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À VENIR MARS 2012
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imprimable

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- Paul-André Primeau
- Gilles Lauzon
- Françoise Labelle
- Gisèle Riendeau


par : Mireille Faulkner
Et voici un brin d'histoire dans la vie
de monsieur Paul-André Primeau. Très jeune, au primaire, il
s'asseyait en avant dans la première rangée. Ce n'était pas
parce qu'il était plus intelligent, mais parce qu'il n'entendait
pas et devait suivre le professeur des yeux. Il ne le quittait
jamais du regard. Il note le problème des dictées, il n'était
vraiment pas chanceux. Avec les amis, il sortait la fin de
semaine, il sifflait, dansait, chantait, parlait fort ; les gens
autour de lui se tenaient les oreilles. Amateur des Beatles,
Bécaud, Aznavour, il chantait tout le temps. Paul-André passait
ses journées à chanter, il aimait cela. Il avait de la
difficulté à saisir les paroles, sa petite sœur les lui
écrivait.
Là, il y a de l'émotion au rendez-vous…
Il s'achetait des livres avec les paroles des chansons. Il
entendait de moins en moins. Dans un bar avec les copains, on
lui disait : « T'es bien indépendant, on te parle mais tu
réponds pas ! ». À cela, il répondait qu'il ne les voyait pas,
ne les entendait pas et pourtant il souligne de trouver
important de saluer les amis. En 1993, il n'entendait pas le
téléphone. Il devient très dépendant de sa femme. Cela
l'offusque. Il est dans un club social Richelieu à Valleyfield,
à la Chambre de commerce, il fait beaucoup de social. ÉMOTION…
Il est obligé de quitter tout cela. Il n'entend pas les
conférenciers qui parlent en avant, il n'entend pas les amis
autour d'une table, ne sait pas quel est le sujet. Avant, il
avait un vieil ami sourd, ses amis disaient de lui : « Il ne
comprend pas, il est sourd ». Paul-André se disait : « Tantôt je
serai pareil ». Il a quitté cela. Il est rentré dans sa
coquille, il n'avait plus d'amis.
En 1993, un audiologiste de Valleyfield lui dit qu'il a un
gros problème d'audition. L'appareil auditif ne lui sert plus à
rien. Le cheminement à faire l'amène à songer à un implant.
C'est un choc terrible, un «down» psychologique.
En 1998, il décide de consulter à l'Institut Raymond-Dewar.
Là on le prend en mains. Il passe des examens, reçoit de
l'information sur l'implant. Avec le temps, il s'est fait une
idée. Il lui fallait arrêter de travailler 4-5 mois et
cela occasionnait beaucoup de dépenses.
Paul-André a fini par se dire prêt pour l'opération.
Auparavant, cela lui était insupportable. Il se pensait trop
vieux pour recevoir un implant. En 2000, il a fait sa demande et
il se disait que peut-être cela marcherait. Il a été accepté. Il
a eu son implant le 7 avril dernier.
Ses résultats lui suffisent amplement. Il voulait entendre
chanter les oiseaux, percevoir les voix, la musique, les
klaxons. Maintenant il est très heureux. Il met son implant en
se levant comme s'il mettait ses souliers. Cela fait partie de
sa vie, de ses routines. Il est très satisfait de l'opération et
cela va aller en s'améliorant, dit-on.
Paul-André nous rapporte qu'il y a toujours quelqu'un qui
lui parle de son implant, au magasin, à la banque ou au
restaurant. C'est visible un implant. Il se dit très
comblé maintenant.
Il nous rapporte ce qui a mal été. Il a été opéré un jeudi.
Le vendredi, il fait une crise de goutte dans le genou. Il n'est
plus capable de marcher. Aussi, il y a la cicatrisation à
passer, 5 semaines et on retourne à Québec. Le dimanche, il
marche et recommence à avoir mal aux pieds. Il fait une crise de
goutte dans un pied, il n'est plus capable de marcher, c'est
l'enfer. Il a été hospitalisé pendant 8 jours, il a eu des
antibiotiques, de la cortisone. Il a un petit point qui coule de
son implant qu'il ne réussit pas à calmer. Après des examens, on
lui dit que ce n'est pas grave, cela fait 8 mois et ça dure
encore. Enfin, il y a eu plein d'événements autour de son
implant qui n'arrivent pas à d'autres.
Merci à Paul-André qui nous rapporte son expérience. Il
envisage de regarder du côté du Club Richelieu, ses vieux amis
sont partis. Là, il peut rencontrer n'importe qui, n'importe
quand, parler de n'importe quoi. Il a repris confiance en
lui à cause de son implant.

Hymne au printemps
L'avez-vous vu? L'avez-vous entendu? L'avez-vous senti?
A-t-il chassé la morosité des dernières semaines? A-t-il
repoussé la déprime des derniers jours et jeté de la couleur sur
vos journées ? C'est que… le printemps s'en vient !
Pas facile d'écrire sur ce thème lorsque le thermomètre
indique encore moins 20 degrés Celsius à l'extérieur et que la
neige encombre toujours mon balcon. Force m'est donnée d'y aller
de mémoire, de me souvenir qu'à chaque année, il nous revient
tel un ami après un long voyage. Son souffle de plus en plus
doux fait fondre la neige rapidement et les gens sont de plus en
plus heureux, sachant que c'est le présage d'un renouveau.
Ce n'est pas uniquement au printemps que la vie nous apporte
parfois un renouveau, parfois un espoir aussi, afin de continuer
notre cheminement personnel sur de nouvelles bases.
Je vous avoue bien humblement que c'est avec une certaine
fébrilité que j'écris ces lignes, car lorsque vous recevrez
votre revue Sourdine, je serai probablement en salle de
chirurgie à l'Hôtel-Dieu de Québec afin de recevoir l'implant
cochléaire. Tout un événement qui va certainement changer le
cours de mon existence future. À quel point ? Je n'en ai aucune
idée préconçue. Conscient que les résultats de cette opération
diffèrent d'une personne à l'autre, mes attentes sont des plus
réalistes. Alors, pourquoi ne pas user de sagesse en me disant
que ce que je pourrai récupérer en termes d'audition sera
certainement mieux que ce que je possède présentement.
Il y a exactement 25 ans, à la suite d'une maladie virale,
je devenais totalement sourd et ce, pratiquement du jour au
lendemain. L'adaptation n'a certainement pas été facile mais,
avec la volonté et surtout le goût de vivre cette nouvelle vie
le plus confortablement possible, elle s'est faite doucement.
Autodidacte, la lecture labiale m'est venue tout naturellement
et mes autres sens se sont miraculeusement développés. La nature
étant ce qu'elle est, pour compenser cette perte d'audition, ma
sensibilité tactile, mon esprit d'observation, ma concentration
se sont accrus dès les premiers instants et ils n'ont cessé
d'évoluer depuis. Sachez que pour moi, vos yeux parlent, le
langage corporel, les mimiques de votre visage reflètent votre
intérieur, vos sentiments les plus intimes. Il n'y a qu'un sourd
pour être sensible à tous ces aspects de la nature humaine.
Ainsi, j'ai continué durant plusieurs années à vivre presque
normalement dans mon monde d'entendants. Supporté par tous ceux
qui m'entourent et qui ne m'ont jamais considéré comme un
handicapé, j'ai réussi tant bien que mal à évoluer malgré toutes
les embûches et les frustrations rencontrées en cours de route.
Me croyant seul dans mon univers silencieux, ce n'est qu'en
1994, lorsque j'ai joint les rangs de l'A.D.S.M.Q., que j'ai
découvert qu'il existait une multitude de gens dans la même
situation. J'ai alors entendu parler de l'implant cochléaire,
mais j'avoue qu'à l'époque, l'idée de subir une telle chirurgie
ne me souriait pas tellement. Depuis quelques années, la
technologie médicale a tellement évolué que je me suis laissé
convaincre, surtout en constatant tous ces miracles de la
science qui ont permis à nombre de mes collègues d'entendre
presque normalement.
Maintenant qu'une nouvelle vie semble s'amorcer pour moi,
lorsque je vous reviendrai, la nature aura sûrement revêtu ses
plus beaux atours. Les champs se seront tapissés de milliers de
fleurs. Les arbres auront habillé leurs branches trop longtemps
dénudées par un long hiver. Quoi de plus merveilleux !
Et si la Providence me permet d'entendre les flots du
ruisseau couler entre les pierres pendant que les oiseaux
caresseront mes oreilles par leurs chants mélodieux, je serai le
plus heureux des hommes.
Le printemps m'émeut !
Sourdine # 145 mars/avril 2004
Deuxième partie
En désespoir de cause !
Dans mon dernier article je vous annonçais ma future
chirurgie afin de recevoir l'implant cochléaire. Mais, avant
d'élaborer sur le sujet, permettez-moi de vous faire comprendre
et surtout réfléchir sur la situation réelle d'une personne
parfaitement entendante qui devient subitement sourde profonde.
Vous pouvez peut-être essayer d'imaginer son vécu, mais jamais
vous n'y arriverez car même un malentendant ne peut se faire une
idée réelle de ce que nous devons vivre au jour le jour.
Lorsque j'ai appris que ma surdité totale s'avérait
permanente, un certain désespoir s'est installé, d'autant plus
que je savais qu'il n'y avait rien à faire. Il y a 25 ans, tous
les spécialistes consultés m'ont confirmé que j'étais condamné à
perpétuité, enfermé à vie dans mon silence. À vrai dire, la
perte de cet environnement sonore dans lequel j'avais vécu
durant 36 ans m'a semblé à l'époque insupportable. N'importe
quoi aurait fait l'affaire pourvu que j'entende de nouveau. Dieu
que j'ai cherché mais voilà, je n'ai rien trouvé ! Grâce au
support de mon entourage et une forte volonté de ne pas me
laisser abattre, j'ai finalement fait mon deuil de cette
ancienne vie en acceptant de la transformer, de l'adapter à mon
nouvel environnement insonore. En essayant aussi de l'aimer,
mais j'avoue bien humblement que je n'ai pas réussi cet exploit.
Mais un jour, Euréka ! J'ai trouvé ! Un espoir m'est
soudainement apparu lorsque j'ai été totalement convaincu que
l'implant cochléaire pouvait à un certain point me permettre de
revivre dans un environnement sonore acceptable. J'ai alors
entrepris les démarches. Et j'ai eu des réponses satisfaisantes
concernant mes attentes.
Le jour J est arrivé le 18 février dernier. La veille, avec
une nervosité certaine, j'ai dû passer plusieurs examens
médicaux. Mais le matin même, c'est avec un calme déconcertant
que je me rendis à la salle de chirurgie. Je pensais, en
moi-même, combien ma chance était incroyable ! Le chirurgien
m'avait confirmé que ma cochlée était en bon état et que j'avais
des chances de réussite. Quand je pense que durant toutes ces
années, j'avais cru terminer mes jours dans ce monde dépourvu de
sonorités. Je me demande maintenant comment j'ai pu endurer cela
aussi longtemps. Cette opération, en toute sincérité, ne
comptait plus vraiment. Ce n'était qu'une minuscule épreuve à
passer par rapport à tout ce que j'avais vécu et enduré durant
ces longues années. L'anesthésie, pfft ! et la douleur à la tête
qui s'ensuivrait sans doute, je n'y pensais pas vraiment,
c'était secondaire. Puis, quelques heures plus tard, ma sœur
Ghislaine, qui m'a accompagné, m'annonce, tout heureuse, la
bonne nouvelle ! L'opération est un succès, les tests
audiologiques se sont avérés positifs. Mes chances d'entendre se
confirment. J'étais quelque peu euphorique et j'avais hâte à
l'étape suivante. Dès le lendemain, déjà prêt à retourner chez
moi, je ne ressentis aucune douleur et j'étais relativement en
forme.
Ce n'est que le 22 mars que l'on m'a installé l'appareil
externe. Tout à coup, j'ai entendu. Mais quel bruit ! Ou plutôt
quels bruits ! Des sons inconnus, dans tous les sens, forts ou
aigus, graves ou faibles ! Il y en avait pour tous les goûts.
Quelques-uns me faisaient presque mal, tellement ils étaient
forts. Le jour même et durant neuf séances, ce fut la
programmation. C'est-à-dire l'ajustement de chaque électrode
afin de rendre ce tintamarre confortable. Dès lors, je me rendis
compte que j'entendais des sons irréels, des sons qui ne sont
pas fidèles à mon ancienne mémoire. Je suis d'autant plus
surpris que j'entends bien la voix des gens, mais je ne
comprends aucun mot. On dirait qu'ils parlent une autre langue.
Je reçois tout cela accompagné d'un bruit de ferraille. Je me
disais après un mois : « Mon Dieu ! Est-ce que je vais rester
ainsi ? » « Mais non, la réadaptation va m'aider à évoluer ».
Tous ces exercices oraux constituent une autre épreuve à
surmonter, car tout ce que j'entends encore ne sont que des
débuts ou des fins de mots que j'arrive parfois à décoder en
reconnaissant les syllabes. Tout comme un enfant, je dois
réapprendre à entendre! Je n'ai pourtant jamais imaginé que je
retournerais sur les bancs d'école. Quelle vie !
Il faut comprendre que chacun réagit différemment à
l'implant. Pour une personne comme moi qui n'a pas entendu
durant tant d'années, c'est plus long car le cerveau a oublié
d'entendre. Il reçoit bien des sons mais il ne comprend pas
encore ce qui lui arrive. J'avoue que c'est décourageant, mais
j'ai toujours espoir qu'un jour il va finir par décoder tout
cela convenablement. Oui, bien sûr que j'ai eu des moments de
désespoir, mais je m'accroche comme je l'ai toujours fait dans
ma vie lorsque j'ai décidé d'assumer une situation donnée. Je
suis déterminé, mais j'ai aussi une soif d'appuis et de pensées
positives provenant de toutes ces personnes qui veulent bien
m'accompagner dans cette merveilleuse odyssée. Équipé ainsi, je
n'ai aucun doute : « Un jour, je vais réussir! ».
Sourdine # 146 mai/juin 2004
Le Bonheur est à l'intérieur de soi !
Troisième partie :
C'est avec un bonheur certain que j'écris ce dernier épisode
de mon aventure avec l'implant cochléaire. Tout au long de votre
lecture, vous découvrirez que la détermination a son prix et que
la récompense en vaut le coup !
Ancien entendant, j'avais placé la barre de mes attentes un
peu trop haut. Je croyais entendre sans problème dès le port de
la prothèse. Naturellement, avec une telle attitude, j'ai
ressenti une profonde déception lorsque, durant plusieurs
semaines, j'ai constaté que je n'entendais que des bruits
incongrus et que la parole des gens n'était qu'un verbiage
incompréhensible. C'est alors que j'ai réfléchi à tout cela. Je
me suis dit qu'il fallait absolument me rajuster si je voulais
combattre le désespoir qui m'habitait. D'abord, accepter le fait
que ces vingt-cinq dernières années de surdité profonde, sans
stimulation auditive, m'avaient passablement hypothéqué.
Accepter que, dans mon cas, la route serait fort probablement
longue et pénible.
Ma réflexion m'a amené à me souvenir que le bonheur était
là, à ma portée. Et, à cet instant précis, le bonheur que je
recherchais était d'entendre, bien sûr, mais surtout de
comprendre auditivement la parole. Pour l'avoir maintes fois
expérimenté durant ma vie, je me suis souvenu qu'il suffisait de
me fermer les yeux et de les réouvrir vers mon intérieur. C'est
dans la profondeur de mon être essentiel que j'ai trouvé la
solution et les avenues pouvant possiblement m'amener vers la
réussite que je convoitais. Ce voyage intérieur m'a suggéré de
ne pas abandonner. De poursuivre ce long chemin en acceptant de
me laisser guider par tous ces intervenants expérimentés qui ne
demandaient pas mieux que de m'aider à réaliser mes objectifs.
Certes, le travail à accomplir risquait d'être laborieux mais
qu'importe. Lorsque l'on veut réaliser un souhait et l'obtenir,
ne vaut-il pas la peine d'y consacrer tous les efforts
nécessaires à sa réalisation?
La réadaptation intensive n'a rien de facile. Cela demande
de la patience et de l'endurance. Je partais de loin et j'ai dû
me faire à l'idée que je devais, marche par marche, monter les
échelons si je voulais en arriver à non seulement entendre mais…
comprendre. Au début, sans lecture labiale, j'ai trouvé
exténuant d'essayer d'interpréter et de décoder chaque syllabe,
chaque mot, chaque phrase. Quatre jours par semaine, je
poursuivais ma thérapie de deux et parfois trois heures par
jour. À ce rythme, c'est fatigant et cela demande une volonté à
toute épreuve. Mais je n'abandonne pas facilement. À chaque
petite victoire que je réalisais, on haussait la difficulté d'un
cran. Puis j'ai pu reconnaître des sons en choix ouvert,
identifier les voyelles et les consonnes présentées à voix nue
et enfin des phrases de sujets différents.
Tranquillement, je me dirigeai vers mon objectif en montant
cet immense escalier une marche à la fois. C'est ainsi qu'un
jour, je suis parvenu à entrevoir cette petite lumière au bout
de ce long tunnel qui me semblait interminable. Curieusement, le
17 mai, journée nationale de l'implant cochléaire, Mélanie me
propose d'essayer le téléphone. J'avoue que j'étais quelque peu
craintif et que je doutais fort de réussir cet exploit. À ma
grande surprise, ça a fonctionné au-delà de mes espérances. J'ai
pu relativement bien suivre la conversation malgré plusieurs
changements de sujets. Ce fut une énorme victoire pour moi car
je n'aurais jamais imaginé pouvoir utiliser ce médium un jour.
Suite à cette expérience, j'ai ressenti une grande joie, une
sensation de bien-être intense.
Remerciements !
Douze semaines loin de chez-soi, c'est long. Lorsqu'on a des
difficultés, c'est encore plus long. Heureusement, Gisèle
Riendeau poursuivait sa réadaptation au même moment. Je
connaissais Gisèle depuis plusieurs années, mais j'ai découvert
là-bas toutes ses belles qualités. Un petit bout de femme
remplie d'énergie, toujours positive et surtout, toujours
présente. Elle a été témoin de mon cheminement et je ne la
remercierai jamais assez pour son encouragement constant, ses
bonnes paroles et, surtout, sa présence. À mon retour, ma sœur
Ghislaine et son époux Daniel ont organisé une fête réunissant
toute ma famille pour célébrer l'événement. Quelle ne fut pas ma
surprise de recevoir un trophée accompagné de vœux provenant de
chacun des convives ! Merci à vous tous pour ce charmant
accueil. Croyez bien que j'aurai longtemps souvenir de cette
journée mémorable.
J'en profite également pour rendre hommage et remercier
chaleureusement : Julie Lamothe, M.O.A. audiologiste
(programmation), Mélanie Laferrière, M.O.A. audiologiste,
Stéphanie Rouleau, stagiaire en audiologie, Maurice Bhérer,
psychologue, et enfin, la pétillante Diane Lamontagne,
éducatrice spécialisée. Je me souviendrai toujours que c'est
grâce à l'accueil chaleureux, la patience, l'encouragement et
surtout l'approche très humaine dont ces intervenants ont fait
preuve tout au long de mon séjour que je suis en mesure de
déclarer aujourd'hui que ma réadaptation est une grande et belle
réussite.
Ma réadaptation a pris fin le 9 juin dernier. Le travail
n'est pas terminé pour autant, car c'est avec la pratique à long
terme que l'implant cochléaire va poursuivre son évolution. J'ai
une vie sociale assez remplie et déjà, j'ai pu constater combien
m'est utile ce choix que j'ai un jour fait. J'en suis rendu à ne
plus avoir recours au service d'interprétation lors des réunions
du conseil d'administration. En groupe, je me débrouille
superbement bien car je peux mieux suivre les conversations. Ma
voix est redevenue plus harmonieuse car je m'entends. Autant de
petites victoires que j'accumule et que j'ajoute à mes acquis.
Ce qui fait que, marche par marche, je vais un jour arriver au
faîte de cet escalier qui me semblait si long. Toutefois, j'ai
conscience de mes limites et je les respecte. Je ne serai jamais
« entendant » comme avant. Quelle importance!
J'ai découvert quelque chose au fond de moi qui revit. Il y
a longtemps, j'avais fait le deuil de mon audition. Maintenant,
c'est au tour de ma surdité et je crois bien ne pas avoir trop
de problèmes avec cela. Aujourd'hui, c'est avec joie que je dis
bonjour à la vie. Qu'il est bon de revenir parmi le monde des
vivants.
Le bonheur est vraiment à l'intérieur de soi
Sourdine # 147 juillet/août 2004
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Ma vie avec la surdité
Je me trouve assise dans le bureau de mon
ORL. Je suis là
suspendue à ses lèvres, j'attends son diagnostic qui tombe
comme un scalpel: surdité profonde à droite et modérément
sévère à gauche. Je reçois ce verdict stoïquement, mais cela
me fait l'effet d'une bonne gifle au visage.
Je suis abasourdie
et j'arrive à peine à
prononcer ces quelques
mots : « C'est pas vrai
? ». Je suis assommée.
Je suis seule dans son
bureau à recevoir cette
mauvaise nouvelle qui
changera le cours de ma
vie. Comme si cela
n'était pas assez, il me
prescrit un arrêt de
travail immédiat. Je
suis révoltée, j'ai la
rage au cœur: « Pourquoi
moi! » Aucun mot ne sort
de ma bouche. J'ai l'air
de bien encaisser ça, le
docteur me laisse
partir.
Je me sens comme un
automate. Je fais les
gestes qu'il faut mais
une corde importante
s'est brisée en moi.
J'entre à la maison, mon
fils m'accueille sur le
seuil de la porte, le
visage blême, le regard
effrayé. Il sent que
j'ai quelque chose de
très important à lui
dire. Dès mes premières
paroles, je n'en peux
plus de me retenir,
j'éclate en sanglots. Il
me réconforte de son
mieux malgré son
anxiété. Je lui annonce
la terrible nouvelle. Il
est encore aux études à
l'université, son
univers à lui aussi
vient de basculer. Ma
fille m'appelle, elle
vient souper ce soir. Je
suis contente de pouvoir
être entourée de mes
enfants. Cela met un peu
de baume sur mon âme.
Dès son entrée, nos
regards se croisent,
elle a saisi
l'importance de la
situation. Je la
renseigne, elle me
rassure de son mieux
malgré sa peine. Je suis
très triste, pourquoi
moi. J'ai la mort dans
l'âme.
Après un léger repas
pris en famille, je me
sens un peu mieux. J'ai
l'esprit plus clair pour
analyser la situation
avec eux. Je réalise
qu'il me reste la santé
qui me permettra de
trouver l'énergie et la
volonté d'agir, d'avoir
le courage de surmonter
cette dure épreuve. Je
décide d'assister plus
souvent aux pratiques de
lecture labiale à
l'A.D.S.M.Q. Le
lendemain j'appelle mon
audiologiste d'I.R.D.
Elle me conseille, je
m'inscris à des cours de
gestuel et de stratégies
de communication. Je me
joins aussi à un groupe
pour apprendre le L.S.Q.
Je prends tous les
moyens possibles pour
éviter l'isolement. Il
ne faut surtout pas
baisser les bras. Lors
d'une visite chez mon
O.R.L., ce dernier me
renseigne sur la
possibilité pour moi de
devenir candidate pour
recevoir un implant
cochléaire. Je suis
surprise et émerveillée
de voir qu'il existe un
moyen d'améliorer mon
sort. Au début, je suis
un peu ambivalente mais
je débute quand même ma
démarche pour être
acceptée comme
candidate. J'ai été
opérée le 4 mars 2003 à
8 h. au C.H.U.Q. par le
Dr Pierre Ferron, ce
très grand chirurgien
qui fait des merveilles.
Je ne le remercierai
jamais assez. Je lui
serai reconnaissante
pour le reste de ma vie.
Car cette dernière a
bien changé depuis. Elle
est devenue beaucoup
plus intéressante, je
n'arrête pas de
l'enrichir à tout point
de vue. Comme la
découverte de cette
nouvelle expérience que
fut la rédaction de cet
article.
La programmation
Je suis tourmentée.
Je n'arrive pas à
dormir. Je m'inquiète
pour demain. Vais-je
entendre ? Tout dépend
de ce petit nerf
auditif, sera-t-il à la
hauteur d'être
fonctionnel, afin de
changer le cours de ma
vie?
Je suis réveillée
dès l'aube, car j'ai
trop hâte de vivre cette
importante journée. Je
me rends à mon
rendez-vous en
audiologie au C.H.U.Q.
pour la programmation de
mon implant cochléaire.
J'arrive une bonne
demi-heure d'avance. Je
me sens nerveuse. Pour
passer le temps,
j'observe dans les
moindres détails tout ce
qui se passe autour de
moi dans cette salle
d'attente. C'est une
seconde nature que j'ai
développée depuis ma
perte d'audition.
Mireille Rouette,
audiologiste,
m'accueille
cordialement. Elle m'est
sympathique dès le
premier contact. Elle me
donne quelques
explications importantes
que j'arrive à
comprendre facilement en
lisant les mots qui
courent sur ses lèvres.
Ensuite débute la
programmation, mon
implant branché sur son
ordinateur. Mireille
doit ouvrir chacune des
seize électrodes une à
la fois, ensuite vient
le moment tant attendu.
Le bruit qui me
parvient est un son
électronique qui se
traduit par un «bip»
répétitif et ascendant.
Je le perçois très bien,
c'est l'euphorie! Je
suis tellement émue que
les larmes me montent
aux yeux. Mais je dois
me ressaisir car le
travail ne fait que
débuter.
Ce travail est
exigeant, il me demande
toute ma capacité de
concentration. J'y
participe en écoutant
attentivement le son de
chaque «bip», jusqu'à ce
que je trouve la même
force de frappe avec le
son précédent, sans
tenir compte de sa
tonalité. Cela afin
d'égaliser la force
moyenne de toutes les
électrodes. J'y arrive
assez bien en effet
puisque, après
l'ouverture de la
dernière électrode,
Mireille me dit: «
Comment ça va ? » Je
suis étonnée, car je la
comprends. Mais sa voix
sonne d'une façon bien
comique.
Je suis folle de
joie! Je voudrais le
crier à tue-tête ! Mais
il nous reste encore
beaucoup de travail à
accomplir. Ma
programmation a duré six
jours. Après, j'avais le
choix entre trois
programmes légèrement
différents, selon le
pourcentage
d'utilisation de chacun
des deux micros.
Chaque jour je
m'efforce de reconnaître
tous ces nouveaux sons
en les identifiant pour
pouvoir par la suite les
classifier grâce à ma
mémoire auditive.
Je voudrais bien
vous raconter une
anecdote que j'ai vécue
ce jour-là en revenant
chez moi. C'est en
marchant sur le trottoir
que je découvre un bruit
bizarre qui attire mon
attention. Je m'arrête,
je cherche sa
provenance, il a
disparu. Je me remets en
marche pour réaliser
avec stupéfaction que ce
bruit provient du
frottement des petits
grains de sable sous mes
souliers. Je suis
émerveillée de la
finesse de mon écoute.
Cela me comble de joie !
Lorsque que j'ai
revu le Dr Pierre Ferron,
je lui ai demandé: «
J'entends toujours d'une
façon comique, mais
c'est mon cerveau qui
convertit les sons ? »
Sa réponse fut : «C'est
le cerveau qui s'adapte.
»
C'est en acceptant
de faire partie d'une
étude de recherche comme
candidate implantée que
j'ai réussi à donner ma
petite contribution à ce
grand programme
québécois qu'est
l'implant cochléaire.
C'est peu à côté du
gigantesque travail
apporté par plusieurs
personnes impliquées
dans ce projet.
On doit le
reconnaître, c'est un
travail magnifique!
Bravo et merci à chacun
et chacune d'avoir donné
de l'espoir à ceux qui
sont devenus sourds.
Sourdine # 146 mai/juin
2004
|
par Gilbert Poitras
Malgré la
pluie venue assombrir la journée
du dimanche 1er octobre 2006,
près de 35 personnes se sont
présentées au local de l’ADSMQ
pour partager les plats préparés
par chacun lors du premier
brunch de l’année. Par la suite,
tous se sont installés pour
écouter le témoignage que madame
Gisèle Riendeau a bien voulu rendre sur son
expérience de l’implant cochléaire.
Ce sont les aspects émotifs
qui ont marqué son cheminement avant, pendant et
après l’opération pour recevoir l’implant cochléaire
que veut faire ressortir d’abord et avant tout
madame Riendeau. Celle-ci nous mentionne en premier
lieu que sa surdité est héréditaire. Elle entend
bien jusque vers l’âge de 20 ans. Par la suite, son
audition se détériore graduellement et c’est à l’âge
de 35 ans qu'elle commence à porter des prothèses
auditives.
Dans la cinquantaine, elle connaît une baisse
très prononcée de l’ouïe. Désireuse de rester le
plus autonome possible dans sa vie de tous les
jours, elle consulte audiologistes et
audioprothésistes. Malheureusement, même les
prothèses numériques, lui dit-on, ne lui seraient
pas d’un grand secours. Ce n’est pas de gaîté de
cœur qu’elle se laisse alors convaincre d’acheter un
ATS.
Pendant ce temps, madame Riendeau assiste à des
conférences portant sur l’implant cochléaire. Les
personnes opérées qu’elle croise se disent très
satisfaites. Cela n’est toutefois pas suffisant pour
lui enlever ses doutes et son scepticisme. En mars
2003, elle voit monsieur Bernard Giraldeau qui lui
conseille l’implant. Elle décide de faire sa
demande, laquelle est acceptée en novembre de la
même année. Entre temps elle passe des examens et on
procède à un bilan de santé. Elle rencontre
également le docteur Ferron à l’Hôtel-Dieu de Québec
à l’été 2003. Ce dernier lui fait très bonne
impression. La chirurgie est finalement prévue le 26
février 2004, soit un an à peine après sa demande,
alors qu’elle s’attendait à un délai de deux ans.
L’échéance arrive rapidement et madame Riendeau
n’a pas encore eu vraiment le temps de se faire à
l’idée. Croyante, elle écrit à plusieurs monastères
du Québec pour demande de prier pour elle. Elle
reçoit aussi le soutien de plusieurs parents et
amis. Première à être opérée le matin du 26 février,
madame Riendeau reçoit la visite du docteur Ferron
qui lui donne une tape sur l’épaule et lui dit : «Ça
va bien aller, ma petite fille». De fait,
l’opération se déroule bien. Aucun problème
particulier ne se manifeste par la suite, et madame
Riendeau n’est pas non plus gênée par des
acouphènes.
Quelques semaines plus tard, elle est de retour
à Québec pour la programmation de l’implant. Au
début, elle entend toutes sortes de bruits. C’est la
cacophonie. Mais à la fin de la première semaine,
c’est déjà mieux. L’étape de la programmation, dans
son cas, s’étend sur huit jours. Par la suite, elle
retourne à Charlesbourg pendant huit semaines pour
la phase de réadaptation. Elle quitte son domicile
le lundi matin et est de retour chez elle le jeudi
en fin de journée.
Madame Riendeau recommande de prendre son temps
et de mener à terme l’étape de la réadaptation. Cela
est nécessaire, nous dit-elle, pour que le cerveau
se réhabitue à percevoir correctement les sons. Cela
donne aussi la possibilité de créer des liens avec
d’autres patients.
Pendant son séjour là-bas, madame Riendeau
demeure en pension chez des personnes retraitées.
C’est une véritable vie de famille que celles-ci
parviennent à recréer et qui est fort appréciée.
Madame Riendeau nous dit que, depuis son
opération, elle a retrouvé le goût de vivre. Certes,
l’implant cochléaire n’est pas comme l’oreille
humaine, mais il a changé sa vie. Elle compare son
expérience au plaisir éprouvé de retrouver quelqu’un
de cher qu’on pensait ne plus jamais revoir. Quelle
joie aussi d’entendre de nouveau le chant des
oiseaux, le bruit de l’eau qui coule, le vent qui
souffle, le chat qui ronronne!
Madame Riendeau nous dit qu’elle peut profiter
de la vie et s’adonner à des activités qu’elle avait
délaissées : aller au cinéma, partager un repas au
restaurant… «La vie m’a fait un cadeau, nous
confie-t-elle. Comme j’entends mieux, j’ai plus
d’assurance.» C’est un regain de jeunesse qui la
gagne et fait en sorte qu’elle veut tout faire et
tout voir, mais elle veut, par-dessus tout, profiter
pleinement du moment présent et apprécier la vie.
Elle souhaite, en terminant, aux personnes qui
pourraient profiter de l’implant cochléaire de vivre
la même expérience qu’elle.
Sourdine novembre/décembre
2006
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