Témoignages / implant cochléaire

 

Sourdine

 
 

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Cocktail dînatoire 

Fondation surdité et communication

Cocktail dînatoire et spectacle

 

 

   

 

Forum de discussion

 

Description


Ce groupe de discussion vise à favoriser les échanges entre les personnes aux prises avec une maladie causant la surdité, telles que la neuropathie, la maladie de Ménière, le cholestéatome, l’ossification, le neurinome, l’otospongiose, etc.

 

Faites part de vos expériences avec les divers appareils auditifs disponibles, allant de la  simple prothèse analogique au plus sophistiqué implant cochléaire.

 

   

 

Témoignages de personnes ayant reçu l'implant cochléaire
 

 

 

Témoignages de:

 

  1. Paul-André Primeau
  2. Gilles Lauzon
  3. Françoise Labelle
  4. Gisèle Riendeau

Paul-André Primeau

 


 

 

       par : Mireille Faulkner  
Et voici un brin d'histoire dans la vie de monsieur Paul-André Primeau. Très jeune, au primaire, il s'asseyait en avant dans la première rangée. Ce n'était pas parce qu'il était plus intelligent, mais parce qu'il n'entendait pas et devait suivre le professeur des yeux. Il ne le quittait jamais du regard. Il note le problème des dictées, il n'était vraiment pas chanceux. Avec les amis, il sortait la fin de semaine, il sifflait, dansait, chantait, parlait fort ; les gens autour de lui se tenaient les oreilles. Amateur des Beatles, Bécaud, Aznavour, il chantait tout le temps. Paul-André passait ses journées à chanter, il aimait cela. Il avait de la difficulté à saisir les paroles, sa petite sœur les lui écrivait.
Là, il y a de l'émotion au rendez-vous…
Il s'achetait des livres avec les paroles des chansons. Il entendait de moins en moins. Dans un bar avec les copains, on lui disait : « T'es bien indépendant, on te parle mais tu réponds pas ! ». À cela, il répondait qu'il ne les voyait pas, ne les entendait pas et pourtant il souligne de trouver important de saluer les amis. En 1993, il n'entendait pas le téléphone. Il devient très dépendant de sa femme. Cela l'offusque. Il est dans un club social Richelieu à Valleyfield, à la Chambre de commerce, il fait beaucoup de social. ÉMOTION… Il est obligé de quitter tout cela. Il n'entend pas les conférenciers qui parlent en avant, il n'entend pas les amis autour d'une table, ne sait pas quel est le sujet. Avant, il avait un vieil ami sourd, ses amis disaient de lui : « Il ne comprend pas, il est sourd ». Paul-André se disait : « Tantôt je serai pareil ». Il a quitté cela. Il est rentré dans sa coquille, il n'avait plus d'amis.
En 1993, un audiologiste de Valleyfield lui dit qu'il a un gros problème d'audition. L'appareil auditif ne lui sert plus à rien. Le cheminement à faire l'amène à songer à un implant. C'est un choc terrible, un «down» psychologique.
En 1998, il décide de consulter à l'Institut Raymond-Dewar. Là on le prend en mains. Il passe des examens, reçoit de l'information sur l'implant. Avec le temps, il s'est fait une idée. Il lui fallait arrêter de travailler 4-5 mois et cela occasionnait beaucoup de dépenses.
Paul-André a fini par se dire prêt pour l'opération. Auparavant, cela lui était insupportable. Il se pensait trop vieux pour recevoir un implant. En 2000, il a fait sa demande et il se disait que peut-être cela marcherait. Il a été accepté. Il a eu son implant le 7 avril dernier.
Ses résultats lui suffisent amplement. Il voulait entendre chanter les oiseaux, percevoir les voix, la musique, les klaxons. Maintenant il est très heureux. Il met son implant en se levant comme s'il mettait ses souliers. Cela fait partie de sa vie, de ses routines. Il est très satisfait de l'opération et cela va aller en s'améliorant, dit-on.
Paul-André nous rapporte qu'il y a toujours quelqu'un qui lui parle de son implant, au magasin, à la banque ou au restaurant. C'est visible un implant. Il se dit très comblé maintenant. 
Il nous rapporte ce qui a mal été. Il a été opéré un jeudi. Le vendredi, il fait une crise de goutte dans le genou. Il n'est plus capable de marcher. Aussi, il y a la cicatrisation à passer, 5 semaines et on retourne à Québec. Le dimanche, il marche et recommence à avoir mal aux pieds. Il fait une crise de goutte dans un pied, il n'est plus capable de marcher, c'est l'enfer. Il a été hospitalisé pendant 8 jours, il a eu des antibiotiques, de la cortisone. Il a un petit point qui coule de son implant qu'il ne réussit pas à calmer. Après des examens, on lui dit que ce n'est pas grave, cela fait 8 mois et ça dure encore. Enfin, il y a eu plein d'événements autour de son implant qui n'arrivent pas à d'autres.
Merci à Paul-André qui nous rapporte son expérience. Il envisage de regarder du côté du Club Richelieu, ses vieux amis sont partis. Là, il peut rencontrer n'importe qui, n'importe quand, parler de n'importe quoi. Il a repris  confiance en lui à cause de son implant.

 

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Gilles Lauzon


Hymne au printemps

L'avez-vous vu? L'avez-vous entendu? L'avez-vous senti? A-t-il chassé la morosité des dernières semaines? A-t-il repoussé la déprime des derniers jours et jeté de la couleur sur vos journées ? C'est que… le printemps s'en vient !
Pas facile d'écrire sur ce thème lorsque le thermomètre indique encore moins 20 degrés Celsius à l'extérieur et que la neige encombre toujours mon balcon. Force m'est donnée d'y aller de mémoire, de me souvenir qu'à chaque année, il nous revient tel un ami après un long voyage. Son souffle de plus en plus doux fait fondre la neige rapidement et les gens sont de plus en plus heureux, sachant que c'est le présage d'un renouveau.
Ce n'est pas uniquement au printemps que la vie nous apporte parfois un renouveau, parfois un espoir aussi, afin de continuer notre cheminement personnel sur de nouvelles bases.
Je vous avoue bien humblement que c'est avec une certaine fébrilité que j'écris ces lignes, car lorsque vous recevrez votre revue Sourdine, je serai probablement en salle de chirurgie à l'Hôtel-Dieu de Québec afin de recevoir l'implant cochléaire. Tout un événement qui va certainement changer le cours de mon existence future. À quel point ? Je n'en ai aucune idée préconçue. Conscient que les résultats de cette opération diffèrent d'une personne à l'autre, mes attentes sont des plus réalistes. Alors, pourquoi ne pas user de sagesse en me disant que ce que je pourrai récupérer en termes d'audition sera certainement mieux que ce que je possède présentement.
Il y a exactement 25 ans, à la suite d'une maladie virale, je devenais totalement sourd et ce, pratiquement du jour au lendemain. L'adaptation n'a certainement pas été facile mais, avec la volonté et surtout le goût de vivre cette nouvelle vie le plus confortablement possible, elle s'est faite doucement. Autodidacte, la lecture labiale m'est venue tout naturellement et mes autres sens se sont miraculeusement développés. La nature étant ce qu'elle est, pour compenser cette perte d'audition, ma sensibilité tactile, mon esprit d'observation, ma concentration se sont accrus dès les premiers instants et ils n'ont cessé d'évoluer depuis. Sachez que pour moi, vos yeux parlent, le langage corporel, les mimiques de votre visage reflètent votre intérieur, vos sentiments les plus intimes. Il n'y a qu'un sourd pour être sensible à tous ces aspects de la nature humaine.
Ainsi, j'ai continué durant plusieurs années à vivre presque normalement dans mon monde d'entendants. Supporté par tous ceux qui m'entourent et qui ne m'ont jamais considéré comme un handicapé, j'ai réussi tant bien que mal à évoluer malgré toutes les embûches et les frustrations rencontrées en cours de route. Me croyant seul dans mon univers silencieux, ce n'est qu'en 1994, lorsque j'ai joint les rangs de l'A.D.S.M.Q., que j'ai découvert qu'il existait une multitude de gens dans la même situation. J'ai alors entendu parler de l'implant cochléaire, mais j'avoue qu'à l'époque, l'idée de subir une telle chirurgie ne me souriait pas tellement. Depuis quelques années, la technologie médicale a tellement évolué que je me suis laissé convaincre, surtout en constatant tous ces miracles de la science qui ont permis à nombre de mes collègues d'entendre presque normalement. 
Maintenant qu'une nouvelle vie semble s'amorcer pour moi, lorsque je vous reviendrai, la nature aura sûrement revêtu ses plus beaux atours. Les champs se seront tapissés de milliers de fleurs. Les arbres auront habillé leurs branches trop longtemps dénudées par un long hiver. Quoi de plus merveilleux ! 
Et si la Providence me permet d'entendre les flots du ruisseau couler entre les pierres pendant que les oiseaux caresseront mes oreilles par leurs chants mélodieux, je serai le plus heureux des hommes. 
Le printemps m'émeut ! 
Sourdine # 145 mars/avril 2004

Deuxième partie

En désespoir de cause !

Dans mon dernier article je vous annonçais ma future chirurgie afin de recevoir l'implant cochléaire. Mais, avant d'élaborer sur le sujet, permettez-moi de vous faire comprendre et surtout réfléchir sur la situation réelle d'une personne parfaitement entendante qui devient subitement sourde profonde. Vous pouvez peut-être essayer d'imaginer son vécu, mais jamais vous n'y arriverez car même un malentendant ne peut se faire une idée réelle de ce que nous devons vivre au jour le jour.
Lorsque j'ai appris que ma surdité totale s'avérait permanente, un certain désespoir s'est installé, d'autant plus que je savais qu'il n'y avait rien à faire. Il y a 25 ans, tous les spécialistes consultés m'ont confirmé que j'étais condamné à perpétuité, enfermé à vie dans mon silence. À vrai dire, la perte de cet environnement sonore dans lequel j'avais vécu durant 36 ans m'a semblé à l'époque insupportable. N'importe quoi aurait fait l'affaire pourvu que j'entende de nouveau. Dieu que j'ai cherché mais voilà, je n'ai rien trouvé ! Grâce au support de mon entourage et une forte volonté de ne pas me laisser abattre, j'ai finalement fait mon deuil de cette ancienne vie en acceptant de la transformer, de l'adapter à mon nouvel environnement insonore. En essayant aussi de l'aimer, mais j'avoue bien humblement que je n'ai pas réussi cet exploit. Mais un jour, Euréka ! J'ai trouvé ! Un espoir m'est soudainement apparu lorsque j'ai été totalement convaincu que l'implant cochléaire pouvait à un certain point me permettre de revivre dans un environnement sonore acceptable. J'ai alors entrepris les démarches. Et j'ai eu des réponses satisfaisantes concernant mes attentes.
Le jour J est arrivé le 18 février dernier. La veille, avec une nervosité certaine, j'ai dû passer plusieurs examens médicaux. Mais le matin même, c'est avec un calme déconcertant que je me rendis à la salle de chirurgie. Je pensais, en moi-même, combien ma chance était incroyable ! Le chirurgien m'avait confirmé que ma cochlée était en bon état et que j'avais des chances de réussite. Quand je pense que durant toutes ces années, j'avais cru terminer mes jours dans ce monde dépourvu de sonorités. Je me demande maintenant comment j'ai pu endurer cela aussi longtemps. Cette opération, en toute sincérité, ne comptait plus vraiment. Ce n'était qu'une minuscule épreuve à passer par rapport à tout ce que j'avais vécu et enduré durant ces longues années. L'anesthésie, pfft ! et la douleur à la tête qui s'ensuivrait sans doute, je n'y pensais pas vraiment, c'était secondaire. Puis, quelques heures plus tard, ma sœur Ghislaine, qui m'a accompagné, m'annonce, tout heureuse, la bonne nouvelle ! L'opération est un succès, les tests audiologiques se sont avérés positifs. Mes chances d'entendre se confirment. J'étais quelque peu euphorique et j'avais hâte à l'étape suivante. Dès le lendemain, déjà prêt à retourner chez moi, je ne ressentis aucune douleur et j'étais relativement en forme.
Ce n'est que le 22 mars que l'on m'a installé l'appareil externe. Tout à coup, j'ai entendu. Mais quel bruit ! Ou plutôt quels bruits ! Des sons inconnus, dans tous les sens, forts ou aigus, graves ou faibles ! Il y en avait pour tous les goûts. Quelques-uns me faisaient presque mal, tellement ils étaient forts. Le jour même et durant neuf séances, ce fut la programmation. C'est-à-dire l'ajustement de chaque électrode afin de rendre ce tintamarre confortable. Dès lors, je me rendis compte que j'entendais des sons irréels, des sons qui ne sont pas fidèles à mon ancienne mémoire. Je suis d'autant plus surpris que j'entends bien la voix des gens, mais je ne comprends aucun mot. On dirait qu'ils parlent une autre langue. Je reçois tout cela accompagné d'un bruit de ferraille. Je me disais après un mois : « Mon Dieu ! Est-ce que je vais rester ainsi ? » « Mais non, la réadaptation va m'aider à évoluer ». Tous ces exercices oraux constituent une autre épreuve à surmonter, car tout ce que j'entends encore ne sont que des débuts ou des fins de mots que j'arrive parfois à décoder en reconnaissant les syllabes. Tout comme un enfant, je dois réapprendre à entendre! Je n'ai pourtant jamais imaginé que je retournerais sur les bancs d'école. Quelle vie !
Il faut comprendre que chacun réagit différemment à l'implant. Pour une personne comme moi qui n'a pas entendu durant tant d'années, c'est plus long car le cerveau a oublié d'entendre. Il reçoit bien des sons mais il ne comprend pas encore ce qui lui arrive. J'avoue que c'est décourageant, mais j'ai toujours espoir qu'un jour il va finir par décoder tout cela convenablement. Oui, bien sûr que j'ai eu des moments de désespoir, mais je m'accroche comme je l'ai toujours fait dans ma vie lorsque j'ai décidé d'assumer une situation donnée. Je suis déterminé, mais j'ai aussi une soif d'appuis et de pensées positives provenant de toutes ces personnes qui veulent bien m'accompagner dans cette merveilleuse odyssée. Équipé ainsi, je n'ai aucun doute : « Un jour, je vais réussir! ».
Sourdine # 146 mai/juin 2004

Le Bonheur est à l'intérieur de soi !

Troisième partie :
C'est avec un bonheur certain que j'écris ce dernier épisode de mon aventure avec l'implant cochléaire. Tout au long de votre lecture, vous découvrirez que la détermination a son prix et que la récompense en vaut le coup ! 
Ancien entendant, j'avais placé la barre de mes attentes un peu trop haut. Je croyais entendre sans problème dès le port de la prothèse. Naturellement, avec une telle attitude, j'ai ressenti une profonde déception lorsque, durant plusieurs semaines, j'ai constaté que je n'entendais que des bruits incongrus et que la parole des gens n'était qu'un verbiage incompréhensible. C'est alors que j'ai réfléchi à tout cela. Je me suis dit qu'il fallait absolument me rajuster si je voulais combattre le désespoir qui m'habitait. D'abord, accepter le fait que ces vingt-cinq dernières années de surdité profonde, sans stimulation auditive, m'avaient passablement hypothéqué. Accepter que, dans mon cas, la route serait fort probablement longue et pénible. 
Ma réflexion m'a amené à me souvenir que le bonheur était là, à ma portée. Et, à cet instant précis, le bonheur que je recherchais était d'entendre, bien sûr, mais surtout de comprendre auditivement la parole. Pour l'avoir maintes fois expérimenté durant ma vie, je me suis souvenu qu'il suffisait de me fermer les yeux et de les réouvrir vers mon intérieur. C'est dans la profondeur de mon être essentiel que j'ai trouvé la solution et les avenues pouvant possiblement m'amener vers la réussite que je convoitais. Ce voyage intérieur m'a suggéré de ne pas abandonner. De poursuivre ce long chemin en acceptant de me laisser guider par tous ces intervenants expérimentés qui ne demandaient pas mieux que de m'aider à réaliser mes objectifs. Certes, le travail à accomplir risquait d'être laborieux mais qu'importe. Lorsque l'on veut réaliser un souhait et l'obtenir, ne vaut-il pas la peine d'y consacrer tous les efforts nécessaires à sa réalisation? 
La réadaptation intensive n'a rien de facile. Cela demande de la patience et de l'endurance. Je partais de loin et j'ai dû me faire à l'idée que je devais, marche par marche, monter les échelons si je voulais en arriver à non seulement entendre mais… comprendre. Au début, sans lecture labiale, j'ai trouvé exténuant d'essayer d'interpréter et de décoder chaque syllabe, chaque mot, chaque phrase. Quatre jours par semaine, je poursuivais ma thérapie de deux et parfois trois heures par jour. À ce rythme, c'est fatigant et cela demande une volonté à toute épreuve. Mais je n'abandonne pas facilement. À chaque petite victoire que je réalisais, on haussait la difficulté d'un cran. Puis j'ai pu reconnaître des sons en choix ouvert, identifier les voyelles et les consonnes présentées à voix nue et enfin des phrases de sujets différents. 
Tranquillement, je me dirigeai vers mon objectif en montant cet immense escalier une marche à la fois. C'est ainsi qu'un jour, je suis parvenu à entrevoir cette petite lumière au bout de ce long tunnel qui me semblait interminable. Curieusement, le 17 mai, journée nationale de l'implant cochléaire, Mélanie me propose d'essayer le téléphone. J'avoue que j'étais quelque peu craintif et que je doutais fort de réussir cet exploit. À ma grande surprise, ça a fonctionné au-delà de mes espérances. J'ai pu relativement bien suivre la conversation malgré plusieurs changements de sujets. Ce fut une énorme victoire pour moi car je n'aurais jamais imaginé pouvoir utiliser ce médium un jour. Suite à cette expérience, j'ai ressenti une grande joie, une sensation de bien-être intense. 
Remerciements !
Douze semaines loin de chez-soi, c'est long. Lorsqu'on a des difficultés, c'est encore plus long. Heureusement, Gisèle Riendeau poursuivait sa réadaptation au même moment. Je connaissais Gisèle depuis plusieurs années, mais j'ai découvert là-bas toutes ses belles qualités. Un petit bout de femme remplie d'énergie, toujours positive et surtout, toujours présente. Elle a été témoin de mon cheminement et je ne la remercierai jamais assez pour son encouragement constant, ses bonnes paroles et, surtout, sa présence. À mon retour, ma sœur Ghislaine et son époux Daniel ont organisé une fête réunissant toute ma famille pour célébrer l'événement. Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir un trophée accompagné de vœux provenant de chacun des convives ! Merci à vous tous pour ce charmant accueil. Croyez bien que j'aurai longtemps souvenir de cette journée mémorable.
J'en profite également pour rendre hommage et remercier chaleureusement : Julie Lamothe, M.O.A. audiologiste (programmation), Mélanie Laferrière, M.O.A. audiologiste, Stéphanie Rouleau, stagiaire en audiologie, Maurice Bhérer, psychologue, et enfin, la pétillante Diane Lamontagne, éducatrice spécialisée. Je me souviendrai toujours que c'est grâce à l'accueil chaleureux, la patience, l'encouragement et surtout l'approche très humaine dont ces intervenants ont fait preuve tout au long de mon séjour que je suis en mesure de déclarer aujourd'hui que ma réadaptation est une grande et belle réussite.
Ma réadaptation a pris fin le 9 juin dernier. Le travail n'est pas terminé pour autant, car c'est avec la pratique à long terme que l'implant cochléaire va poursuivre son évolution. J'ai une vie sociale assez remplie et déjà, j'ai pu constater combien m'est utile ce choix que j'ai un jour fait. J'en suis rendu à ne plus avoir recours au service d'interprétation lors des réunions du conseil d'administration. En groupe, je me débrouille superbement bien car je peux mieux suivre les conversations. Ma voix est redevenue plus harmonieuse car je m'entends. Autant de petites victoires que j'accumule et que j'ajoute à mes acquis. Ce qui fait que, marche par marche, je vais un jour arriver au faîte de cet escalier qui me semblait si long. Toutefois, j'ai conscience de mes limites et je les respecte. Je ne serai jamais « entendant » comme avant. Quelle importance! 
J'ai découvert quelque chose au fond de moi qui revit. Il y a longtemps, j'avais fait le deuil de mon audition. Maintenant, c'est au tour de ma surdité et je crois bien ne pas avoir trop de problèmes avec cela. Aujourd'hui, c'est avec joie que je dis bonjour à la vie. Qu'il est bon de revenir parmi le monde des vivants.
Le bonheur est vraiment à l'intérieur de soi
Sourdine # 147 juillet/août 2004

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Françoise Labelle

 


Ma vie avec la surdité

Je me trouve assise dans le bureau de mon ORL.  Je suis là suspendue à ses lèvres, j'attends son diagnostic qui tombe comme un scalpel: surdité profonde à droite et modérément sévère à gauche. Je reçois ce verdict stoïquement, mais cela me fait l'effet d'une bonne gifle au visage.
Je suis abasourdie et j'arrive à peine à prononcer ces quelques mots : « C'est pas vrai ? ». Je suis assommée. Je suis seule dans son bureau à recevoir cette mauvaise nouvelle qui changera le cours de ma vie. Comme si cela n'était pas assez, il me prescrit un arrêt de travail immédiat. Je suis révoltée, j'ai la rage au cœur: « Pourquoi moi! » Aucun mot ne sort de ma bouche. J'ai l'air de bien encaisser ça, le docteur me laisse partir.
Je me sens comme un automate. Je fais les gestes qu'il faut mais une corde importante s'est brisée en moi. J'entre à la maison, mon fils m'accueille sur le seuil de la porte, le visage blême, le regard effrayé. Il sent que j'ai quelque chose de très important à lui dire. Dès mes premières paroles, je n'en peux plus de me retenir, j'éclate en sanglots. Il me réconforte de son mieux malgré son anxiété. Je lui annonce la terrible nouvelle. Il est encore aux études à l'université, son univers à lui aussi vient de basculer. Ma fille m'appelle, elle vient souper ce soir. Je suis contente de pouvoir être entourée de mes enfants. Cela met un peu de baume sur mon âme. Dès son entrée, nos regards se croisent, elle a saisi l'importance de la situation. Je la renseigne, elle me rassure de son mieux malgré sa peine. Je suis très triste, pourquoi moi. J'ai la mort dans l'âme.
Après un léger repas pris en famille, je me sens un peu mieux. J'ai l'esprit plus clair pour analyser la situation avec eux. Je réalise qu'il me reste la santé qui me permettra de trouver l'énergie et la volonté d'agir, d'avoir le courage de surmonter cette dure épreuve. Je décide d'assister plus souvent aux pratiques de lecture labiale à l'A.D.S.M.Q. Le lendemain j'appelle mon audiologiste d'I.R.D. Elle me conseille, je m'inscris à des cours de gestuel et de stratégies de communication. Je me joins aussi à un groupe pour apprendre le L.S.Q. Je prends tous les moyens possibles pour éviter l'isolement. Il ne faut surtout pas baisser les bras. Lors d'une visite chez mon O.R.L., ce dernier me renseigne sur la possibilité pour moi de devenir candidate pour recevoir un implant cochléaire. Je suis surprise et émerveillée de voir qu'il existe un moyen d'améliorer mon sort. Au début, je suis un peu ambivalente mais je débute quand même ma démarche pour être acceptée comme candidate. J'ai été opérée le 4 mars 2003 à 8 h. au C.H.U.Q. par le Dr Pierre Ferron, ce très grand chirurgien qui fait des merveilles. Je ne le remercierai jamais assez. Je lui serai reconnaissante pour le reste de ma vie. Car cette dernière a bien changé depuis. Elle est devenue beaucoup plus intéressante, je n'arrête pas de l'enrichir à tout point de vue. Comme la découverte de cette nouvelle expérience que fut la rédaction de cet article.
La programmation 
Je suis tourmentée. Je n'arrive pas à dormir. Je m'inquiète pour demain. Vais-je entendre ? Tout dépend de ce petit nerf auditif, sera-t-il à la hauteur d'être fonctionnel, afin de changer le cours de ma vie?
Je suis réveillée dès l'aube, car j'ai trop hâte de vivre cette importante journée. Je me rends à mon rendez-vous en audiologie au C.H.U.Q. pour la programmation de mon implant cochléaire.
J'arrive une bonne demi-heure d'avance. Je me sens nerveuse. Pour passer le temps, j'observe dans les moindres détails tout ce qui se passe autour de moi dans cette salle d'attente. C'est une seconde nature que j'ai développée depuis ma perte d'audition.
Mireille Rouette, audiologiste, m'accueille cordialement. Elle m'est sympathique dès le premier contact. Elle me donne quelques explications importantes que j'arrive à comprendre facilement en lisant les mots qui courent sur ses lèvres. Ensuite débute la programmation, mon implant branché sur son ordinateur. Mireille doit ouvrir chacune des seize électrodes une à la fois, ensuite vient le moment tant attendu.
Le bruit qui me parvient est un son électronique qui se traduit par un «bip» répétitif et ascendant. Je le perçois très bien, c'est l'euphorie! Je suis tellement émue que les larmes me montent aux yeux. Mais je dois me ressaisir car le travail ne fait que débuter.
Ce travail est exigeant, il me demande toute ma capacité de concentration. J'y participe en écoutant attentivement le son de chaque «bip», jusqu'à ce que je trouve la même force de frappe avec le son préc��dent, sans tenir compte de sa tonalité. Cela afin d'égaliser la force moyenne de toutes les électrodes. J'y arrive assez bien en effet puisque, après l'ouverture de la dernière électrode, Mireille me dit: « Comment ça va ? » Je suis étonn��e, car je la comprends. Mais sa voix sonne d'une façon bien comique.
Je suis folle de joie! Je voudrais le crier à tue-tête ! Mais il nous reste encore beaucoup de travail à accomplir. Ma programmation a duré six jours. Après, j'avais le choix entre trois programmes légèrement différents, selon le pourcentage d'utilisation de chacun des deux micros.
Chaque jour je m'efforce de reconnaître tous ces nouveaux sons en les identifiant pour pouvoir par la suite les classifier grâce à ma mémoire auditive.
Je voudrais bien vous raconter une anecdote que j'ai vécue ce jour-là en revenant chez moi. C'est en marchant sur le trottoir que je découvre un bruit bizarre qui attire mon attention. Je m'arrête, je cherche sa provenance, il a disparu. Je me remets en marche pour réaliser avec stupéfaction que ce bruit provient du frottement des petits grains de sable sous mes souliers. Je suis émerveillée de la finesse de mon écoute. Cela me comble de joie !
Lorsque que j'ai revu le Dr Pierre Ferron, je lui ai demandé: « J'entends toujours d'une façon comique, mais c'est mon cerveau qui convertit les sons ? » Sa réponse fut : «C'est le cerveau qui s'adapte. »
C'est en acceptant de faire partie d'une étude de recherche comme candidate implantée que j'ai réussi à donner ma petite contribution à ce grand programme québécois qu'est l'implant cochléaire. C'est peu à côté du gigantesque travail apporté par plusieurs personnes impliquées dans ce projet. 
On doit le reconnaître, c'est un travail magnifique! Bravo et merci à chacun et chacune d'avoir donné de l'espoir à ceux qui sont devenus sourds.
Sourdine # 146 mai/juin 2004

 

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Gisèle Riendeau

Gisèle Riendeau 


Gilbert Poitras  par Gilbert Poitras
Malgré la pluie venue assombrir la journée du dimanche 1er octobre 2006, près de 35 personnes se sont présentées au local de l’ADSMQ pour partager les plats préparés par chacun lors du premier brunch de l’année. Par la suite, tous se sont installés pour écouter le témoignage que madame Gisèle Riendeau a bien voulu rendre sur son expérience de l’implant cochléaire.
Ce sont les aspects émotifs qui ont marqué son cheminement avant, pendant et après l’opération pour recevoir l’implant cochléaire que veut faire ressortir d’abord et avant tout madame Riendeau. Celle-ci nous mentionne en premier lieu que sa surdité est héréditaire. Elle entend bien jusque vers l’âge de 20 ans. Par la suite, son audition se détériore graduellement et c’est à l’âge de 35 ans qu'elle commence à porter des prothèses auditives.
Dans la cinquantaine, elle connaît une baisse très prononcée de l’ouïe. Désireuse de rester le plus autonome possible dans sa vie de tous les jours, elle consulte audiologistes et audioprothésistes. Malheureusement, même les prothèses numériques, lui dit-on, ne lui seraient pas d’un grand secours. Ce n’est pas de gaîté de cœur qu’elle se laisse alors convaincre d’acheter un ATS.
Pendant ce temps, madame Riendeau assiste à des conférences portant sur l’implant cochléaire. Les personnes opérées qu’elle croise se disent très satisfaites. Cela n’est toutefois pas suffisant pour lui enlever ses doutes et son scepticisme. En mars 2003, elle voit monsieur Bernard Giraldeau qui lui conseille l’implant. Elle décide de faire sa demande, laquelle est acceptée en novembre de la même année. Entre temps elle passe des examens et on procède à un bilan de santé. Elle rencontre également le docteur Ferron à l’Hôtel-Dieu de Québec à l’été 2003. Ce dernier lui fait très bonne impression. La chirurgie est finalement prévue le 26 février 2004, soit un an à peine après sa demande, alors qu’elle s’attendait à un délai de deux ans.
L’échéance arrive rapidement et madame Riendeau n’a pas encore eu vraiment le temps de se faire à l’idée. Croyante, elle écrit à plusieurs monastères du Québec pour demande de prier pour elle. Elle reçoit aussi le soutien de plusieurs parents et amis. Première à être opérée le matin du 26 février, madame Riendeau reçoit la visite du docteur Ferron qui lui donne une tape sur l’épaule et lui dit : «Ça va bien aller, ma petite fille». De fait, l’opération se déroule bien. Aucun problème particulier ne se manifeste par la suite, et madame Riendeau n’est pas non plus gênée par des acouphènes.
Quelques semaines plus tard, elle est de retour à Québec pour la programmation de l’implant. Au début, elle entend toutes sortes de bruits. C’est la cacophonie. Mais à la fin de la première semaine, c’est déjà mieux. L’étape de la programmation, dans son cas, s’étend sur huit jours. Par la suite, elle retourne à Charlesbourg pendant huit semaines pour la phase de réadaptation. Elle quitte son domicile le lundi matin et est de retour chez elle le jeudi en fin de journée.
Madame Riendeau recommande de prendre son temps et de mener à terme l’étape de la réadaptation. Cela est nécessaire, nous dit-elle, pour que le cerveau se réhabitue à percevoir correctement les sons. Cela donne aussi la possibilité de créer des liens avec d’autres patients.
Pendant son séjour là-bas, madame Riendeau demeure en pension chez des personnes retraitées. C’est une véritable vie de famille que celles-ci parviennent à recréer et qui est fort appréciée.
Madame Riendeau nous dit que, depuis son opération, elle a retrouvé le goût de vivre. Certes, l’implant cochléaire n’est pas comme l’oreille humaine, mais il a changé sa vie. Elle compare son expérience au plaisir éprouvé de retrouver quelqu’un de cher qu’on pensait ne plus jamais revoir. Quelle joie aussi d’entendre de nouveau le chant des oiseaux, le bruit de l’eau qui coule, le vent qui souffle, le chat qui ronronne!
Madame Riendeau nous dit qu’elle peut profiter de la vie et s’adonner à des activités qu’elle avait délaissées : aller au cinéma, partager un repas au restaurant… «La vie m’a fait un cadeau, nous confie-t-elle. Comme j’entends mieux, j’ai plus d’assurance.» C’est un regain de jeunesse qui la gagne et fait en sorte qu’elle veut tout faire et tout voir, mais elle veut, par-dessus tout, profiter pleinement du moment présent et apprécier la vie.
Elle souhaite, en terminant, aux personnes qui pourraient profiter de l’implant cochléaire de vivre la même expérience qu’elle.
Sourdine novembre/décembre 2006

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