Entrevue avec le Dr Richard Bussières, ORL à l'Hôtel-Dieu-de-Québec
 

 


 
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Dr Richard Bussi����res 

Dr Richard Bussières, ORL




    Par Michel Nadeau


Sourdine a rencontr�� pour vous le Dr Richard Bussières, ORL qui réalise avec un autre de ses collègues, le Dr Mathieu C��té, les opérations pour l’implant cochléaire à l’Hôtel-Dieu de Québec.

À quand remonte la premi��re opération pour l’implant cochléaire dans le monde et au Québec?

L’implant cochléaire a été inventé à Paris en 1957 et fut installé pour la première fois au début des années  1960.  Les implants cochléaires plus performants et multi-électrodes sont apparus au début des années 80.   Au Canada, c’est en 1984 qu’a eu lieu la première opération pour l’implant cochléaire et elle a été pratiquée par le Dr Pierre Ferron ici même à Québec.  Ce dernier est maintenant en semi-retraite mais est toujours très actif dans le domaine des implants.

Vous faites vous-même l’opération depuis combien d’années?

Depuis 7 ans.   Un autre ORL, le Dr  Mathieu Côté, s’est joint à l’équipe du programme d’implant cochléaire l’an dernier.  Les deux chirurgiens réalisent au total plus de 100 opérations pour l’implant cochléaire. 


En quoi consiste cette opération?

C’est une opération qui se fait sous anesthésie générale.  La durée de l’opération est de 1 h½ à 2 h½ dépendant de la complexité du cas.  On fait une incision derrière l’oreille puis on perce un  trou dans la mastoïde et ensuite on approche la cochlée par en dessous du tympan, ce qui permet de percer un autre trou dans la cochlée et d’y insérer un porte-électrode. 

Actuellement, quelle est la proportion des opérés enfants versus adultes?

C’est environ 35 % d’enfants et 65 % d’adultes.  

Dans le cas d’un enfant, pourquoi est-il important d’opérer le plus tôt possible?

Pour profiter le plus possible de la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à récupérer les fonctions atteintes en stimulant celles-ci de façon importante et durable.  Donc,  plus tôt est la stimulation, meilleurs seront les résultats.

Dans le cas d’une personne âgée, quelles sont les chances de réussite et les dangers associés à l’opération?

Les chances de réussite sont très bonnes.  Dans le cas des personnes de plus de 80 ans, les résultats peuvent être plus longs à atteindre, mais les complications sont très rares.  Parfois, des troubles d’équilibre peuvent toutefois survenir.

Est-ce que l’opération permet de retrouver une audition complète et normale?

Non.  Elle permet toutefois, grâce à l’implant, d’améliorer la communication de la personne.  Les mots et les phrases sont beaucoup plus clairs dans l’oreille, mais ce ne sont pas des sons qui ont une voix naturelle.  La majorité des implantés arrivent toutefois à reconnaître la parole sans indice visuel, c’est-à-dire en choix ouvert.

Décrivez-nous les étapes qui précèdent et qui suivent l’opération.

La démarche initiale consiste à prendre rendez-vous avec l’équipe du Programme de l’implant cochléaire à Québec.  Lors de cette première visite, le patient rencontrera  un ORL, un audiologiste, un orthophoniste et un psychologue et subira une série de tests qui permettront à l’équipe d’évaluer si, oui ou non, la personne est apte à recevoir l’implant.

À toutes les 4 à 5 semaines, l’équipe se réunit et passe en revue le dossier de chaque patient.  On pèse le pour et le contre et on prend une décision que l’on communique par la suite au patient.  Dans le cas où il y a acceptation, une date d’opération est fixée et le patient retourne chez lui le jour suivant l’opération.

Après un mois de convalescence, le patient revient à Québec pour la programmation qui est d’une durée de deux semaines (10 jours ouvrables).   L’étape suivante, la réadaptation, se fait maintenant dans les centres de réadaptation dispersés dans la province de Québec et dure en moyenne de 6 à 8 semaines.

Le processus complet, de l’évaluation jusqu’à la chirurgie, dans des conditions normales, est d’environ 4 mois pour un enfant et 9 mois pour un adulte.  En cas d’urgence, comme par exemple dans les cas de méningite, le processus est évidemment raccourci.

Dr Bussières en action
Pensez-vous que, dans un avenir prévisible, il sera possible de faire repousser les cellules ciliées ou de faire des transplantations d’oreilles?

Pour le moment, les progrès  se font dans le domaine animal.  Ça va prendre encore beaucoup de temps avant que l’on puisse transposer ces progrès sur l’oreille humaine.
Que pensez-vous de l’installation bilatérale de l’implant cochléaire?

C’est un sujet très chaud en ce moment et nous suivons de très près les développements dans ce domaine.   Nous la pratiquons déjà, depuis plusieurs années, pour les personnes atteintes de surdicécité et dans les  cas de méningite à cause des risques d’ossification de la cochlée, ce qui pourrait empêcher la pose de l’implant plus tard.
Pour les enfants, le 1er juillet 2008, un budget a été accordé par le ministère de la Santé et des Services sociaux  pour réaliser 20 implantations bilatérales dans un mode séquentiel court, c’est-à-dire avec un délai maximal d’un an entre les deux implantations.  Selon les études actuelles, un deuxième implant apporte des gains  pour la localisation sonore et pour la compréhension de la parole, particulièrement dans le bruit.  Avant de prendre la décision pour leur enfant pour un deuxième implant, les parents considèrent les bénéfices de ce dernier, les risques chirurgicaux et les possibilités futures de thérapie génétique de la surdité, c’est-à-dire toute découverte scientifique qui pourrait redonner l’ouïe.    
 
Notre préoccupation première en temps que médecins étant  le mieux-être du patient, nous demeurons à l’affut des nouvelles percées dans ce domaine.

Sourdine remercie le Dr Bussières pour son éclairage rassurant sur cette opération qui fait peur à bien des malentendants!   

 

 

 

Sourdine # 180 mars/avril 2010