Ce groupe de discussion vise à favoriser les échanges
entre les personnes aux prises avec une maladie causant la surdité,
telles que la neuropathie, la maladie de Ménière, le cholestéatome,
l’ossification, le neurinome, l’otospongiose, etc.
Faites part de vos expériences avec les divers
appareils auditifs disponibles, allant de lasimple prothèse analogique au plus sophistiqué implant
cochléaire.
France Lacombe
Audiologiste au
Programme Enfance
Institut Raymond-Dewar
Véritable artiste de l'image
sur pellicule, on doit à
André Turpin la direction
photo de plusieurs longs
métrages tels Un 32 août
sur terre,
Maëlstrom et
Matroniet
moi, qui se distinguent
par une abondance de lumière
et d'émotions, captés
souvent en gros plan par
l'œil averti de l'artiste.
C'est exactement cette même
luminosité que le
réalisateur de
Un crabe dans la
tête retrouve dans le
geste et l'expression des
personnes sourdes gestuelles
: « J'ai toujours eu le
désir de travailler avec la
communauté des sourds pour
une raison très simple : je
les trouve lumineux, j'aime
leur présence ».
Il aura fallu une rencontre
inattendue entre le
réalisateur du film Un
crabe dans la tête et
Emmanuelle Laborit,
comédienne sourde et
petite-fille du regretté
biologiste et philosophe
français Henri Laborit, pour
qu'émerge de l'eau le
silence omniprésent du film.
Nous sommes au Festival
International du film à Mar
Del Plata en Argentine,
version latino-américaine de
la croisette où Turpin y
présente Cosmos, une
œuvre collective composée de
6 courts-métrages. La
rencontre avec la comédienne
sourde, qui joue alors dans
un film allemand, sera
déterminante pour André
Turpin : « On a eu un flash
total, ça a été une
révélation. Le film dans
lequel elle jouait
présentait les difficiles
relations entre des parents
sourds et leurs enfants
entendants ». Le contraire
de sa famille entendante qui
a élevé un fils sourd
profond, son frère Alain : «
La problématique m'a
complètement bouleversé.
Inconsciemment, le film
retraçait les difficultés
que mon frère vivrait un
jour. J'ai pleuré pendant
des heures, je ne suis
pourtant pas un
pleurnicheur, mais j'ai
pleuré, pleuré sans être
capable de m'en empêcher
durant le film, puis j'ai
continué à pleurer durant
trois heures après la
diffusion. » Turpin fait
plus ample connaissance avec
Emmanuelle Laborit et prend
la décision d'écrire un
personnage pour elle.
Un conflit de dates pour le
tournage projette Chantal
Giroux, jeune femme sourde
de naissance et sans
expérience de jeu, sous les
projecteurs. Malgré la
réticence justifiée des
producteurs et des
institutions qui financent
alors le film, le
réalisateur tient absolument
à donner le rôle à une vraie
personne sourde, fut-elle
non comédienne, plutôt qu'à
une comédienne « non-sourde
». D'abord pour
l'authenticité, mais aussi
pour « offrir un travail
bien rémunéré à une personne
sourde », selon les aveux du
réalisateur qui se navre de
constater une «injustice
épouvantable envers tous les
handicapés en général et
plus particulièrement dans
le cas des sourds à trouver
des emplois valorisants ».
Et puis, tourner avec
Chantal Giroux fut pour le
réalisateur et pour toute
l'équipe, une belle surprise
: « Je pensais qu'il y avait
deux obstacles, la surdité,
je pensais que c'était un
obstacle mais finalement ce
n'en était pas un du tout,
puis le fait que Chantal
n'était pas comédienne. Mais
finalement, avec les
comédiens non
professionnels, ça marche ou
ça ne marche pas. Chantal a
été la plus belle surprise
du tournage ; elle a été la
comédienne la plus facile à
diriger du plateau ».
Chantal Giroux, David La
Haye
Le souvenir
du tournage avec Chantal
Giroux évoque chez le
réalisateur des moments
réjouissants : « Elle était
un petit soleil sur le
plateau : tout le monde
avait ce désir d'entrer en
contact avec elle, les gens
apprenaient les signes, tout
le monde était un peu
fasciné par sa présence.
Pourtant, dans le (vrai)
monde, les sourds sont vus
comme une présence sauvage
et on les traite comme tel.
On les voit signer, on les
trouve bizarres, on est un
peu intimidé et farouche par
rapport à ça ». Pour André
Turpin, le handicap majeur
des personnes sourdes n'est
pas de ne pas entendre, mais
plutôt de ne pas communiquer
avec la société majoritaire
et entendante. Aussi
s'est-il servi de son film
pour véhiculer une Sara
forte, une femme
indépendante et sûre
d'elle-même, inspirée par
l'exemple de son frère
Alain: « J'ai voulu dire :
regardez ! Elle a un
handicap de communication
important, et malgré tout,
elle travaille en
communication ». De Sara, il
en fait une journaliste
capable de rapporter une
information qu'elle n'entend
pas.
Utopique ? Une des
principales difficultés des
personnes sourdes est
justement cet accès à
l'information et à la
communication, résultat d'un
apprentissage souvent
incomplet du français, même
écrit. Montrer un personnage
qui excelle en communication
écrite et laisser ainsi
croire que les sourds
peuvent être de véritables
virtuoses de la plume ne
va-t-il pas à l'encontre des
revendications des personnes
sourdes gestuelles à un mode
d'éducation plus approprié à
leur condition ? Tout en
reconnaissant la faible
probabilité qu'une personne
sourde puisse être
journaliste, André Turpin
refuse de cloisonner
l'univers des personnes
sourdes à une
incommunicabilité entre les
deux communautés, l'une
entendante, l'autre sourde
et force, par son film, une
réflexion sur le sort
réservé aux personnes
incapables de se faire
entendre. Le réalisateur se
défend d'avoir voulu en
faire un film engagé ou
politique, mais promet que
son prochain long métrage le
sera, et misera sur la
notion floue du handicap en
rapport avec une norme
sociale. « La danse des
gestes » ne sera jamais bien
loin des films d’André
Turpin. La présence de
personnages sourds qui
communiquent en silence a
peuplé une autre de ses
réalisations,
Cosmos. Comme si le
double héritage d'un frère
sourd et un talent affirmé
de directeur photo font
qu'André Turpin veut tout
capter par l'œil, même les
dialogues.