en " état de fonctionnement adéquat ".
D'accord donc, avec la DÉFENSE COLLECTIVE telle qu'entendue dans la nouvelle politique, et telle que nous l'avons d'ailleurs toujours défendue à l'A.D.S.M.Q. Le mot " DROITS " mérite lui aussi d'être bien compris. Il peut s'agir aussi bien des droits individuels que des droits collectifs, comme il peut s'agir tant des droits fondamentaux inscrits dans les chartes des droits et libertés que des droits résultant de l'application de toute autre loi ou règlement en vigueur au Québec. Il faut rappeler que les organismes de défense collective des droits sont souvent les premiers à sensibiliser la population à des situations discriminatoires qui exigent une intervention du législateur. La défense collective des droits ne porte pas que sur les droits reconnus, mais porte aussi sur les droits à faire reconnaître.
Je termine avec un cas très précis. La loi (Code national du bâtiment) oblige les édifices publics - un édifice de plus de huit logements est considéré édifice public - à être muni d'un système d'alarme central. Il en va de la sécurité des résidants. Et ma sécurité ? Notre sécurité ? Pour tous les intervenants contactés, du ministre jusqu'au concierge, un système d'alarme c'est sonore, " une grosse cloche rouge" ! ! Mais même grosse et rouge la dite cloche ne m'est d'aucune utilité pour assurer ma sécurité dans la même mesure que le Code voit à assurer la sécurité des personnes entendantes. Oui, comme tous les résidants j'ai un détecteur de fumée dans mon appartement. Le mien est adapté "visuel" mais le système d'alarme central exigé par le législateur n'est pas adapté à ma déficience auditive. Je n'ai pas accès à la même sécurité que les autres résidants. Oh ! Bien sûr, quelque petit génie a trouvé une solution lumineuse en installant un gros phare rouge rotatif (style voiture de pompiers) tout à côté de la grosse cloche dans le corridor de l'édifice. Mais à trois heures du matin ou à quelque heure que ce soit, je ne suis habituellement pas dans le corridor... mais dans ma chambre ou dans un autre coin de mon appartement.
Il faut de toute nécessité qu'un signal lumineux ou vibrant, couplé au système d'alarme central, soit installé DANS mon appartement - minimalement - et dans chacune des chambres à coucher. En fait la solution la plus adéquate serait l'installation de prises de courant spécialement reliées au système d'alarme central. C'est au résidant déficient auditif qu'il reviendrait d'y brancher soit une lumière ou un clignotant, soit un vibrateur qui serait déclenché en même temps que le système d'alarme central.
Il va falloir mettre de l'énergie, de la pression, de la patience pour bénéficier enfin de la même sécurité que monsieur et madame tout le monde ! Dans la prochaine chronique, il sera question de la défense collective de notre droit à communication adaptée répondant aux besoins des personnes déficientes auditives.
Léon Bossé
Sourdine # 138 (janvier/février 2003)
Troisième partie:
" Nous vivons dans un monde de communications ". Être citoyen à part entière, c'est pourvoir réellement et effectivement vivre DANS ce monde de communication en toute égalité. En nous concentrant sur le domaine des communications orales-verbales-sonores, il est indéniable que la personne sourde ou malentendante se voit, à priori, contrainte de demeurer en MARGE de ce monde des communications. Inutile ici de vouloir jeter le discrédit sur qui que ce soit. La réalité toute simple autant que brutale tient au fait que la déficience auditive dresse un mur, plus ou moins étanche, entre " nous et eux"; entre les " mal " et les " bien " entendants !
Depuis les tout débuts de son existence, l'ADSMQ défend, pour chaque personne atteinte de déficience auditive, le droit à une communication pleine et entière. Je me rappelle très bien mes premières " escarmouches " (1983) avec des représentants du ministère de la Santé et des services sociaux d'alors. "Soyez réalistes ! Vous rêvez en couleurs ! Vous devez apprendre à composer avec les limites de votre déficience ! " Les dossiers traitaient d'accès à la téléphonie, du sous-titrage, de l'interprétation orale, d'amplification adaptée : infra-rouge, F.M., boucle magnétique. . .
Les anciens disaient : " Il doit bien y avoir moyen de moyenner "; les plus jeunes proclament : " Les droits, ça ne se donne pas, ça se prend "! Cultivant à plein notre droit de rêver, utilisant des moyens réalistes, nous avons pu composer un arsenal de moyens de communication adaptés qui nous ont permis de repousser les limites de notre déficience. Le mur, plus ou moins étanche, n'est pas disparu, ne disparaîtra probablement jamais, mais certains l'ont escaladé, d'autres l'ont contourné, un bon nombre en sont encore à se demander comment percer ce foutu mur ? Reconnaissons que depuis 20 ans il y a eu progrès.
L'accès au programme des prothèses auditives, limité aux 35 ans et moins, a été étendu jusqu'aux 99 ans . . . et plus.
On a vu arriver le téléscripteur (ATS) et la mise en place du service relais téléphonique. Les systèmes d'amplification adaptée sont timidement entrés dans notre quotidien. Les décodeurs de sous-titrage, puis plus tard, la " puce " intégrée au téléviseur, nous ont permis l'accès à ce médium de communication. Le sous-titrage codé, malgré des lacunes évidentes, nous amuse parfois avec ses " rebus " : Il y a du " rat trappe âge " à faire de ce côté!
Le monde des nouvelles technologies a produit l'implant cochléaire qui ouvre de nouveaux horizons sonores.
Bien sûr, ce sont là des moyens. Savoir en faire un choix et un usage judicieux, c'est vraiment exercer son droit à une communication plus efficace, plus satisfaisante. Bien sûr aussi, l'accès à certains de ces moyens est souvent tributaire de l'AUTRE des autres. Un exemple pour illustrer.
Il y a quelques mois, une personne membre de l'A.D.S.M.Q. déplorait le fait que la Salle André Mathieu à Laval, ne disposait pas de système d'amplification adaptée pour les personnes déficientes auditives. Pourtant, le Code national du bâtiment stipule spécifiquement à l'article 3.8.3.7 :
1) Sous réserve du paragraphe 2, à l'intérieur d'un établissement de réunion, les salles de classes, les auditoriums, les salles de réunion et les salles de spectacle qui ont plus de 100 mètres carrés de surface, doivent être équipés d'appareils d'aide à l'audition desservant toute la salle.
2) Lorsque les appareils d'aide à l'audition exigés au paragraphe 1 ont un système à boucle à induction, celui-ci peut ne desservir que la moitié de la salle.
La salle en question a beaucoup que plus 100 mètres carrés de surface et devrait donc être " adaptée ". " L'AUTRE " soit l'architecte, le promoteur ou le propriétaire, n'a pas respecté les exigences du Code national du bâtiment. La personne concernée a bien raison d'être frustrée et ce serait la pire solution pour elle que de s'abstenir à l'avenir. Cette personne s'est vue nier son droit à une accessibilité adaptée à sa déficience auditive. Ce sont toutes les personnes déficientes auditives qui voudraient assister à un spectacle à cet endroit qui se voient refuser ce même droit.
Il s'agit bien ici de «défense collective» d'un droit tel que décrit dans le SOURDINE de janvier-février 2003. Une seule personne peut intervenir auprès des responsables de la salle de spectacle; plusieurs personnes peuvent le faire ensemble. Je suis convaincu qu' elles finiront bien, avec patience et ténacité, par obtenir des résultats positifs.
La défense collective des droits c'est toi, c'est moi, c'est nous pour le bénéfice de toutes les personnes déficientes auditives.. Au prochain numéro : le droit aux services d'interprétation pour une communication adaptée et adéquate.
Sourdine # 139 mars / avril 2003
Quatrième partie
Le Gouvernement du Québec adoptait, en 1978, la Loi 9 "Loi assurant l'exercice des droits des personnes handicapées" et instituant l'Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ). Lors de l'entrée en vigueur de la Loi 9, les buts visés et les mandats conférés à l'OPHQ étaient justifiés, compte tenu du peu de programmes, d'incitatifs et de mesures permettant l'inclusion des personnes ayant des limitations fonctionnelles à la société québécoise.
Durant la période 1978-1990, le gouvernement du Québec et l'OPHQ ont dressé les balises d'une société plus juste. À cet effet le gouvernement se dotait, en 1985, d'une Politique d'ensemble À part... égale visant la mise en œuvre et le fonctionnement d'une organisation sociale sans discrimination pour les personnes ayant des limitations fonctionnelles.
Ce travail a vu ses efforts bénéfiques freinés depuis 1990 par l'objectif "déficit zéro" du gouvernement, par le transfert des programmes d'aide matérielle de l'OPHQ vers différentes instances gouvernementales sans que soit assuré un suivi sérieux et efficace. Mais par-dessus tout, nous constatons la dégradation des conditions de vie des personnes atteintes de déficience, due au fait que la Loi assurant l'exercice des droits des personnes handicapées, incitative dans son essence même, ne saurait donner à l'OPHQ des pouvoirs pour imposer aux nouveaux mandataires des programmes d'aide matérielle l'obligation de résultat que nous sommes en droit d'exiger.
Le 13 décembre 2002, Monsieur Roger Bertrand, Ministre délégué à la Santé et aux services sociaux, déposait le Projet de Loi 155, révisant la Loi 9. Attendu depuis presque 5 ans, le projet de Loi 155, non seulement nous déçoit profondément mais nous questionne énormément sur la réelle volonté politique à faire, de l'inclusion pleine et entière des personnes ayant des limitations fonctionnelles et de leur participation sociale, un enjeu de société.
Le Centre québécois de la déficience auditive (CQDA), dont l'Association des devenus sourds et des malentendants du Québec (ADSMQ) est membre, a jugé urgent d'intervenir auprès de la Commission des affaires sociales, en présentant un mémoire qui démontre l'inefficacité de la Loi 9 et l'impuissance de l'OPHQ à assurer l'exercice des droits des personnes handicapées et comment sa révision actuelle, telle que proposée par le Projet de Loi 155, demeure insuffisante pour permettre l'inclusion des personnes vivant avec une déficience auditive dans tous les aspects de la société québécoise.
Rappelez-vous les quatre longues années qu'il vous aura fallu attendre pour que soit remise en vigueur la couverture des frais de réparation des aides auditives. L'impuissance de l'OPHQ et l'inefficacité de la Loi 9, nous auront obligés à intervenir auprès de la Commission des droits de la personne, auprès du Protecteur du citoyen, auprès de la Commission d'accès à l'information. Il nous aura fallu engager des avocats pour mettre en branle un recours devant les tribunaux du Québec. À la veille
de ce recours légal, le ministre de la Santé et des services sociaux a remis en vigueur la couverture des frais de réparation des aides auditives.
Depuis plusieurs années, nous intervenons pour que soient assurés la totalité des besoins d'interprétation pour les personnes sourdes ou devenues sourdes. En septembre 2000, le ministère de la Santé et des services sociaux a mis en place un Comité de travail à ce sujet. Comme représentant du CQDA et des personnes utilisatrices des services d'interprétation j'ai participé " activement et intensément " à toutes les réunions de ce groupe de réflexion et de travail. Prêt depuis mars 2002, le mémoire de ce Comité n'est devenu " officiel " qu'en février 2003, suite à la signature de la sous-ministre adjointe, Madame Renée Lamontagne. Là encore, il aura fallu de multiples interventions du CQDA pour " faire sortir officiellement " le document. L'appui de l'OPHQ aura été un appui moral ! Il reste encore énormément de travail à faire pour que les recommandations de ce mémoire, visant l'accès à des services d'interprétation de qualité et en quantité suffisante pour répondre aux besoins des personnes déficientes auditives, deviennent réalité. Dans le contexte actuel de la Loi 9, et suite au dépôt du projet de Loi 155, qui sont essentiellement dotées d'un pouvoir de consultation, de collaboration, et d'incitation, je ne vois vraiment pas comment l'OPHQ, s'appuyant sur ces lois sans vrai pouvoir contraignant (qui oblige) pourra intervenir auprès des différents ministères pour exiger leur implication réelle dans la fourniture des services d'interprétation relevant de leur mandat respectif : santé, justice, travail, éducation, formation professionnelle, etc. tel que le prévoit toujours le décret no 88-151 émis par le Conseil des ministres le 29 juin 1988 : "d'accepter le principe de la compensation des conséquences financières des limitations fonctionnelles dans la détermination de l'aide matérielle, en autant que l'Office des personnes handicapées et les ministères et organismes concernés ne défraient que les dépenses essentielles à l'intégration d'une personne handicapée selon la solution la plus économique et selon les modalités précises. "
Au moment de compléter cet article, on annonce la tenue d'élections pour le 14 avril 2003. Quand vous le lirez ce sera chose faite ! C'est dire que le Projet de Loi 155, n'ayant pas franchi l'étape de l'approbation par le Conseil des ministres, devra être remis au feuilleton de l'Assemblée nationale après la mise en place du nouveau Conseil des ministres et repasser au travers des différentes étapes menant à sa sanction. Après les tentatives de 1997 - 2000 - 2001 - 2003, peut-être que cette fois-ci, ce sera la bonne !
Espérons que chose remise ne deviendra pas chose omise.
Sourdine # 140 [mai/juin 2003]
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Depuis quelque temps,
Pierre n'est pas jasant jasant, lui qui pourtant était réputé avoir, comme on dit, une
"grande gueule". Conseiller à la mairie de son village pendant plusieurs
années, il ne laissait pas un dossier passer sans questionner haut et fort, exigeant des
réponses à grand renfort de coups de poing sur la table.
À la fin de son troisième mandat, en
1989, il ne s'est pas représenté, décidant après plus d'une douzaine d'années de
service de se retirer de la politique municipale. "Son âge", ont présumé
certains. "L'affaire de la taxe d'eau qu'il n'a pas digérée", ont dit certains
autres. Bref, on a pensé à toutes sortes de raisons qui auraient pu expliquer son
départ. Pierre a un problème d'audition. Ses oreilles lui jouent des tours et ne sont
plus aussi fidèles qu'avant. Plusieurs sons lui échappent, surtout s'il y a du bruit
autour ou s'ils sont de faible intensité. Il a désormais de la difficulté à saisir une
partie de ce qu'on lui dit et souvent, il confond des mots qui se ressemblent : il entend
"six" au lieu de "dix", "lapin" au lieu de "sapin"
et ainsi de suite.
Pierre sent qu'il n'est plus comme
avant, qu'il ne s'amuse plus en groupe, qu'il a de la difficulté à suivre les
conversations avec ses petits-enfants, qu'il n'arrive plus à saisir les farces, qu'il
comprend de travers. Il sent qu'il change mais il ne sait pas trop ce qui lui arrive. Il
ne peut pas mettre le doigt dessus. Son entourage observe en effet que Pierre répond
souvent de travers, qu'il répond moins au téléphone et qu'il écoute la télévision à
tue-tête. On attribue cependant ses changements de comportement à de la mauvaise
volonté ou à un refus de répondre. On commence même à l'accuser d'entendre
"quand il veut". En particulier, sa femme souffre de son attitude de repli au
point de penser que son mari n'est plus intéressé par ce qu'elle lui dit.
Un problème invisible
Si les problèmes d'audition sont plus
courants qu'on ne le pense - ceux-ci touchent plus de 50 % des personnes après l'âge de
65 ans - ils passent souvent inaperçus. En effet, parce qu'il s'agit d'une déficience
invisible qui progresse lentement, il est souvent difficile de reconnaître la surdité.
Et faire le lien entre les difficultés rencontrées et le fait d'avoir une perte
d'audition sera d'autant plus difficile si on ne connaît pas les signes ou les
manifestations de la surdité. C'est le cas de Pierre et de ses proches qui
voient des changements mais ne comprennent pas ce qui se passe.
Outre le fait qu'elle soit difficile à
identifier, la surdité est un mal que l'on n'ose pas afficher : "Je vais avoir l'air
d'un vieux, on va peut-être penser que je deviens sénile..." C'est donc aussi la
crainte de faire moins bonne figure ou d'être exclu qui nous empêche de reconnaître
ouvertement une perte d'audition. On accumule les frustrations et les malentendus. La
personne malentendante peut même en arriver à se retirer de la vie sociale. Anxiété,
stress, isolement, perte d'autonomie, image de soi altérée, moins bonne qualité de vie,
dépression, sont autant de conséquences qui peuvent découler d'un problème d'audition.
Un problème complexe
Un problème d'audition amène une
brisure dans le processus de communication et si la personne atteinte vit bel et bien des
choses difficiles, ses proches en subissent eux aussi les contrecoups. Avec l'apparition
de la déficience auditive dans la vie de l'un, c'est la vie de tous qui est chambardée.
Des études récentes, effectuées par l'équipe Espace [Équipe sociale pour les
personnes âgées en communication avec leur environnement] de l'Université de Montréal,
subventionnée par le Conseil québécois de la recherche sociale [CQRS] ont en effet
démontré que la déficience auditive amenait des problèmes non seulement à la personne
malentendante mais aussi à son entourage. Pourquoi ? Parce qu'il est clair qu'un
problème d'audition est d'abord et avant tout un problème de
COMMUNICATION.
Lorsqu'une personne est aux prises avec
un problème d'audition, ses proches observent que la communication ne fonctionne plus
aussi bien, qu'on n'est plus sur la même longueur d'ondes et qu'on se parle de moins en
moins. Ils doivent en effet constamment répéter, parler plus fort, tolérer le bruit de
la télé ou de la radio qui joue trop fort, répondre au téléphone de même que de
limiter leurs activités sociales parce que la personne refuse de sortir en groupe. La
perte d'audition vient modifier les façons habituelles d'être et de vivre ensemble. Et
si les ajustements qu'elle implique ne sont pas négociés de façon satisfaisante pour
tous, la qualité des relations est compromise.
Un problème d'audition est d'abord et
avant tout un problème de COMMUNICATION
Si les moyens traditionnels d'agir
sur la surdité consistent à prescrire une prothèse à la personne malentendante,
l'équipe Espace ayant intégré dans l'analyse les conséquences psychologiques et
sociales du handicap tente de définir des stratégies complémentaires qui permettent de
s'attaquer aux différents aspects du problème. Une telle approche inclut notamment la
participation active de l'entourage. En effet, parce qu'un problème d'audition est
d'abord un problème de communication, le processus de résolution du problème doit, pour
être efficace, impliquer non seulement les personnes aux prises avec le problème
d'audition mais aussi leurs proches. Chaque cas est particulier. Cependant, voici quelques
conseils pouvant faciliter la communication.
1. Réduire les bruits ambiants
Les personnes ayant une perte
d'audition entendent moins bien quand il y a du bruit autour. Si vous avez un problème
d'audition, il est alors souhaitable avant de commencer à parler, d'éliminer les bruits
ambiants : télévision, radio, système de ventilation ou de climatisation.
2. Favoriser un contact visuel
En tout temps, il est bon de
s'assurer que l'éclairage soit adéquat, lorsque la communication implique une personne
malentendante. Bien voir la figure de son interlocuteur donne beaucoup d'indices sur ce
qui est dit. Approchez-vous donc et essayez de garder un bon contact visuel. De même,
évitez de mâcher de la gomme et gardez vos mains loin de votre bouche. Évitez de lui
parler en provenance d'une autre pièce.
3. Communiquer dans un groupe
Pour la personne malentendante, il
est particulièrement difficile de suivre les conversations en groupe, lors d'un souper
entre amis par exemple ou dans des activités sociales. On peut alors tenir compte de la
situation en évitant de parler tous à la fois, en s'assurant qu'il y ait assez de
lumière et que les visages soient visibles. Tous devraient regarder en face la personne
lorsqu'ils s'adressent à elle.
Et en tout temps elle devrait
être en mesure de savoir qui parle. Il ne sert à rien de crier ou de parler trop fort.
Il s'agit plutôt de bien articuler, sans exagérer cependant.
4. Communiquer dans les lieux
publics
Les lieux publics posent
fréquemment problème : restaurant, centre commercial, autobus ou métro, bureau du
médecin, banque ou salle d'attente d'hôpital sont autant d'endroits où les bruits
ambiants et la réverbération (l'écho) peuvent nuire à la communication.
Sachez alors qu'il est efficace
soit de s'arrêter pour se parler, soit de se retirer dans un endroit plus isolé pour le
faire. Au restaurant, on peut par exemple réserver une table plus discrète sur le côté
plutôt qu'en plein centre de la salle, ou encore se présenter en dehors des heures de
pointe. De même, au théâtre, au cinéma ou à l'église, on peut se placer à l'avant
afin d'améliorer l'écoute. Il est par ailleurs à noter que plusieurs salles de
théâtre et de cinéma de la région de Montréal sont dotées de systèmes
d'amplification pour les personnes malentendantes et qu'il s'agit tout simplement de le
demander pour y avoir accès. Comme on peut le voir, les avenues de solution sont
multiples. Et cette liste de conseils n'est pas exhaustive, puisque chaque cas demeure
particulier. L'essentiel est de voir qu'il est possible de s'ajuster aux difficultés de
communication qui découlent d'un problème d'audition par des moyens simples et
satisfaisants pour tous.
En conclusion
Pour l'être humain, il est vital
de pouvoir échanger, communiquer avec les autres. En ce sens, l'enjeu de la surdité est
de taille puisqu'il s'agit de maintenir cette communication. Lorsque les personnes
touchées par la surdité et la société en général sauront en reconnaître les signes
et mettre en oeuvre des stratégies (attitudes et comportements) adaptés à la vraie
nature du problème, de grandes avancées pourront alors être réalisées pour le
mieux-être de tous.
Source: Mirage, été 1999,
vol. 8, no 5. Par Louise Getty, directrice et Chantal Lefebvre, agente de recherche,
équipe Espace..Source: Mirage, été 1999,
vol. 8, no 5. Par Louise Getty, directrice et Chantal Lefebvre, agente de recherche,
équipe Espace..
Yves Dion
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| Sourdine # 118 [juillet / août 1999] |
| Sommaire |
Le jour même de la
Saint-Valentin, en février 1946, un général américain face à un parterre de
dignitaires et d'ingénieurs réunis à l'Université de Pennsylvanie, appuyait sur un
bouton et inaugurait ainsi l'ère des ordinateurs. Le général Gladeon Barnes faisait, il
y a 53 ans, la première démonstration publique d'un ordinateur. Un appareil gigantesque
de 30 tonnes d'acier, de tubes et de fils électriques, reconnu comme étant le premier
ordinateur "électronique" au monde. Cet événement a lancé l'ère de
l'informatique. Et depuis, l'ordinateur na cessé de devenir de plus en plus petit
et omniprésent.
De nos jours on ne peut pas imaginer continuer à s'informer et être au courant des
dernières inventions sans l'emploi de l'ordinateur. Spécialement nous, «personnes
vivant avec une surdité». Devant notre écran cathodique, les problèmes de notre
surdité s'éclipsent. Si vous avez déjà pris le train de l'informatique, c'est
excellent, continuez à vous perfectionner. Sinon ne tardez pas à le prendre. Il n'est
jamais trop tard pour bien faire. Le poème encadré et que j'aimerais partager avec vous
confirme mes dires.
Le professeur et ses
élèves
Travaillez, prenez de la peine,
c'est le fond qui manque le moins.
Un illustre professeur d'informatique,
sentant la fin de ses cours arriver,
fit venir ses élèves, leur parla sans témoin.
Gardez-vous, leur dit-il, de cesser
d'approfondir vos acquis en électronique,
et vos lectures sur votre écran cathodique.
Une formule magique y est cachée.
Le premier qui trouvera cette formule
sera très vite plus riche que Bill Gates et
de loin plus célèbre que Gutenberg.
Je ne connais pas la formule, mais un peu d'astuces
vous la fera trouver. Vous en viendrez à bout.
Appliquez tous vos logiciels. Attention aux virus !
Révisez tous vos cours. Allez jusqu'au bout.
Des raccourcis claviers ne laissant aucune touche
sans que les doigts n. fois ne passent et repassent.
Les cours terminés, les élèves se mirent au travail.
Deçà, delà, partout, si bien qu'au bout de l'an,
tous se sentirent très à l'aise devant leur écran.
Plus d'énigmes de logiciels, plus de failles.
De formule magique, point de cachée.
Mais le maître fut sage de leur montrer
avant de les quitter. Et il n'eut pas tort.
Que la bonne maîtrise de l'informatique
et le bon usage de l'électronique,
sont de nos jours un grand trésor.
Moralité : Il existe à L'IRD,
un centre de communication adaptée
pour les personnes vivant avec une surdité.
Vite, joignez-vous au centre pour en profiter !
Edmond Jarjour
Texte inspiré de la Fable
Le laboureur et ses enfants de Jean De Lafontaine
|
Parmi ceux qui donnent les cours à l'I.R.D, il y a notre ami Gilles Lauzon, le rédacteur
en chef de Sourdine. En composant ce poème, croyez-moi, j'ai pensé entre autres à lui.
Malgré sa surdité, profonde Gilles s'est mis à l'informatique seul après avoir en
quelques heures d'explications élémentaires appris les rudiments de l'ordinateur. C'est
un exemple à suivre. Gilles est perfectionniste et motivé à toujours améliorer "
Sourdine". Preuve en est, vous avez certainement remarqué un changement notable dans
le dernier Sourdine. Je me rappelle quand il a créé un site internet pour l'A.D.S.M.Q.
Il était novice dans ce domaine. Il m'a envoyé un message ainsi qu'à tous ceux qui
avaient accès à Internet en nous disant : «Nous avons un site internet pour
l'A.D.S.M.Q. Visionnez les premiers textes et faites-moi part de vos commentaires.» Il a
ajouté : «Moi, j'apprends en le faisant.» Belle phrase ! Merci Gilles et bravo!
Pour le dernier Sourdine de l'Année, du Siècle et du Millénaire, un grand merci à tous
les bénévoles de notre Association. Ils sont nombreux et je ne me hasarderais pas à les
nommer de peur d'en oublier. Ils se connaissent et je leur dis : «recevez notre
admiration et notre gratitude car sans votre implication, l'A.D.S.M.Q. ne serait pas ce
qu'elle est aujourd'hui.» Et ce n'est pas rien que d'être membre. Nous devons en être
tous fiers.
Edmond Jarjour
|
Sourdine #
120 [novembre / décembre 1999] |
| Sommaire |
| Connaître
pour Reconnaître
Pour remédier ou Pallier
par Edmond Jarjour |
Sous-titrage
Message à Messieurs les diffuseurs
Quand on a deux oreilles qui
fonctionnent normalement sans problème. Et que chacune d'elle recueille, par son
pavillon, les vibrations sonores qu'elle achemine dans le conduit auditif, qui, avec le
pavillon constitue l'oreille externe, et frappent le tympan qu'elles font vibrer. Ces
vibrations sont transmises successivement aux trois osselets (marteau, enclume, étrier);
ces osselets sont dans une cavité remplie d'air, et c'est l'oreille moyenne. Ces
vibrations seront filtrées et amplifiées avant de parvenir à l'oreille interne par la
fenêtre ovale, porte d'entrée de l'oreille interne.
Quant à l'oreille interne, elle est
constituée de la cochlée (ou limaçon) et de trois canaux enroulés en spirale et
remplis de liquides. Les canaux semi-circulaires, reliés entre eux et situés dans trois
plans perpendiculaires, ont la responsabilité de l'équilibre. Quand des milliers de
cellules sensorielles qui tapissent la cochlée reçoivent toujours sans problème ces
vibrations mécaniques pour les transformer en énergie électrique qui stimule le nerf
auditif et que ce dernier achemine ce signal au cerveau, celui-ci interprète ce signal et
l'individu a entendu une parole, de la musique ou des bruits.
Quand on peut percevoir sans problème
tous les sons normalement, différencier une même note jouée par une harpe ou un
violoncelle. Quand on ne souffre d'aucun problème d'équilibre, qu'on n'a pas besoin de
lire sur les lèvres, d'utiliser les signes ou l'écriture pour pouvoir communiquer. On
ignore de quel privilège on est nanti, de quelle grâce des ciels on jouit sans le
savoir.
Mais on perd également le bénéfice
d'avoir à se battre nuit et jour pour remédier ou pallier un don naturel chez les
autres, et c'est notre cas à nous les " personnes vivant avec une surdité ".
Et cela nous a été possible grâce à l'aide des Associations, des Regroupements et des
Instituts. Mais hélas ! Quand le fait de remédier ou de pallier ne dépend pas de nous,
nous nous trouvons dans une situation d'impuissance.
Messieurs les diffuseurs, vous que la
nature a doté de ce privilège d'entendre normalement sans efforts, mon souhait est que
toute votre vie vous jouissiez de ce privilège. Mais vous, de qui dépend la qualité et
la quantité du sous-titrage que nous recevons sur notre T.V. et les vidéocassettes, ne
croyez-vous pas après tout ce qui a été dit plus haut, qu'il vous incombe d'être
attentionnés et généreux, pour nous permettre de combler un grand vide. Ce que nous
vous demandons, c'est un droit à la communication et à celui d'être renseigné et non
un privilège.
"Donnez-moi un point d'appui et je
soulève le monde", avait dit le célèbre géomètre de l'Antiquité,
Archimède(v.287-212- a.v. J.C.). Et nous, nous vous disons, donnez-nous un point d'appui,
et nous vous étonnerons, parce qu'on pourra soulever et les défis qu'on sera capable de
relever malgré notre handicap et dans tous les domaines, même dans celui de la
communication.
Nous, qui pour pallier notre surdité,
devons appliquer nos stratégies de communication à savoir : Parler lentement, articuler,
être patient, laisser le locuteur finir sa phrase avant de répondre, etc., la bonne
écoute n'est-elle pas avant tout "présence" ? Car les obstacles et freins, à
l'écoute, viennent souvent et surtout des "surdités psychiques " dont tout un
chacun peut être affecté : Impatience, préoccupations étrangères à l'écoute,
distraction, déconcentration, ennui, et surtout perte de confiance en soi, absence de
confiance en l'autre.
Nous, dont les oreilles physiques se
sont fermées aux bruits de l'extérieur, nous qui avons lutté contre les méfaits de la
surdité physique, nous sommes capables de vous apprendre à vaincre ceux de la surdité
psychique, beaucoup plus préjudiciable à l'indispensable communication sans laquelle
aucun être humain ne peut accomplir son destin. Je clôturerai ce message par ce beau
paragraphe tiré de la revue Écouter, porte-parole de la Fraternité catholique
des sourds de France. " Car c'est la surdité psychique, et non la physique,
qui ferme le regard et le coeur à la reconnaissance et à l'accomplissement de l'autre
dans les difficiles péripéties de sa croissance dont la dernière étape - selon la
belle expression d'Élisabeth Kubler-Ross qui vient de nous quitter - est la mort : deuil
ultime ouvrant vers l'infini. " |
Sourdine # 116
[mars/avril 1999] Edmond
Jarjour |
| Sommaire |
| Sous-titrage
Vers le prochain millénaire par Edmond Jarjour |
| Ce n'est pas un hasard si le Centre Québécois de la
Déficience Auditive (CQDA), dans ses actes du Colloque de lAprès-Sommet, qui s'est
tenu les 22 et 23 mars 1997, insistait dans le chapitre : Recommandations« générales»,
sur certaines propositions qui se recoupaient et se rejoignaient, dans tous les thèmes et
dressait la liste de cinq grandes recommandations qui commençait par une sur le
sous-titrage. Par ce geste, le CQDA voulait attirer l'attention sur l'importance du
sous-titrage pour les "personnes vivant avec une surdité".
Dans les recommandations générales, nous lisions :
- Que tous les films soient sous-titrés dès leur
sortie sur vidéocassette.
- Que toutes les émissions télévisées soient
sous-titrées et que des normes de qualité soient imposées.
Et dans les recommandations par thèmes, où dans la
communication le sous-titrage occupe une place privilégiée, nous continuions à lire :
Sous-titrage francophone.
- Que l'on offre support et encouragement aux
entreprises de production de sous-titrage, que ce soit la télévision ou les vidéos.
- Que des pressions soient faites auprès du CRTC afin
d'établir des normes de qualité du sous-titrage et que l'objectif de 100% du
sous-titrage des émissions françaises soit atteint en l'an 2000.
- Que l'information sur les émissions et vidéos
sous-titrés soit diffusée par le Regroupement Québécois pour le Sous-Titrage sur le
site web « La surdité au Québec».
- Que les salles de cinéma offrent des périodes de
visionnement des films en version sous-titrée comme c'est le cas aux États-Unis.
Personnellement, j'ai eu le plaisir et l'honneur de
représenter lA.D.S.M.Q. à ce Colloque. Lors de mon inscription, j'ai fait part à
Monsieur Gilles Boucher (Président du CQDA) de mon besoin d'avoir un(e) preneur(euse) de
notes. J'ai été bien servi et j'ai pu prendre une part active à ce Colloque. J'en ai
profité et fait profiter de mon expérience et mes acquis. Je tiens à féliciter M.
Gilles Boucher et tous les organisateurs de cette belle et bénéfique rencontre.
Le but de mon intervention était de présenter et
d'expliquer d'une façon simple et constructive, combien le sous-titrage à la
télévision, sur vidéocassette et au cinéma m'apporte satisfaction ou peine, selon
qu'il est de bonne ou de mauvaise qualité et selon sa quantité. Je suis un devenu sourd
qui, pour combler sa solitude et continuer à être au courant des nouvelles nationales et
internationales ne peut suivre que les émissions sous-titrées à la télévision. Je
passe en moyenne trois heures par jour à regarder les émissions de télévision, surtout
les émissions françaises avec lesquelles je me sens le plus à l'aise. Sans être un
mordu de cinéma, j'attends avec impatience lorsqu'on parle d'un beau film, qu'il soit
sous-titré sur vidéocassette, ou lorsqu'on a la chance d'avoir une émission spéciale
pour "personne vivant avec la surdité" comme ce fut le cas pour le grand film
"L'Opus de M. Holland". Je félicite l'entreprise, qui a fourni cet excellent
sous-titrage
Le sous-titrage est pour l'isolement des "personnes
vivant avec une surdité", ce que l'oxygène est pour notre organisme. Plus il est en
abondance et de bonne qualité plus notre isolement disparaît, et plus on oublie notre
surdité. Par contre, hélas! Plus il est rare et de mauvaise qualité plus l'isolement
nous habite, et plus on se rend compte combien vivre avec une surdité est difficile.
Je ne suis nullement pessimiste, mais, au contraire, je
pêche par mon optimisme et mes grands rêves. Mais parfois, je suis vraiment frustré de
me sentir au banc de la société à cause de mon problème d'ouïe quand il me manque
certaines aides nécessaires à mon épanouissement. Je vais donc par cette causerie
exposer mes problèmes relatifs au sous-titrage et expliquer combien il est important et
même lucratif aux télédiffuseurs de perfectionner et multiplier le sous-titrage.
Dans ma lettre ouverte à l'Honorable Lise Thibault,
Lieutenant-gouverneur du Québec, parue dans Sourdine mars/avril, j'ai mentionné, :
"En tant que devenu sourd, si j'ai pu suivre ces programmes, c'est grâce au
sous-titrage, qui je l'espère continuera toujours à s'améliorer en quantité et en
qualité". Je reconnais donc et apprécie les bienfaits du sous-titrage et remercie
les personnes qui s'en occupent, au "Service gouvernemental de sous-titrage pour les
personnes sourdes et malentendantes" et le RQST qui se veut porte-parole des
téléspectateurs sourds et malentendants auprès des télédiffuseurs et des responsables
gouvernementaux (C.T.Q).
Depuis que la télévision est entrée dans presque
toutes les maisons, c'est-à-dire depuis environ 1960, le but était «d'informer, de
divertir et d'éduquer». Objectifs nobles, très nobles. Et tout de suite cette remarque
: il ne faut surtout pas que ce qui était supposé être source de plaisir devienne
source d'énervement, d'exclusion et d'insatisfaction. Et c'est ce que nous vivons et
sentons, nous, les «personnes vivant avec une surdité», quand le sous-titrage est
absent ou de mauvaise qualité.
Un peu de statistiques :
Les statistiques nous donnent le chiffre de 750 000
personnes «vivant avec une surdité» au Québec. Personnellement, je crois que c'est
encore plus, car la surdité étant invisible, beaucoup ont tendance à la dissimuler. En
admettant ce chiffre, vous êtes d'accord avec moi qu'il est assez important.
Et heureusement, ou hélas, ce chiffre est appelé à
augmenter avec le temps. Pourquoi heureusement? Car, plus les progrès de la médecine
permettront à l'homme de vivre très vieux, plus il est certain qu'un jour ou l'autre il
sera atteint d'une déficience auditive. Pourquoi hélas? Parce que la pollution par le
bruit ne fait qu'augmenter de nos jours. Ce pollueur sournois génère un handicap
invisible: la «surdité», et attaque d'autres parties de l'organisme et continuera à
nous faire beaucoup de mal. Il est temps de s'en occuper très sérieusement par le biais
de normes encore plus sécuritaires. Par la vieillesse, ou par le bruit, le nombre des
personnes vivant avec une surdité va augmenter.
Il est bon de signaler que l'art du verbe, contrairement
aux autres arts (peinture, sculpture, littérature, etc.) est un mode de communication qui
use de la durée. Et l'attention de l'homme à écouter un message faiblit pour ne pas
dire sestompe, après vingt minutes. Cette attention doit être réveillée, les
enseignants le savent, les orateurs, les prédicateurs et les politiciens commencent à le
comprendre, et ne prononcent plus ces discours ou homélies «fleuves».
Alors, comment voulez-vous que des «personnes vivant
avec une surdité», qui déjà doivent fournir un effort supplémentaire pour suivre une
émission en lisant et non en écoutant normalement, soient de plus dérangées par du
sous-titrage incomplet ou de mauvaise qualité.
Je suis un habitué des émissions, «Découvertes,
Enjeux» et surtout «Grands reportages». Ce dernier, je le suis presque à chaque jour.
A ce niveau, je ne me plains pas, sauf quand il y a un décalage inadmissible entre le
début de lémission et le début du sous-titrage.
Par exemple, pas plus tard que le samedi 30 mai dernier,
à lémission Grands reportages, le sujet était la contrebande de cigarettes. Si je
me souviens bien, cette même émission avait déjà été diffusée, donc c'était une
émission bel et bien préenregistrée. Lémission a commencé comme d'habitude par
: Mesdames et messieurs, ici Michaëlle Jean, bienvenue aux Grands reportages. Jusqu'à
maintenant, pas de sous-titrage. Lintroduction, je la connais par coeur depuis le
temps, mais ce n'est qu'après exactement sept minutes, montre en main, que le
sous-titrage apparaît. Et pour rattraper le message parlé, il fallait faire très, très
vite, ce qui ne permettait pas de suivre lémission calmement. Nous sommes tous
d'accord que, pour une entreprise qui calcule la minute et parfois les secondes, (que de
fois à lémission Le Point, jentends, ou plutôt, je lis : « il nous reste
20 secondes, essayez de résumer rapidement, » etc.) un tel décalage et une telle
imperfection sont inadmissibles. Il a fallu arriver à la première pause pour que tout
rentre dans l'ordre.
Quant aux nouvelles, mis à part les décalages, ce qui
me peine à chaque fois, c'est quand devant une nouvelle intéressante, le présentateur
nous dit: «Écoutons notre envoyé spécial sur les lieux». Cela est adressé aux
entendants, aux privilégiés. A moi, il me dit soit «nous nous excusons
», soit
«sous-titrage non disponible.» C'est à ce moment que je suis le plus peiné.
C'est frustrant. Ne sommes-nous assez nombreux? Pourquoi
alors cette discrimination? Je n'ai pas de réponse, et aucune excuse n'est acceptable.
Tout ce que je souhaite, c'est qu'on trouve au plus tôt une solution. Si moi et plusieurs
dans mon état fermons notre télé, lentreprise qui paye les publicités sera la
première perdante. Elle doit être mise au courant du nombre dauditeurs vivant avec
une surdité et accepter une majoration, si c'est une question de finances.
Le C.Q.D.A. a parlé de l'an 2000 pour arriver à un but
: 100% de sous-titrage et de bonne qualité. Je suis sûr et confiant qu'on atteindra ce
but grâce à la bonne volonté et à la motivation de tous ceux qui sont concernés. Sur
cette note optimiste, jaimerais clore ma causerie, mais avant de nous quitter, je
voudrais lancer une nouvelle idée, un nouveau rêve.
Dans le troisième millénaire, qui n'est pas loin, qui
sait si ce que nous pensons être de bonne qualité ne sera pas déjà dépassé et
insuffisant dès la première décennie du nouveau siècle. En parlant de perfectionnement
de la qualité du sous-titrage, je pense à ce que jappelle une mise en page
judicieuse pour nous permettre de voir, à la fois et sans efforts, l'image et le
sous-titrage, car ce qui compte dans un message, ce n'est pas seulement le texte, mais
lintonation, le mime, les gestes de la main, le regard, etc. A défaut d'entendre
lintonation, ne nous privez pas du reste. «La parole n'est pas tout, le silence est
de poids : plus grande est l'autorité, plus lent est le verbe et plus longs sont les
silences.» Nous devons sentir le silence ou qu'on nous le mentionne. Et pour la musique,
à défaut de sons, peut-être une suite démotion, par des couleurs et des
lumières. Il faut rêver dun avenir technologique et trouver des chercheurs qui
nous aiment assez pour nous faire atteindre notre objectif
L'histoire de lhumanité ne manque pas
dexemples dinventions destinées au bien-être des sourds et qui ont profité
le plus aux entendants. Je me contenterai de ne citer que lexemple de l'invention du
téléphone par Alexandre Graham Bell. |
Sourdine # 112 [ juillet/août 1998] Edmond Jarjour |
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| Des
avantages de la surdité par Martine Charland |
Pour finir l'été sur une note de gaieté et
entamer la rentrée d'un pied alerte, quoi de mieux que de s'arrêter une petite minute,
et plutôt que de gloser ad nauseam des inconvénients de la surdité que nous connaissons
tous par cur, en déceler les avantages insoupçonnés et quelquefois cocasses que
la vie en société nous réserve.
Ainsi, de plus en plus de personnes de mon entourage me disent souvent, d'un air songeur
et quelque peu envieux : "C'est vrai, toi tu n'entends pas ça, ça doit être le fun
parfois, ne pas entendre !" Car on a l'avantage de pouvoir faire "clic"
quand un bruit inopportun et insistant nous dérange. On vit dans un monde de plus en plus
bruyant, ce qui nous stresse et nous énerve. Sur la rue, souvent je me débranche.
Pourquoi entendre le bruit pétaradant de ces 26 vitesses des mastodontes? Y a assez qu'on
en sent les relents nauséabonds. Le matin, lorsque je pars travailler, je ne me branche
pas avant d'aller chercher mon café, rendue au boulot, calme. A la piscine, quel bonheur
de se faire dorer par le soleil, sans aucun cri d'enfant qui nous écorche les oreilles.
Je peux lire tranquillement et même sommeiller. Il arrive que je ne me rende même pas
compte des orages la nuit, alors que tout le monde au bureau arrive les yeux bouffis par
ce réveil intempestif à 3 hres du matin.
Depuis le début de l'ère bénie du sous-titrage, je peux regarder la télé, la tête
sur l'oreiller, sans la prothèse qui me gêne. Je n'ai pas besoin de son, c'est calme
dans la maison, les filles ne sont pas dérangées si j'ai une fringale de films qui
finissent aux petites heures de la nuit. Ma mémoire auditive est meilleure que mes
oreilles actuelles, mes yeux au laser gobent vite le sous-titrage pour me permettre
d'admirer ces beaux acteurs ou paysages... L'autre jour, ma grande me disait combien
j'étais chanceuse de ne pas entendre toutes ces conneries à la radio. Un autre soir,
elle visionnait Teletoon, où, ma foi, les "comics" ne sont plus ce qu'ils
étaient. Comme je remarque que ce n'est pas sous-titré, elle me rétorque : "Une
chance, c'est tellement nul". De tout cela, je retiens qu'une personne sourde peut
choisir ce qu'elle veut entendre. Ça lui permet de se concentrer sur l'essentiel, de
développer son moi intérieur sans être aussi dérangée que les autres par tous ces
bruits, sonneries, vacarmes, pollutions sonores.
Je l'avoue, je chéris le silence. Il est devenu mon ami. Il m'est nécessaire. Bien sûr
que s'il était permanent, je ne chanterais pas la même chanson. Mais je l'ai
apprivoisé. Quand je le souhaite, je l'obtiens facilement. C'est devenu un point
essentiel de mon équilibre et une partie intégrante de ma personnalité. De toute
manière, avec tous les moyens technologiques à notre portée, il est très facile
maintenant de se débrouiller de façon convenable pour nos besoins de communication.
Qu'on pense au courrier électronique qui nous permet de garder le contact avec nos
proches et amis, de développer de nouvelles amitiés et les entretenir plus facilement
par l'écrit qu'on ne le ferait par téléphone.
La surdité nous permet aussi de développer des liens privilégiés et complices avec
certaines personnes. Lorsque j'ai suivi des cours pour mon certificat à l'UQAM, je devais
négocier avec les profs en début de session pour les moyens à employer à mon égard.
J'ai eu quelques profs formidables, très attentifs à mes besoins, certains en faisaient
même plus ce qu'à quoi je m'attendais. Une en particulier refusait que j'écrive le
moindre mot à ses cours et me photocopiait toutes ses notes de cours. J'en ai fait des
jaloux! Je crois aussi que l'attitude qu'on adopte va dicter pour une bonne part le
comportement des gens vis-à-vis notre handicap. Si dans la vie, on se comporte avec une
attitude de victime ou de revendicateur, on fait fuir les autres. Quand on demande ce
qu'on estime avoir droit, poliment, gentiment, respectueusement, les gens s'empressent de
nous contenter.Bonne rentrée!
|
Sourdine # 124 juillet / août 2000 |
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Les contrats chômagés
par Martine Charland |
| Nous vivons à une époque où le monde du
travail est en constante mutation. Lire " mondialisation, restructuration, nouvelles
technologies " et cie. Ces notions dont nous sommes abreuvés quotidiennement dans
les quotidiens nous touchent de très près, dans ce qui est le plus essentiel à toute
personne : le travail. Ce qui était - il n'y a pas si longtemps - un droit acquis à qui
le voulait bien, permettant la réalisation personnelle de l'individu par le travail, est
devenu pour beaucoup une simple notion de survie.
Alternance travail-chômage, vous connaissez ? Ces fameux contrats (il faut d'abord courir
après !) dont on espère qu'ils se prolongent, qui nous font trimer à 200 % à l'heure
pour espérer être en tête du peloton pour le prochain, sans aucune couverture sociale
et congé férié payé la plupart du temps, nous faisant passer la belle saison
frigorifiés et sans aucun répit familial, quand les enfants sont libres d'école, vous
vous reconnaissez ?
Je connais depuis six ans. J'avais un job de rêve, depuis quinze ans, dans mon domaine,
que j'adorais. La vie s'écoulait, douce et tranquille, quand " vlan !", tout a
volé en éclats. Étant la dernière sur la liste d'ancienneté, j'ai écopé la
première. Depuis ce temps, je vivote, angoissée et insécure. Le pire, vous le savez ?
C'est que c'est la même compagnie qui me fait vivre à contrat, des petits et des plus
gros, depuis tout ce temps, sauf une fois où j'ai tenté de voler de mes propres ailes
ailleurs.
À ma connaissance, je suis une bonne employée, compétente, dévouée et fidèle. J'ai
toujours en tête le souci de ma compagnie quand je travaille. Je suis toujours prête à
faire du temps supplémentaire pour respecter les délais. Je travaille le plus vite que
je peux (et je sais que je suis rapide, on me l'a dit). Je travaille soigneusement et avec
tout mon cur. La compagnie le sait aussi. Elle aime que je sois disponible quand
elle a besoin d'une surnuméraire (c'est toujours moi). Mais elle ne peut ou ne veut pas
me redonner ma permanence. Car " restructuration, budget " etc. Je dois attendre
qu'une de mes paires prenne sa retraite ou sa préretraite. Encore quelques années donc.
Vous me direz : " Mais va voir ailleurs ! " C'est que je suis dans un domaine
très spécialisé et restreint, les bibliothèques. Qui survit assez difficilement en ce
moment de vaches maigres quand on compte sur les subventions gouvernementales. Et comme la
malentendance implique quelques limites tout de même... Et que les entrevues sont un
cauchemar. Que je dois me confiner au privé, parce que le public implique le téléphone
et le service de référence aux usagers. Et que le privé dans ce domaine est un très
petit marché.
Je vivote donc. Certaines années sont meilleures que d'autres. Je commence à avoir la
rage au cur. Car je sais que mon cas n'est pas unique. C'est reconnu que de plus en
plus, les compagnies sont axées sur le profit d'abord et ne considèrent même plus les
employés, cette ressource inépuisable et interchangeable. Et qu'elles en profitent,
sciemment.
Je commence donc mon nouveau contrat le 12 juin prochain. Jusqu'au 1er septembre. Sans
aucune joie au cur. Sauf celle de revoir mes chums et complices de travail. Pour la
survie. Un autre été sans pouvoir amener mes filles à quelque part, sauf les fins de
semaine. Un autre été à regarder le soleil briller à travers l'air climatisé, veste
de laine sur le dos. Pour me retrouver à l'automne, un peu plus riche jusqu'à temps
qu'il soit temps de refaire une autre demande de chômage.
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Sourdine # 123 mai / juin 2000 |
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LA PAROLE AUX PROCHES
Groupe Espace - Université de Montréal |
| Une rencontre d'échanges et de discussions a eu
lieu à l'A.D.S.M.Q. en collaboration avec l'équipe ESPACE de l'Université de Montréal
le 9 mai dernier. Cette activité organisée dans le cadre du mois de la communication a
été animée par Louise Getty, directrice de l'équipe ESPACE et professeure titulaire à
l'Université de Montréal ainsi que Dominique Laporte, orthophoniste et agente de
recherche au sein de la même équipe. L'objectif premier de cette activité était de
donner la parole aux proches de personnes malentendantes, de les écouter s'exprimer sur
les conséquences de la surdité de l'autre dans leur propre vie, de mieux comprendre ce
que devient pour eux la communication au jour le jour.
Au total, vingt-huit personnes ont participé: 20 personnes malentendantes (3 hommes et 17
femmes) et 8 proches (5 hommes et 3 femmes). Nous avons beaucoup apprécié la présence
de tous les participants. Toutefois, nous nous interrogeons sur la difficulté à obtenir
la collaboration d'un plus grand nombre de proches. Les proches absents se sentent-ils
concernés par le problème d'audition de leur conjoint, de leur parent, de leur ami?
Quels sont les obstacles à leur participation à une rencontre comme celle du 9 mai
dernier?
Les personnes malentendantes ont d'abord soulevé l'épineux problème de leur difficulté
à accepter la surdité; d'ailleurs, plusieurs préfèrent parler de l'apprentissage de
vivre avec la surdité plutôt que de l'acceptation de cette situation. Plusieurs
personnes malentendantes présentes disent ne pas hésiter à faire des demandes
d'ajustement auprès de leurs interlocuteurs, par exemple, "pouvez-vous vous placer
de mon bon côté" ou "pouvez-vous baisser le volume de la télévision" ou
"pouvez-vous répéter". Il semblerait toutefois qu'il soit généralement plus
difficile de faire ce type de demande auprès d'un proche plutôt qu'auprès d'un
étranger ou d'une personne moins familière. Pourquoi? L'hypothèse a été avancée
qu'il est particulièrement délicat et compliqué de tenter de changer des habitudes
déjà installées avec un proche, de vouloir modifier certaines routines du quotidien.
Est-ce bien une majorité de personnes malentendantes qui n'hésite pas à faire des
demandes d'ajustement auprès de ses interlocuteurs? Le fait de participer à un
regroupement comme l'A.D.S.M.Q. ne contribue-t-il pas à renforcer la volonté de
s'affirmer un peu plus, d'oser faire des demandes d'ajustements, d'améliorer son estime
de soi et la confiance en ses capacités?
Les personnes malentendantes souhaiteraient pouvoir parler avec leurs proches de leur
problème d'audition, des conséquences et des adaptations. Elles aimeraient voir leurs
proches faire preuve de davantage de patience avec elles et adopter des stratégies
facilitantes pour la communication, par exemple s'assurer du contact visuel. Les personnes
malentendantes apprécieraient voir leurs proches participer en plus grand nombre aux
activités de sensibilisation qui leur sont proposées dans le milieu communautaire ou le
milieu de la réadaptation. Elles voudraient faire comprendre à leurs proches que la
prothèse auditive est loin de régler par miracle tous leurs problèmes. Il arrive que
les personnes malentendantes se sentent accusées de ne pas répondre ou de répondre de
façon inadéquate à leurs interlocuteurs. Comme la communication implique au moins deux
personnes, quand il y a un problème d'audition les deux partenaires de cette
communication sont concernés. Le processus de résolution du problème doit, pour être
efficace, impliquer non seulement les personnes aux prises avec le problème d'audition
mais aussi leurs proches. Dans un couple, où l'un des deux est malentendant, la surdité
peut aussi venir amplifier d'autres problèmes déjà présents. Avec le temps, la
personne malentendante ne correspond peut-être plus à ce qu'elle représentait pour son
conjoint au départ. Vont-ils chercher ensemble des solutions ou s'isoler chacun dans leur
solitude?
Les balades ou voyages en voiture entraînent très souvent des difficultés de
communication, le contact visuel étant réduit au minimum et le bruit environnant souvent
très présent. L'utilisation d'un "pocket talker"* peut alors grandement
améliorer la situation de communication et ainsi réduire les sources de tension et de
frustration. Il faut être deux pour utiliser cette aide technologique, il faut alors sans
doute se parler, s'en parler!
Du côté des proches, les époux de femmes malentendantes, présents le 9 mai dernier,
semblent considérer leurs conjointes comme des personnes autonomes qui se débrouillent
très bien malgré leur problème d'audition. Ils ne paraissent ni inquiets, ni
surprotecteurs. Depuis qu'ils sont membres de l'A.D.S.M.Q., ils disent parler davantage
des problèmes de surdité et appliquent plus souvent des stratégies de communication
facilitantes. Sont-ils représentatifs d'une majorité de conjoints de femmes
malentendantes? Ont-ils déjà assisté à des réunions de sensibilisation et
d'information sur les problèmes d'audition et les stratégies de communication, par
exemple à l'A.D.S.M.Q. ou à l'Institut Raymond-Dewar? Fort probablement. Il n'est
cependant pas certain que ces hommes soient alors représentatifs de la majorité des
conjoints qui eux ne participent pas à des rencontres de discussions sur la surdité et
ses conséquences.
Les femmes présentes, proches de personnes malentendantes, démontrent un certain degré
d'inquiétude, disent faire leur possible pour aider la personne malentendante. Par
exemple, elles vérifient si la personne malentendante a bien compris, cherchent une table
ronde au restaurant, signalent subtilement à la personne malentendante qu'elle parle trop
fort, répondent même à la place de la personne malentendante. Elles cherchent à aller
au-devant de la personne malentendante, à anticiper les situations qui pourraient lui
être problématiques. Il semble important de préciser que les trois femmes présentes
étaient soit la fille, la soeur et l'amie de femmes malentendantes. Les comportements
seraient-ils comparables chez des conjointes d'époux malentendants? C'est fort possible
mais rien ne nous permet de l'affirmer suite à cette rencontre. Les hommes
réagissent-ils différemment des femmes face au problème d'audition d'un proche?
Plusieurs questions restent donc en suspens. Cependant, tous les participants semblent
d'accord sur un point: la résolution de problèmes de communication requiert la
participation des interlocuteurs concernés, la volonté de chercher ensemble des
solutions aux difficultés vécues et évoquées de part et d'autre, la volonté de
dialoguer. Mais... pas facile à faire! De plus, plusieurs participants, malentendants et
proches, ont soulevé l'importance d'intégrer dans le milieu scolaire des périodes de
sensibilisation et d'information sur les problèmes d'audition, sur les problèmes de
communication. Ainsi, les enfants apprendraient dès le jeune âge à développer une
attitude de respect de la différence et à développer quelques habiletés pour mieux
communiquer avec, par exemple, un grands-parents malentendant.
Merci à tous les participants!
Louise Getty, directrice de l'équipe ESPACE
Dominique Laporte, orthophoniste en recherche, équipe ESPACE
équipe de recherche subventionnée par le Conseil québécois
de la recherche sociale (CQRS)
* Un "pocket talker" est une aide technologique d'amplification qui peut-être
fort utile en voiture, avec un micro-cravate pour la personne entendante et un écouteur
pour la personne malentendante. La loi permet le port d'un écouteur en voiture. Cette
aide peut aussi être utile pour écouter la télévision. Il faut compter débourser
environ $200 pour une aide de qualité. C'est disponible, entre autres, chez Radio Shack.
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| Sourdine # 124 juillet / août 2000 |
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| Je n'en suis
pas encore revenue ! avec Carole Théberge |
| C'est vrai que parfois les gens qui ne connaissent pas la déficience
auditive nous font des commentaires inappropriés ou franchement "plates ". Vous
en avez sans doute déjà fait l'expérience. Mais au mois de décembre dernier, un de mes
confrères de travail s'est mérité la palme d'or en matière de commentaires honteux. En
effet, en l'espace de deux jours, il a "réussi" non pas un, ni même deux, mais
trois commentaires franchement stupides. Jugez par vous-même...
La première fois, nous sommes au party de Noël du bureau. L'atmosphère est tapageuse et
rieuse ; les bruits, les paroles et les rires rebondissent des murs. Mon confrère me
parle, je n'arrive ni à l'entendre, ni à lire sur ses lèvres... Son commentaire génial
est : " As-tu mis tes appareils aujourd'hui ? " J'ai eu envie de dire :
"Espèce de nigaud, sais-tu que sans mes appareils, je suis sourde comme un pot et la
situation serait bien pire encore puisque j'avais réussi jusqu'à cette maudite phrase,
que tu te bornes à répéter au point de nous frustrer tous les deux?! " J'ai
plutôt expliqué que les appareils amplifient tous les sons dans la pièce et c'est
pourquoi ils ne m'aident pas à discerner sa voix au sein de tout ce tapage infernal.
La deuxième fois, c'est sa prochaine phrase, que j'ai TRÈS BIEN COMPRISE... n'est-ce pas
bizarre comment on peut rien comprendre et soudainement on capte quelque chose? (Je me
suis assurée d'avoir bien compris en posant cette question à une autre personne à notre
table... plus tard.) " Lequel de tes parents était déficient des oreilles ? "
J'ai eu envie de répliquer : "Lequel de tes parents était déficient en matière de
tact ? " J'ai plutôt expliqué que ma déficience était le résultat d'un accident
en bas âge et que mes deux parents entendaient parfaitement bien.
Revenus au bureau, on avait à présenter un cadeau à une amie commune. Le petit groupe
se forme pour la présentation, mon confrère marmonne quelque chose en regardant à
terre, je n'ai aucune idée de ce qu'il a dit. Je me mets à expliquer à notre amie
pourquoi une personne qui devait se joindre à nous n'avait pu se rendre à temps. Mon
confrère s'approche de moi, me tient les deux bras, me regarde droit dans les yeux et dit
: "Carole, tu répètes ce que j'ai déjà dit. " J'ai envie de dire :
"Lâche-moi ! Pourquoi tu veux m'humilier ainsi devant les autres ?!! " J'ai
plutôt choisi de ne pas dire un mot.
Par la suite, j'ai visité mon confrère à son bureau et je lui ai discrètement
expliqué combien ses commentaires m'avaient blessée. J'ai exigé que cela cesse
immédiatement. Il disait être totalement surpris !!!! Ciel !!! Avez-vous déjà vécu
des situations semblables ? Quand on entend ces commentaires ignorants, parfois on pense
que l'on doit avoir mal entendu. Il est important de s'attaquer au problème (et non à la
personne!) d'une manière ferme et claire, mais non hostile ou sous le coup de l'émotion,
de façon à aider et à sensibiliser. Mais si jamais mon confrère répète ce type de
scénario, je l'attends, et cette fois, à bas les gants blancs... car je l'aurai bien
averti. Il ne faut pas se laisser faire. Si vous êtes mal à l'aise, demandez des
conseils ou de l'aide d'autres personnes. C'est ce que j'ai fait avant d'aller visiter mon
confrère à son bureau.
La seule vraie surdité est celle du cur.
Carole Théberge
Source Pile ou face janvier 2001
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| Sourdine no: 127 janvier / février 2001 |
| Sommaire |
| Ouverture
du coeur...
Ouverture sur la vie...
avec Annette Paquin |
| Parler d'ouverture, c'est me remettre en question concernant certaines
fermetures en moi.
Bien sûr qu'au point de départ j'aimerais ne vous présenter que mes ouvertures, que les
beaux côtés de ma surdité, de ma personnalité et de mes relations interpersonnelles.
Mais je passerais à côté de la vérité, de ma vérité.
Commençons donc par les ouvertures. Je me suis beaucoup interrogée depuis le début de
ma surdité sur ce que j'étais en tant que personne, sur ma relation avec les autres
depuis "la fermeture de l'audition " et avant "cette fermeture des oreilles
". Sur mon "ouverture du cur " maintenant et avant ce handicap.
Est-ce qu'il y a vraiment un changement ? Est-ce vrai que la maladie ou une perte nous
change à ce point? Ou si nous devenons ce que nous avons toujours été mais cette fois
sans artifice, sans faux-semblant, dans une simplicité encore plus grande. Sommes-nous ce
que nous avons toujours été mais avec un éclairage différent, comme en pleine lumière
face à soi-même ?
Comme ce handicap a débuté avec des pertes importantes dans ma vie, je ne pouvais rester
insensible à ces événements et à ce qu'ils avaient à m'apprendre. Je me suis sentie
invitée à un retour vers d'autres valeurs. Je ne parle pas du silence puisqu'il est
omniprésent. Je veux parler ici de valeur intérieure, de retour à mes racines, celles
qui font ce que je suis présentement.
Papa est décédé au tout début de ma surdité. J'ai été invitée de l'intérieur à
regarder quelle avait été ma relation avec lui, ce qu'il m'avait laissé comme héritage
personnel. J'ai dû admettre qu'il me manquait, lui le sage, lui l'amant de la nature, des
oiseaux dont il connaissait chacun de leur chant, des fleurs qu'il admirait et humait avec
délectation, et de l'eau du ruisseau, de la rivière, du lac calme du matin au coucher de
soleil.
C'est la raison pour laquelle je vous parle de mon ouverture en ce qui regarde ma
personnalité, ce que je vois surtout depuis ma surdité a pris une autre forme, celle de
tout regarder avec émerveillement : les oiseaux qui voltigent sans que je ne les entende
mais qui, je le sais, émettent des sons; Les fleurs et leur odeur, l'eau qui m'apaise, un
coucher de soleil
tout cela, c'est l'ouverture que mon père m'a laissée.
Avant la surdité, je ne voyais pas certaines beautés, j'étais trop occupée par
l'éphémère, voilà un côté de fermeture. Puis-je dire aujourd'hui heureuse surdité
qui me fait voir autrement ?
Une autre ouverture concerne la vie. Voilà que six mois après le départ de mon père,
c'est maman qui nous quitte. Son départ m'a forcée à m'interroger sur le sens de la
vie, sur le sens de ma vie puisque celle qui m'avait donné "la vie " s
'envolait vers une autre " Vie ". Je me retrouve donc en plein questionnement et
également en plein cheminement de guérison. Qu'est-ce que je veux retenir d'elle ? Quel
héritage ai-je reçu et lequel veux-je m'approprier ?
Comme elle aimait tout entendre, voilà que je me dis que ce n'était plus pour moi;
qu'elle ne m'avait rien laissé d'elle mais j'avais oublié "l'oreille du cur
", celle qui peut entendre au-delà de la parole, à travers un mur de silence.
Tranquillement je suis revenue à ce silence car j'avais fermé cette oreille. Cette
fermeture a laissé la place à l "oreille du cur.
Merveilleux n'est-ce-pas que l'oreille qui se ferme me fasse entendre autrement !
Une autre ouverture a pris place à travers certaines fermetures de mon entourage. Ici, je
veux vous glisser un mot sur ce handicap qui m'a fait perdre mon emploi dans lequel les
relations interpersonnelles prenaient beaucoup de place. Je croyais être indispensable,
je croyais que ce travail m'était indispensable et je croyais que le seul épanouissement
possible demeurait le travail auprès des malades. Je parle avec des années de recul car
cela a été un arrachement, une très grande souffrance et un sentiment d'inutilité qui
remontait en moi.
J'ai dû m'ouvrir à d'autres dimensions, m'orienter vers d'autres intérêts. Certains
jours, j'ai dû accepter une souffrance de l'intérieur vers la beauté cachée de ma
surdité et accueillir ma beauté, le beau et le bon en moi. Je l'ai découvert à travers
mes faiblesses en côtoyant certaines révoltes, en voulant cacher ma tristesse.
Maintenant, les actions que je pose me semblent parfois un peu banales : rendre des petits
services à fauche et à droite selon mes forces, un peu de cuisine, un peu de ménage et
quand je n'en peux plus d'être entre quatre murs, je sors pour regarder vers les autres.
J'essaie d'être attentive à leurs besoins en me protégeant davantage. Ce ne sont pas
des gestes d'éclat très visibles. Cela fait partie de notre quotidien, n'est-ce-pas ? Je
ne vais plus au-delà de mes forces. Je les considère et respecte mes limites.
Ma pensé rejoint à l'ocasion des personnes qui vivent des moments difficiles. Je les
soutiens à travers mon silence et la prière. Puis-je faire autrement ? Je me dis à tort
ou à raison qu'une fois que les moyens humains semblent épuisés, qu'est-ce qu'il reste?
Pour ma part, je me retourne vers le divin.
Je fais des cartes bénévolement. Je n'en compte plus le nombre qui doit dépasser les
quatre à six milles, je fabrique de légers articles de cuir dans le silence de mon
appartement selon mon état de santé. J'ai rédigé un manuscrit actuellement en
correction mais qui pourrait, j'imagine, rejoindre d'autres personnes. Tout cela occupe
mon temps et contribue à un certain épanouissement.
Voilà un beau cadeau que la vie attendait de m'offrir depuis très longtemps. C'est à
travers mes limites et en accueillant celles-ci que le beau a émergé, comme la source
qui coule, la fleur qui s'ouvre. En vous offrant ces quelques lignes, j'espère que vous
entrerez dans un processus d'ouverture à travers des coins de fermeture.
Et c'est le chemin
Et c'est mon chemin
Annette Paquin
Source Se comprendre - octobre 2000
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| Sourdine no: 127 janvier / février 2001 |
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PÉNURIE D'ORTHOPHONISTES AU QUÉBEC
PRÈS D'UNE TRENTAINE D'ORTHOPHONISTES BELGES RÉPONDENT À L'APPEL
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Près d'une trentaine d'orthophonistes belges ont répondu à l'appel du
gouvernement québécois à venir exercer sur une base temporaire au Québec, dès
septembre prochain. Née de l'initiative de l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du
Québec (OOAQ), cette campagne exceptionnelle de recrutement à l'étranger permettra de
pourvoir, de façon temporaire, une partie de la centaine de postes vacants
d'orthophonistes au sein du réseau public québécois de la santé et de l'éducation.
" Comme ordre professionnel dont la mission est d'assurer la protection du public, il
est de notre devoir de déployer toute l'énergie possible pour solutionner le problème
d'accès aux services d'orthophonie, et d'amener les instances gouvernementales à
s'engager dans ce sens ", précise M. Louis Beaulieu, président de l'Ordre des
orthophonistes et audiologistes du Québec. " Je suis très heureux de constater
aujourd'hui que nos efforts ont porté fruit et que des milliers de concitoyens pourront
en profiter."
Cette campagne a été menée en partenariat par l'OOAQ, le ministère de la Santé et des
Services sociaux et le ministère de l'Éducation du Québec. Elle a également mobilisé
les principaux employeurs du réseau public québécois de la santé et de l'éducation
ainsi que le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration du Québec et
les autorités fédérales compétentes. Les démarches ont été mises en branle très
rapidement. Le programme a été proposé aux instances gouvernementales à l'automne
2000, puis en novembre, le président de l'Ordre réalisait une mission de reconnaissance
en Belgique. En mars dernier, l'ensemble des orthophonistes belges étaient directement
sollicités à venir exercer au Québec, pour une période minimale d'un an, et avaient
jusqu'au 30 avril pour manifester leur intérêt. Parmi les 350 professionnels
susceptibles de se qualifier, 28 ont répondu à l'appel, ratio impressionnant compte tenu
du délai de réponse et de l'engagement que représente la décision d'exercer sa
profession à l'étranger.
Une nouvelle mission se rendra en Belgique dans la semaine du 28 mai prochain. Formée
d'une représentante de l'Ordre, d'un représentant du ministère de la Santé et des
Services sociaux ainsi que d'un représentant du ministère de l'Éducation, cette mission
permettra de soumettre chaque candidat à une entrevue. On organisera également une
session d'information à l'intention des orthophonistes belges qui pourraient se montrer
intéressés par la campagne de recrutement, mais qui n'ont pas eu le temps de soumettre
leur dossier avant le 30 avril. On espère ainsi recevoir encore quelques nouvelles
candidatures.
Un accueil favorable au sein des réseaux de l'éducation et de la santé
Chez les employeurs du réseau public de l'éducation et de la santé, cette nouvelle a
été accueillie avec un très grand soulagement. Le président de la Fédération des
commissions scolaires du Québec, M. André Caron, a souligné " le caractère
original de l'initiative " qu'il appuie, car elle " aidera les commissions
scolaires à accroître les services professionnels complémentaires, notamment ceux qui
doivent être assurés par les orthophonistes, services dont les enfants ont grandement
besoin dans les écoles québécoises ".
L'Association des établissements de réadaptation en déficience physique du Québec
(l'AÉRDPQ) soutient qu'il y a présentement plus de 3 500 enfants en attente de
traitement en orthophonie. Deux causes expliquent cet état de fait. Dans certains cas, le
délai d'attente est causé par le manque d'orthophonistes disponibles, mais dans d'autres
cas, il relève plutôt d'un manque de financement. " Il est absolument nécessaire
de traiter un enfant dès son jeune âge, soit vers un an et demi, ou dès que la
déficience est détectée si on ne veut pas compromettre son développement et son
entrée à l'école ", souligne le vice-président de l'Association, M. Jean-Pierre
Blais.
Au cours de la dernière année, nous avons en effet redéfini les services de base
essentiels destinés aux enfants et à leur famille, services qui devront être déployés
dans toutes les régions du Québec au cours des trois prochaines années si le ministère
de la Santé et des Services sociaux soutient cette offre de service. Les services
d'orthophonie occupent évidemment une place importante dans ce redéploiement, mais il
nous faut avoir accès à un bassin d'orthophonistes suffisant pour y parvenir ".
Moyen et long termes : d'autres solutions
Il est clair cependant que cet ajout d'orthophonistes belges est insuffisant pour
répondre entièrement à la demande immédiate et qu'il s'agit d'une solution à court
terme. C'est pourquoi l'Ordre a également examiné les possibilités du côté de la
France. Le diplôme terminal en France n'étant pas équivalent à celui exigé pour les
Québécois, un programme de mise à niveau d'une période d'un an offert par
l'Université de Montréal pourrait être mis sur pied pour les candidats français. Du
côté de la Suisse, une pareille démarche pourrait s'effectuer sur une période plus
courte. Une rencontre entre le président de l'Ordre des orthophonistes et audiologistes
du Québec et le cabinet du ministre de l'Éducation avait lieu hier à cet effet et le
ministère s'est montré très intéressé à examiner les pistes de solutions proposées
par l'Ordre.
À plus long terme, deux solutions se sont ajoutées au cours de la dernière année pour
accroître le nombre d'orthophonistes au Québec. Depuis 1999, le décontingentement du
programme de maîtrise en orthophonie et en audiologie de l'Université de Montréal a
permis de faire passer de 50 à 70 le nombre d'admissions par année, ce qui permettra de
diplômer 20 candidats à l'exercice de plus chaque année, à compter de l'automne 2003.
Par ailleurs, la création d'un nouveau programme de maîtrise en orthophonie à
l'Université Laval, qui démarrera en septembre 2001 et qui accueillera 25 étudiants par
année, viendra également enrichir le bassin de professionnels sur le marché à la fin
de l'année 2003.
Pour l'Ordre et les associations d'employeurs, il est primordial d'augmenter le nombre
d'étudiants formés dans les universités québécoises en vue de trouver une solution
durable au problème chronique de pénurie. L'Ordre croit qu'il faudrait créer au moins
une vingtaine de places supplémentaires dès maintenant, compte tenu du profil
sociodémographique de la profession et des besoins croissants de la population.
Il presse d'agir afin que cet apport de nouveaux orthophonistes permette de contrebalancer
les effets de l'attrition qui commencent à se faire sentir dans la profession. Par
ailleurs, étant donné que la profession d'orthophoniste est exercée par une très forte
majorité de femmes, dont plusieurs travaillent à temps partiel et qu'une proportion
importante a recours à des congés familiaux, il faut s'attendre à un taux de roulement
significatif. Cela implique que ces ajouts seront insuffisants et que l'offre demeurera
encore bien en deçà de la demande après 2004, sauf si on agit immédiatement.
À propos de la pénurie d'orthophonistes au Québec
Depuis plusieurs années, le Québec doit composer avec une pénurie d'orthophonistes.
Résultats : pour la clientèle de la petite enfance, les listes d'attente pour avoir
accès à une évaluation atteignent plus d'un an dans le réseau public, et de deux à
quatre ans pour obtenir une thérapie, selon la région. Pour ce qui est des adultes et
des personnes âgées, bon nombre d'entre eux n'ont tout simplement pas accès aux
services. Le recours aux services privés devient souvent la seule solution. On note
d'ailleurs une augmentation de 140 % des services privés entre 1994 et 1997 et, même
dans ce cas, il n'est pas rare que l'attente soit d'un an.
En octobre dernier, on comptait environ 4 500 personnes en attente de services
spécialisés de réadaptation pouvant exiger le recours à un orthophoniste dans les
établissements de réadaptation en déficience physique. Les délais d'attente variaient
de quatre mois à trois ans et ne se sont guère améliorés depuis.
Information : Source :
Patricia Bouchard patricia.bouchard@shc.ca
- Louis Beaulieu, président lbeaulieu@ooaq.qc.ca
Éliane Hamel eliane.hamel@shc.ca
- Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec
Simard Hamel Communications (514) 282-9123
(514) 287-9811
Pour en savoir plus, consulter le site
- www.ooaq.qc.ca
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| Sourdine no: 129 mai / juin / juillet / août 2001 |
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L'histoire des
sourds du Québec
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- Gilles Boucher
- Président du Centre Québécois de la Déficience Auditive
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Qui a enseigné aux garçons et aux filles sourdes ?
Où s'est ouverte la première école pour sourds ?
Quelles sont les personnes importantes qui ont contribué à l'éducation des jeunes
sourds ?
Patientez quelques minutes encore et vous saurez tout
sur le monde fascinant de l'enseignement aux sourds.
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Les gens
Ignace Bourget
Un personnage fort important de l'histoire est sans nul doute Mgr Ignace Bourget qui,
en 1831 alors qu'il n'était qu'abbé, a réussi à obtenir de l'argent du gouvernement
afin que s'ouvre à Québec la première école pour sourds-muets, dirigée par l'avocat
Ronald MacDonald. Elle était située au 31 rue d'Auteuil et a dû fermer ses portes en
1834 faute d'argent.
En 1836, l'abbé Prince, directeur du collège de Saint-Hyacinthe ouvre grandes les
portes de l'annexe de son collège aux enfants sourds. M. Caron, un ancien élève sourd
de l'école de Québec, en devient le directeur. L'école manque aussi d'argent et doit
malheureusement fermer ses portes.
Entre-temps, Mgr Bourget ne perd pas courage et poursuit son travail afin de dénicher
de l'argent pour ouvrir une institution à Montréal.
Le père Charles Irénée Lagorce
Pas très loin de Saint-Hyacinthe, à Saint-Charles-sur-Richelieu, vivait en 1847 un
prêtre du nom de l'abbé Charles-Irénée Lagorce, clerc de Saint-Viateur, qui avait deux
sourds dans sa paroisse qu'il voulait faire communier. Connaissant l'expérience de
l'école de Saint-Hyacinthe, il invita M. Caron à venir instruire les jeunes sourds
directement dans son presbytère afin de les préparer pour leur communion.
Pendant ce temps, Mgr Bourget poursuivait toujours sa sensibilisation du gouvernement
afin que ce dernier accepte d'offrir une bonne éducation aux jeunes sourds, mais le
gouvernement refusait de s'en occuper. Fatigué d'attendre, Mgr Bourge | |