Entrevue

 

ENTREVUE AVEC
LES MINISTRES DE LA SANTÉ YVES BOLDUC ET LISE THÉRIAULT
 
 

 

 
 
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  Lise Thériault et Yves Bolduc 

       par Michel Nadeau

 

 

 
Sourdine
Actuellement, les  personnes retraitées et celles sans emploi n’ont droit qu’������ un seul appareil payé par la RAMQ.  Qu��entendez-vous faire pour corriger cette situation inéquitable?
 
Lise Thériault
Le gouvernement est actuellement en appel d’offres auprès des fabricants de prothèses auditives. Le panier de services est également en révision.  Nous ne fermons pas la porte à la deuxième prothèse, mais il faut d’abord s’assurer que les étudiants et les personnes en milieu de travail soient appareillés en priorité.
 
Dr Yves Bolduc
Il faut tenir compte de la capacité de payer du gouvernement.  En règle générale, ce n’est pas la majorité des gens qui ont besoin de deux appareils.  On peut être fonctionnel avec un seul appareil.  Ça pourrait être du cas par cas sans pour autant devenir une politique unilatérale.
 
Sourdine
Contrairement à d’autres provinces, le Québec ne permet pas qu’un montant forfaitaire optionnel soit offert aux personnes désireuses de se procurer une prothèse qui n'est pas couverte par la RAMQ.  Si les prothèses de la RAMQ ne répondent pas aux besoins de la personne atteinte, cette dernière est frustrée et l’appareil reste dans le tiroir.  C’est un pur gaspillage  de l’argent de nos taxes.
 
Dr Yves Bolduc
Le gouvernement négocie des prix imbattables et, même avec un montant forfaitaire, ça risque de coûter beaucoup plus cher à la personne qui déciderait d’acheter une prothèse non couverte par la RAMQ.
 
Sourdine
La formation des interprètes et leur pénurie, surtout en région, font problème depuis longtemps.  Qu’entendez-vous faire pour corriger la situation?
 
Lise Thériault
Nous savons qu’il  y a malheureusement une pénurie de main-d’œuvre dans tous les secteurs des services sociaux. Pour ce genre de profession, il faut d’abord que les gens soient intéressés au domaine, ce n’est pas un emploi facile et il demande une grande concentration.  Des groupes de travail sont en marche  avec l’OPHQ et le ministère de l’Éducation pour trouver des solutions afin de rendre cette profession attrayante. 

Sourdine
Les CSSS existent depuis quatre ans et leur projet clinique se fait toujours attendre pour la plupart d’entre eux.  Ça nous apparaît pourtant comme étant la première chose qui aurait dû être réalisée : un plan stratégique pour répondre adéquatement aux besoins de la population desservie.  Ne croyez-vous pas?
 
Lise Thériault
Le regroupement des établissements de santé (centres hospitaliers, CHSLD et CLSC) en CSSS fut un processus difficile, mais planifié, où chaque établissement a dû apprendre à travailler avec d’autres.  Cet exercice a été long à réaliser, mais maintenant tout le monde travaille ensemble.  Ce qui est important, c’est que la population soit mieux soutenue et c’est ce que la création des CSSS a permis.
 
Sur la réalisation du Plan d’accès aux services pour les personnes ayant une déficience, je dis ceci :  Depuis 2003, notre gouvernement a ajouté 178 M $ afin d’améliorer la situation des personnes vivant avec un handicap. Ces budgets ont permis, entre autres, d’embaucher du personnel et de permettre la réalisation du Plan d’accès aux services dans chacune des régions. Maintenant que l’argent est là, notre priorité est de poursuivre l’embauche, car la pénurie de main-d’œuvre est toujours présente, et de former les ressources humaines nécessaires pour réduire les délais d’attente tant dans les hôpitaux que dans les centres de réadaptation. 
 
Sourdine
Après plusieurs années de retard sur d’autres provinces, le Québec aura enfin son programme de dépistage de la surdité à la naissance.  Quand prévoyez-vous sa mise en œuvre?
 
Dr Yves Bolduc
Le programme de dépistage de la surdité chez les enfants sera lancé d’ici au début de l’été.  On veut s’assurer que tous les bébés subissent un test d’audition avant l’âge de 2 ans.
Depuis le mois de novembre dernier, tous les bébés qui naissent à l’hôpital Sainte-Justine, au Montreal  Children et au Royal Victoria subissent un test de dépistage de la surdité.  À l’été nous mettrons donc en place un programme généralisé et organisé dans tout le Québec.
 
Sourdine
L’opération pour l’implant cochléaire se fait exclusivement à Québec alors que les deux tiers de la population du Québec vit à l’ouest de Québec. Il fut à maintes reprises démontré qu’il y a, à Montréal, l’expertise requise pour effectuer cette opération.  Pourquoi n’aurions-nous pas deux équipes d’ORL, une à Québec et une à Montréal, pour effectuer ces opérations?
 
Dr  Yves Bolduc
Il y a une grande expertise en la matière à Québec et, comme c’est géographiquement plus central, le ministère de la Santé et des Services sociaux a décidé d’y concentrer le centre à cet endroit. Pour être efficace dans ce domaine ainsi qu’être certain de la qualité des implantations et conserver l’expertise en la matière, il faut une masse critique de cas chaque année pour maintenir un bon roulement. Diviser ces cas en deux ou en quatre centres mettrait à mal cette assurance qualité nécessaire dans les soins à donner aux gens atteints de surdité. C’est la raison pour laquelle, malgré l’expertise reconnue d’ORL de la région Montréal, nous avons décidé de concentrer l’offre de service à Québec.
 
Sourdine
L’an dernier, durant le mois de l’ouïe, nous avons lancé la troisième édition du Répertoire des salles munies d’un système d’aide à l’audition.  On y comptait 120 salles équipées.  Comment pourriez-vous nous aider à faire en sorte que les grandes salles des édifices du gouvernement, tels que les établissements d’enseignement et les Maisons de la culture, entre autres, donnent l’exemple aux salles privées en s’équipant d’un tel système?
 
Lise Thériault
L’Assemblée nationale a déjà un système en place et les débats sont traduits en LSQ.  Les modifications techniques reliées à l’accessibilité universelle  sont effectuées seulement lorsqu’il y a des rénovations majeures aux bâtiments.
Dans les établissements d’enseignement, les salles de spectacles appartiennent à des corporations privées. Le gouvernement peut sensibiliser ces derniers, mais ils n’ont pas d’obligations. Quant aux Maisons de la culture,  je vais  parler à madame St-Pierre pour la sensibiliser à cette question. Vous devriez d’ailleurs la rencontrer à cet effet.  
 
Sourdine
Qu’est-ce que vous entendez faire pour que nos aînés soient mieux traités dans les établissements de soins de longue durée?
 
Lise Thériault
Il faut tout d’abord faire une nette distinction entre les CHSLD et les établissements privés.  Dans les établissements publics, le personnel est bien formé, bien rémunéré et les patients sont traités dignement.  Lorsque le Parti libéral du Québec est arrivé au pouvoir, il n’y avait aucune norme dans les établissements privés.  C’était plus facile d’ouvrir une résidence qu’un dépanneur.
 
On a donc travaillé à édicter des règles pour ces établissements et on va fermer ceux qui ne les respectent pas.  Peut-on faire mieux que les critères actuels?  La réponse est oui et nous continuons notre travail.  C’est une première étape et on veut aller plus loin dans les exigences.  Il faut augmenter la qualité des services offerts.   On veut que nos parents y soient bien et je pense à ma mère qui pourra, peut-être, éventuellement passer à cette étape.
 
Nous, en tant qu’enfants,  avons aussi le devoir d’aller visiter  nos parents en résidence.  Cela  aussi fait partie de leur bien-être. C’est une responsabilité que l’on doit tous partager.
 
Lors des consultations de ma collègue Marguerite Blais auprès des aînés, il est clairement ressorti que les aînés veulent rester chez eux le plus longtemps possible.  Notre but premier, c’est de protéger nos aînés, que ce soit à la maison ou en résidence privée ou publique.
 
Sourdine
Quelles sont vos priorités comme ministre des services sociaux pour l’année 2009?
 
Lise Thériault
On en a beaucoup mais disons que, pour ce qui vous intéresse, ma première priorité c’est de sortir la politique À part entière, qui est la mise à jour de la Loi sur les personnes handicapées.  C’est un long processus, mais vous allez être surpris des résultats.  Il y a eu une mobilisation des principaux partenaires et de la base pour qu’ils soient parties prenantes.  On a fait un beau travail dont vous verrez les résultats très bientôt. (La politique fut lancée le 6 juin, voir le communiqué en page 10).
 
Sourdine
Merci à nos deux ministres qui travaillent en équipe sur nos dossiers!
 

Sourdine juillet / août 2009